Des oreilles aux écrans (2)

Photo: iStock

Une partie du Québec est toujours sous clé. Notre réserve de bonbons télévisuels regorge encore de belles trouvailles. Le Devoir vous propose le second volet de notre sélection de films et de séries qui ont la musique pour cœur pulsatile. Évidemment, ces dix œuvres choisies sont toutes accessibles depuis vos salons. Bonne immersion !


Moulin Rouge (Apple TV+)

Venu goûter aux plaisirs de la vie bohème, un provincial désargenté (Ewan McGregor) est embauché pour écrire une revue musicale mettant en vedette une courtisane à la santé fragile (Nicole Kidman) dont il s’éprend. L’histoire d’amour que raconte Baz Luhrmann serait banale à pleurer si ce n’était du faste de la direction artistique, du baroque de la mise en scène et des effervescents tableaux musicaux, parmi lesquels l’envoûtant El Tango de Roxanne. La trame sonore décomplexée, où l’on revisite les succès d’Elton John, de David Bowie et de The Police, complète l’éblouissante vision fantasmée du Paris de 1900. En prime : une magnifique reprise de La complainte de la butte par Rufus Wainwright.

 

Manon Dumais


Photo: CBC Gem

Timewasters (CBC Gem)

Le voyage dans le temps est le moteur dramatique de bien des productions télévisuelles et cinématographiques. La série britannique Timewasters se livre à ce type d’exercice en mettant habilement en lumière l’évolution de la musique et des droits sociaux au XXe siècle. On y suit les jeunes gens (noirs, un détail important ici…) d’un quatuor jazz londonien qui se cherche un peu, qui se retrouvent en 1926 après avoir pris un ascenseur un peu spécial, évitant de peu la colère violente du fiancé d’une nouvelle conquête du bellâtre du groupe. Ce voyage à l’époque où le jazz est un genre musical en pleine effervescence permet au groupe de se tailler une belle place au sein de la bonne société, chose qui aurait été impossible autrement. Chaque épisode donne lieu à un numéro musical qui « réactualise » au son des années folles un tube du XXIe siècle. Le premier à goûter à ce traitement : l’irrésistible Hey Ya ! d’Outkast…

Amélie Gaudreau


Vinyl (Crave)

L’affiche faisait rêver — Terence Winter (Boardwalk Empire) aux commandes, Mick Jagger et Martin Scorsese qui produisent —, l’épisode pilote, digne d’un long métrage à grand déploiement et réalisé par Scorsese, laissait espérer une grande saga, et pourtant, la série Vinyl s’est écrasée au bout d’une saison. Cette plongée dans une période charnière de l’industrie musicale pop, à la fin des années 1970, portée par le convaincant Bobby Cannavale en producteur de disques camé et en crise existentielle, à la recherche de nouveaux talents pour relancer son étiquette qui bat de l’aile, n’a pas trouvé son public. Il reste la musique, omniprésente dans chacun des épisodes. Celle de légendes du rock, du folk, de la soul, du punk, du funk, du disco, du jazz. Juste ça. Une bonne raison de donner une deuxième chance à ce flop pas ordinaire…

Amélie Gaudreau


High Fidelity (Crave / Starz)

La musique pop se laissait entendre à travers le roman de Nick Hornby, qui racontait les vicissitudes amoureuses et professionnelles de Rob, un disquaire indépendant en peine d’amour. Elle était tout aussi présente dans l’adaptation cinématographique réalisée par Stephen Frears en 2000 (accessible sur Prime Video), à travers les palmarès thématiques que dressait le personnage central (incarné par John Cusack) et ses employés entre deux clients et surtout grâce à une bande sonore qui allait dans tous les sens et toutes les époques de la pop occidentale. La relecture télévisée de cette histoire, avec un Rob devenu femme (Zoë Kravitz), reste fidèle aux grandes lignes du roman, tout en ajoutant des trames narratives intéressantes aux personnages secondaires, avec un peu moins de listes musicales, de jolis clins d’œil aux musiques du film et des œuvres de monstres sacrés (Zappa, Bowie, Prince) et de « petits nouveaux » du XXIe siècle qui font tapisserie sonore.

Amélie Gaudreau


Photo: CMT

Nashville (Netflix)

Créée en 2012 par la scénariste et réalisatrice Callie Khoury (Thelma & Louise, Something to Talk About), la série dramatique musicale Nashville offrait un écrin de choix au genre musical le plus populaire aux États-Unis. Ce feuilleton « de luxe », qui racontait avec beaucoup de panache et de nuances les destins croisés de stars établies, montantes et en devenir dans la capitale du country, profitait de la direction musicale de T-Bone Burnett, époux de madame Khoury à la ville, pour les nombreuses chansons interprétées dans chacun des épisodes de la première saison. Les cinq autres saisons ont suivi ce courant de reprises et de compositions originales qui explorait les différentes tendances du country « représentées » par la vaste galerie de personnages, offrant ainsi aux néophytes de ce genre musical souvent méprisé une introduction de choix.

Amélie Gaudreau


Le party (Elephant et iTunes)

Le film culte de Pierre Falardeau, campé dans un pénitencier à sécurité maximale, est l’un des plus beaux morceaux à glaner sur Éléphant, mémoire du cinéma. Un film violent, explosif même, mais aussi indécrottablement tendre. Trente ans après sa sortie, il n’a rien perdu de sa charge sociale, encore moins de sa vérité crue. Avec, en filigrane, la puissance impérieuse de sa musique sous la direction de Richard Desjardins, rassembleuse, tantôt exultante, tantôt consolante, tiraillée entre la violence du Screw par un Desjardins déchaîné et la beauté pure de son Cœur est un oiseau par une Lou Babin bouleversante. Et pour cause, « le film, c’est le party, comme le bal est le film d’Ettore Scola », résumera plus tard le regretté cinéaste.

Louise-Maude Rioux Soucy


Un monstre à Paris (Illico et AppleTV +)

Parmi les belles choses qui donnent à cette animation française son grain si particulier en dépit de ses relativement modestes moyens figure la bande originale aérienne dessinée par Patrice Renson et –M–, laquelle culmine par un irrésistible duo entre ledit Matthieu Chedid et Vanessa Paradis qui a tout pour devenir un ver d’oreille. Touchant de maladresse passionnée, le premier donne sa voix à une puce géante qui gagnera la sympathie de la seconde, délicieusement piquante en chanteuse de cabaret. Cette énième réinvention de La Belle et la Bête par le cinéaste Bibo Bergeron nous plonge en 1910 dans un Paris en effervescence, dont le charme suranné, un rien fantasmagorique, tient d’abord à sa petite musique intérieure.

Louise-Maude Rioux Soucy


Photo: Festival du nouveau cinéma

Tokyo Sonata (Amazon Prime)

Il y a des films où la musique n’est pas un élément central, mais où elle plane pour révéler aux êtres un moment donné ce qu’ils ne soupçonnaient pas. La « Pathétique » de Tchaïkovski passe en musique de fond dans un centre commercial, où le père, cadre licencié qui cache sa déchéance à sa famille, nettoie les sanitaires. Pourquoi son fils ferait-il du piano ? Ce portrait cru et implacable de la société japonaise, où tout vole en éclats derrière de lisses apparences, est construit comme un opéra sans musique, jusqu’à la magique scène finale, sommet de subtilité, qui se déroule en musique sans un mot… 4 minutes 20 de Debussy, des gestes presque imperceptibles, un visage qui se détend, des têtes qui se penchent, le vent à travers les rideaux, la vie qui reprend.

Christophe Huss


The Pianist (Apple TV +)

Le pianiste, à ne pas confondre avec La pianiste, de Michael Haneke, sorti un an auparavant, valut à Roman Polanski la Palme d’or au Festival de Cannes 2002 et trois Oscar en 2003, dont celui de la meilleure réalisation et celui du meilleur acteur pour Adrien Brody, qui perdit 14 kilos pour incarner Władysław Szpilman (1911-2000), pianiste juif de la Radio polonaise survivant du ghetto de Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale et sauvé de la faim par un officier allemand mélomane compatissant. The Pianist est avant tout un remarquable film de guerre, avec un soin hors norme apporté à la reconstitution. La musique, incarnée par un acteur exceptionnel, y apparaît presque comme un refuge face au choc des situations les plus inhumaines.

Christophe Huss


Cabaret (Apple TV +)

Berlin, au début des années 1930. Sally Bowles, chanteuse américaine se produisant au Kit Kat Club, vit une liaison avec un doctorant en philosophie anglais et un aristocrate allemand. Au même moment, un étudiant sans le sou tente de séduire une riche héritière juive. Huit Oscar ont couronné ce film de 1972, où le génie du réalisateur et chorégraphe Bob Fosse (Sweet Charity, All that Jazz) rencontre celui de la prodigieuse Liza Minnelli, dans son premier grand rôle au cinéma, et du fabuleux Joel Grey, dans le rôle du malicieux maître de cérémonie. Mention d’honneur aux mémorables chansons, aux clins d’œil aux peintures d’Otto Dix et à la finale qui laisse deviner l’horreur à venir.

Manon Dumais