La DPJ, y entrer, en sortir

Alors que le tournage d’«Au cœur de la DPJ», en pleine pandémie, n’a pas duré six mois, le travail pour ouvrir les portes de l’organisme a duré, lui, six ans.
Photo: Radio-Canada Alors que le tournage d’«Au cœur de la DPJ», en pleine pandémie, n’a pas duré six mois, le travail pour ouvrir les portes de l’organisme a duré, lui, six ans.

Leur terrain est souvent miné, leur intervention est toujours délicate. Elles sont travailleuses sociales ou criminologues. Appelons-les intervenantes de la Direction de la protection de la jeunesse, parce que ce sont majoritairement des femmes. Elles sont au centre d’une nouvelle série documentaire, Au cœur de la DPJ, qui prend l’affiche à Ici RDI, le 25 janvier à 20 h.

Avec elles, on franchit la porte du logement d’un père dont la fille a été placée en famille d’accueil, on côtoie cette petite fille qui souhaite retourner vivre chez ses parents. On fait face à des parents déroutés de se faire enlever la garde de leurs enfants. Et on constate que non, ça n’est vraiment pas un métier facile, et ce ne sont vraiment pas des décisions faciles à prendre non plus. Elles ne ménagent ni leur temps ni leurs larmes. L’équipe de production de la série a réussi le tour de force d’obtenir des autorisations de filmer, tant de la part des intervenantes en jeu que des parents suivis.

Six mois, six ans

Alors que le tournage, effectué à pleine vitesse et en pleine pandémie, n’a pas duré six mois, ce travail pour ouvrir les portes de la Protection de la jeunesse a duré, lui, six ans.

C’est la productrice Mélanie Campeau, ici associée à France Beaudoin, qui en a eu l’idée de départ. Elle dit avoir été inspirée par le travail de sa sœur, une intervenante de la DPJ qui s’y donne corps et âme, « pour faire la différence », dit-elle.

C’est ainsi qu’on se retrouve aux côtés d’intervenantes à tenter d’assurer un suivi auprès de familles ayant fait l’objet d’un signalement. « C’est assez inédit, les gens ont accepté d’être filmés dans l’intimité de leurs familles, qui parfois en arrachent », disait mardi la première directrice d’ICI RDI, Paule Genest, lors de la conférence de presse qui a lancé la série.

Abus physiques, négligence, exposition à la violence ou à la criminalité, ce sont les raisons qui justifient souvent le signalement d’une famille à la Direction de la protection de la jeunesse. Dépêchées sur les lieux pour évaluer les risques sur la santé et le développement de l’enfant, les intervenantes se heurtent à des parents méfiants, blessés, furieux, et souvent, malheureusement, eux-mêmes issus du cycle infernal des placements.

« J’ai eu un père alcoolique, j’ai été placé dans neuf familles d’accueil, j’ai été battu, violé », dit un père qui ne veut pas perdre ses enfants, mais qui doit faire face à un signalement pour négligence physique et éducative.

Et la confrontation entre les intervenantes et les parents visés n’est pas de tout repos. « Vous êtes la main droite du diable », dit un père à l’intervenante qui doit assurer la protection de son bébé de 10 mois.

Derrière des volets clos

La série propose de suivre les développements de ces cas en dix épisodes, en raison de plus ou moins deux cas par épisode. Ce que les productrices voulaient, c’est ouvrir des portes pour que l’on continue de parler des enfants maltraités, et pour que le public ait une idée des problèmes qui se dessinent derrière les volets clos de la DPJ.

Car ce sont 30 000 enfants québécois qui sont actuellement suivis par la Direction de la protection de la jeunesse, relève le producteur au contenu, Yves Thériault. « Imaginez un centre Bell plein, ou 750 autobus scolaires », dit-il.

La série a été tournée en région semi-urbaine, mais cette région n’est pas nommée. Autant les visages des parents que ceux des enfants ont d’ailleurs été floutés pour préserver leur anonymat.

« Il faut suivre la série pour comprendre ce qui se passe, pour suivre les cas », dit le réalisateur Jean-François Fontaine.

À partir du 1er février, chacun des épisodes sera suivi d’un débat avec des experts, animé par Anne-Marie Dussault, à l’émission 24/60 Grand angle. On sait déjà que Régine Laurent, qui préside la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, participera à certaines de ces discussions.

Sur le même thème, également le lundi, à 19 h 30, Canal Vie présente La vie après la DPJ, une série qui s’attarde cette fois à l’avenir des jeunes ayant grandi sous la Direction de la protection de la jeunesse, alors qu’ils atteignent l’âge adulte. Les jeunes suivis dans le documentaire font leurs premiers pas en appartement, leur premier apprentissage de la liberté, sous la supervision d’un personnel chargé de les épauler dans cette transition.


Au coeur de la DPJ

Productions Mélomanie, Pamplemousse Média et Productions RDI, Ici RDI, lundi 20 h

La vie après la DPJ

Attraction images en collaboration avec Bell Média, Canal Vie, lundi 19h30, dès le 1er février.