«The Undoing»: une justice à deux vitesses

Thérapeute spécialisée en relations de couple, la New-Yorkaise Grace Fraser (Nicole Kidman) a réussi dans toutes les sphères de sa vie, dont son mariage avec Jonathan (Hugh Grant). Mais surviendra un malheur...
Niko Tavernise Thérapeute spécialisée en relations de couple, la New-Yorkaise Grace Fraser (Nicole Kidman) a réussi dans toutes les sphères de sa vie, dont son mariage avec Jonathan (Hugh Grant). Mais surviendra un malheur...

Adaptation plutôt fidèle du roman You Should Have Known de Jean Hanff Korelitz, The Undoing (Les premières impressions), série de six épisodes du créateur de Big Little Lies, David E. Kelley, et de la réalisatrice danoise Susanne Bier, offre une glaçante illustration des iniquités sociales.

Brillante thérapeute spécialisée en relations de couple, la New-Yorkaise Grace Fraser (Nicole Kidman, qui livre une jolie version de Dream a Little Dream of Me dans le magnifique générique) a réussi dans toutes les sphères de sa vie. Entretenant une belle relation avec son père Franklin Reinhardt (Donald Sutherland), riche veuf à la retraite, Grace est toujours amoureuse de son mari Jonathan (Hugh Grant), oncologue adoré de ses jeunes patients, avec qui elle a un fils, Henry (Noah Jupe), 12 ans, élève doué d’une prestigieuse école privée.

Pour ajouter à son bonheur, sa meilleure amie, Sylvia Steineitz (Lily Rabe), est une redoutable avocate avec qui elle siège au comité de parents de l’école. Et lorsque surviendra le malheur, cette amitié lui sera plus que précieuse, car avoir la loi de son côté, c’est encore mieux qu’être du côté de la loi…

C’est lors d’une réunion de parents — de mères, devrions-nous dire — qu’entre en scène celle qui fera basculer le destin de Grace, Elena Alves (Matilda de Angelis), dont l’insolente beauté et l’opulente poitrine, qu’elle dévoile sans pudeur pour allaiter sa fille, font pâlir de jalousie l’assistance.

Bien qu’elle ne comprenne pas les regards narquois teintés de tristesse que lui lance la jeune femme chaque fois qu’elles se croisent, Grace est la seule qui ne montre pas d’hostilité à son égard. Les autres mères ne comprennent ni pourquoi ni comment cette artiste immigrée et pauvre habitant Harlem peut envoyer son fils de 10 ans, Miguel (Edan Alexander), dans une école fréquentée par l’élite blanche.

Quelques jours après la réunion de parents, Miguel découvre le corps de sa mère dans l’atelier de cette dernière. Et Grace que son mari a pris le maquis. Dès lors, elle ira de mauvaises surprises en mauvaises surprises. Et si sa vie n’avait été qu’un tissu de mensonges ?

Happé par les revirements qui se multiplient et le coup de théâtre qui frappe tel un poignard à la fin de chaque épisode, le spectateur trépignera de connaître le dénouement du récit, lequel pourrait ne pas être le même que celui du roman.

Au-dessus de tout soupçon

N’ayant pas son pareil pour mettre en scène des drames déchirants (Après la noce) et d’esthétisants thrillers (The Night Manager: L'espion aux deux visages), Susanne Bier ne déçoit certainement pas ici puisqu’elle combine savamment ses principales qualités. Bien avant que le drame arrive, elle parvient à créer un climat tendu par sa façon de disposer ses personnages comme des pièces sur un échiquier. Tous semblent surveiller le moindre geste, le moindre sourire, le moindre regard dans cet univers guindé où tout est codé, hiérarchisé. On comprend pourquoi Elena s’y sent si à l’étroit.

L’élégance de la direction artistique traduit le bon goût des personnages qui vivent dans l’aisance depuis plusieurs générations — rien à voir avec le clinquant des nouveaux riches. Malgré le confort matériel, on sent une certaine froideur régner dans cette haute société que The Undoing dépeint. Une froideur que les vifs coups d’archet de L’hiver de Vivaldi viennent renforcer lorsque Nicole Kidman déambule dans les rues de son chic quartier new-yorkais.

Multipliant les gros plans sur son visage marmoréen et les très gros plans sur ses yeux rougis par les larmes, Susanne Bier traque sans merci l’actrice australienne tandis que son personnage voit son monde s’écrouler. Réfugiée chez son père avec son fils, ce qui donnera lieu à d’émouvantes scènes entre Kidman, impeccable, et Sutherland, impérial, Grace sera confrontée à la rancœur de Fernando Alves (Ismael Cruz Cordova), mari d’Elena, qui la poursuit sur le chemin de l’école.

Grace trouvera également sur son chemin un duo d’inspecteurs, Paul O’Rourke (Michael Devine) et Joe Mendoza (Edgar Ramirez), ce dernier se montrera d’ailleurs le plus coriace. À l’instar de Fernando, l’inspecteur Mendoza est choqué par la facilité avec laquelle les riches blancs peuvent échapper à la justice même quand toutes les apparences sont contre eux, par leur manière de se protéger entre eux, d’enterrer les secrets les plus sombres et sordides. Les Fraser appartiennent-ils à cette espèce-là ?

Innocents ou non, ils n’échapperont certainement pas au jugement de Haley Fitzgerald (Noma Dumezweni, excellente), puissante avocate noire. Alors qu’elle accepte de défendre leur cause, maître Fitzgerald, le dédain dans l’œil, leur dévoilera à plusieurs reprises au cours du procès les différents rouages de la justice à deux vitesses, celle des blancs bien nantis, celle des autres.

Au-delà du mystère planant au-dessus du meurtre sanglant d’Elena, que Susanne Bier entretient efficacement avec moult flash-back, fantasmes et faux souvenirs, la grinçante critique sociale qui sous-tend ce haletant drame familial bourgeois vaut à elle seule qu’on inscrive The Undoing à son agenda.

Les premières impressions (V.F. de The Undoing)

Crave et Super Écran, dès le dimanche 25 octobre, 21 h