Appel à un retour en ondes pour «La faille»

Une image de la série «La Faille»
Photo: Myre Une image de la série «La Faille»

Vidéotron est allé trop loin en rayant de sa plateforme Illico la série La faille, dans laquelle Maripier Morin tient la vedette, selon trois regroupements du milieu culturel. Ils déplorent que les nombreux artisans du thriller policier paient aussi le prix des déboires de l’animatrice déchue.

« Une foule de personnes ont travaillé là-dessus, et elles se retrouvent pénalisées à cause des agissements d’une seule personne », regrette au bout du fil Gabriel Pelletier, président de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ). Le réalisateur de l’émission, Patrice Sauvé, « a mis énormément de travail et tout son cœur dans cette série qui connaît du succès », plaide-t-il.

« Ce sont des équipes qui travaillent d’arrache-pied pendant des mois, voire des années. Et je peux vous le dire : ce n’est pas facile de voir son projet atterrir à l’écran », renchérit Chantal Cadieux, de la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC) qui représente le scénariste du thriller, Frédéric Ouellet.

« De punir tous ces gens-là, ça n’a pas de sens », tranche Mme Cadieux, qui ajoute que la série a d’ores et déjà été diffusée. « Bien des gens l’ont déjà vue. Pourquoi priver ainsi le public et empêcher les artisans de voir leur travail à l’écran ? »

Ce sont des équipes qui travaillent d’arrache-pied pendant des mois, voire des années

 

Cela dit, les deux intervenants veulent être clairs : il n’est pas question de porter un jugement sur les dénonciations d’inconduites dont fait l’objet Maripier Morin. Ils saluent d’ailleurs le courage des victimes qui ont brisé le silence.

Maripier Morin est visée par des allégations de harcèlement sexuel et de propos racistes, d’abord formulées par Safia Nolin. Dans la foulée, des diffuseurs ont retiré de leur plateforme numérique des émissions auxquelles l’animatrice a participé. C’est le cas de La faille sur le Club Illico (Vidéotron), mais aussi de Mais pourquoi ? (Bell Média) et un épisode de la série humoristique En audition avec Simon (ICI Tou.tv), entre autres.

Réalité et fiction

Selon l’ARRQ, la SARTEC, de même que l’Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son (AQTIS), il est important de faire la différence entre réalité et fiction. Dans La faille, la femme de 34 ans joue la fille d’une sergente détective chargée d’arrêter un tueur en série — un personnage fictif.

« Ce n’est pas un personnage qu’elle a produit, qu’elle a réalisé. C’est un personnage qu’elle a interprété », qui n’est d’ailleurs pas le protagoniste, observe Chantal Cadieux de la SARTEC. Les gens peuvent faire la part des choses. »

« La série n’a rien de diffamatoire et reste totalement valable », observe de son côté Gabriel Pelletier de l’ARRQ. Celui-ci cite en exemple le cas de Kevin Spacey. Accusé d’agressions sexuelles pendant le mouvement #MeToo, l’acteur américain a été évincé de la populaire série House of Cards. Or, les épisodes précédents où il y tient la vedette n’ont pas été effacés pour autant.

Plus près de nous, poursuit M. Pelletier, les films de Claude Jutra, visé par des allégations de pédophilie, n’ont pas été rayés du répertoire, toujours accessible notamment sur le site Web de l’Office national du film (ONF).

Joint par Le Devoir, Vidéotron se défend et affirme avoir agi de manière « responsable » en « ce temps de crise ». Or, l’entreprise évalue « en fonction de l’évolution de la situation, le moment propice pour réintégrer certains de ces contenus, dont La faille. » « Nous sommes conscients de la valeur de ces productions toutes québécoises et du travail de tous les artisans participant de près ou de loin à ces contenus », assure-t-elle.

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