«Cyberpunk 2077» n’est-il qu’un énorme coup publicitaire?

L’histoire se déroule dans Night City, une mégapole contrôlée par une poignée d’entreprises véreuses et dévastée par la pauvreté et des guerres de gangs endémiques. On adopte la perspective à la première personne de «V», un mercenaire dont on peut personnaliser la voix, l’apparence, le style et le passé.
Photo: CD Projekt RED L’histoire se déroule dans Night City, une mégapole contrôlée par une poignée d’entreprises véreuses et dévastée par la pauvreté et des guerres de gangs endémiques. On adopte la perspective à la première personne de «V», un mercenaire dont on peut personnaliser la voix, l’apparence, le style et le passé.

Après des années de battage médiatique et un lancement repoussé à trois reprises, Cyberpunk 2077 est enfin entre les mains du public depuis le 10 décembre dernier. Une sortie aux allures de faux départ dû aux nombreux bogues et à un accueil mitigé au sein des joueurs. Sans oublier la dernière déconvenue : le retrait « jusqu’à nouvel ordre » du jeu, vendredi dernier, par Sony de sa plateforme en ligne PlayStation Store dans le monde entier afin de préserver la « satisfaction de ses clients ». Le titre tant attendu de CD Projekt RED a-t-il tenu ses promesses ?

Chose certaine, il était, dès son lancement, le plus grand succès sur PC de tous les temps, avec un peu plus de 4,7 millions d’exemplaires précommandés sur un total de 8 millions toutes plateformes confondues. Il surpasse ainsi World of Warcraft : Shadowlands, qui a tenu le record quelques jours à peine avec 3,7 millions de copies.

Un succès prévisible compte tenu de l’engouement qui a fait boule de neige depuis le dévoilement d’un premier aperçu du jeu en 2018. Attribuable en partie à un certain flair publicitaire qui a misé sur le tape-à-l’œil et sur des têtes d’affiche comme Keanu Reeves.

Le résultat n’est pas qu’une coquille vide pour autant. Plusieurs critiques ont affirmé que Cyberpunk 2077 repoussait certaines limites sur le plan technique, en plus d’amener à un niveau supérieur des mécaniques présentes dans d’autres jeux récents. Ce n’est pas faux, mais il vaut mieux tempérer ses attentes puisqu’il ne représente sous aucun aspect une véritable révolution.

Cela se remarque surtout dans la boucle de jeu, qui fait bien son travail, sans briser le moule du jeu de rôle. On débloque une quête auprès d’un personnage, celle-ci nous amène à un endroit où on doit, en gros, assassiner, voler, faire chanter ou espionner. Les nombreuses bornes de déplacement rapide, souvent placées près des objectifs, en viennent même à nous décourager d’explorer la carte à pied ou en voiture.

Une dystopie convaincante

C’est dommage, puisque la plus grande force de Cyberpunk 2077 est à notre avis le monde qu’il construit autour de son récit. L’histoire se déroule dans Night City, une mégapole contrôlée par une poignée d’entreprises véreuses et dévastée par la pauvreté et des guerres de gangs endémiques. On adopte la perspective à la première personne de « V », un mercenaire dont on peut personnaliser la voix, l’apparence, le style et le passé.

En matière d’esthétique et d’ambiance, on pourrait difficilement dessiner un portrait plus convaincant d’un futur dystopique fondé sur un hypercapitalisme débridé. À Night City, tout tourne autour de la vente et de la consommation, surtout de la violence et du sexe. Avec une touche humoristique qui tourne à l’humour noir lorsqu’on trace des parallèles entre cet univers et le nôtre.

Le style artistique rétrofuturiste soigné des décors de Night City est le résultat de choix de conception réfléchis et, en certains endroits, on croirait se trouver dans des lieux réels. Pour en profiter au maximum, il faudra toutefois posséder une configuration PC supérieure à la moyenne. Et pour une expérience qui rivalise avec les démos qui ont servi à mousser les ventes, on aura besoin d’une carte graphique dernier cri, dont plusieurs sont pour le moment soit indisponibles, soit hors de prix. Sur les consoles « d’ancienne génération », comme la PS4 et la Xbox One, le jeu est pratiquement injouable tant les performances sont catastrophiques. Sony va d’ailleurs rembourser en totalité ceux qui ont acheté la version numérique du jeu. Microsoft a offert un remboursement semblable mais mais n’a pas annoncé de retrait du jeu.

Comme dans beaucoup d’autres RPG, le pillage occupe une place centrale et on passe beaucoup de temps dans notre inventaire à faire le tri entre la camelote et ce qui vaut la peine d’être conservé. À mesure que l’on grimpe de niveaux, on obtient des « points d’avantages » et des « points d’attributs » à dépenser en échange d’améliorations passives et de compétences qui nous rendent plus… létal. Bref, pas d’apport majeur au genre, mais un système bien construit qui donne envie de progresser.

On jouit aussi d’une grande liberté dans la manière d’aborder chaque quête. Une approche furtive est toujours possible, en minimisant les conflits, en piratant les caméras et les implants cybernétiques des ennemis pour les aveugler, les distraire, les paralyser ou même les pousser… à se suicider. Et si la situation dégénère, toute une gamme d’armes est à notre disposition pour faire un carnage, allant du bon vieux revolver aux fusils intelligents, en passant par les armes de mêlée comme les katanas ou… un godemiché.

Histoire captivante

Soulignons aussi les performances remarquables des acteurs qui prêtent leur voix aux personnages. Keanu Reeves est génial en Johnny Silverhand, ce rockeur rebelle dont les répliques cyniques ponctuent tout le récit. On pourrait en nommer plusieurs autres dont les dialogues riches et bien livrés ont contribué à rendre l’histoire captivante. C’est sans parler de la trame sonore, qui colle à merveille au thème et rend épiques les scènes de combat.

L’ensemble du récit est toutefois teinté d’une dissonance ludonarrative difficile à expliquer sans divulgâcher quoi que ce soit. Disons simplement que l’arc narratif principal est traversé par un sentiment d’urgence contradictoire avec la multitude de quêtes secondaires dans lesquelles on s’éparpille.

Cyberpunk 2077 n’est pas le chef-d’œuvre extraordinaire que le marketing nous avait fait miroiter, pas plus qu’il ne serait l’arnaque que certains décrient sur le Web. C’est un jeu amusant qui devrait plaire au-delà des seuls amateurs du genre, par la richesse de son univers. Une fois que quelques retouches auront réglé les problèmes techniques, il sera difficile de ne pas le recommander.

Cyberpunk 2077

★★★★

Développé et publié par CD Projekt RED. Sur PlayStation 4 et 5, Xbox One (X), Xbox Series X et S, Google Stadia et PC.

À voir en vidéo