«Asian Americans»: chez eux en Amérique

PBS

Aux États-Unis, les Asiatiques forment le groupe ethnique qui croît le plus rapidement. C’est aussi celui pour lequel les récits fondateurs sont peut-être les moins étayés. Et pour cause, résume la coproductrice Renee Tajima-Peña. À travers les âges, deux mythes tenaces ont surnagé, façonnant une image incomplète de cette force vive. Le premier mythe veut que les Asiatiques forment en quelque sorte « une minorité modèle ». Le second mythe, et c’est paradoxal, implique qu’ils gardent collés à leur peau le statut d’étrangers perpétuels.

C’est à cette dualité simpliste que s’attaque la série documentaire Asian Americans, vaste chronique télévisuelle de cinq heures développée conjointement par des réseaux publics américains, PBS et WETA en tête. Ce qu’on y raconte est captivant. Historiens, sociologues, créateurs, penseurs ou entrepreneurs se relaient pour exposer les nuances d’une Amérique besogneuse et rêveuse, pour qui la marche vers l’égalité depuis Mamie Tape réclamant l’accès à l’école pour son enfant s’est lentement décentrée de soi jusqu’à jouer, dans certains milieux, un rôle de modérateurs au sein d’une Amérique de plus en plus polarisée.

La formule est connue, sa grammaire a été éprouvée par ces mêmes diffuseurs avec Jewish Americans ou Italian Americans. Portée par la narration sobre de Daniel Dae Kim, cette efficacité, aussi formelle que factuelle, laisse paradoxalement peu d’espace pour les émotions, inutilement bridées par moments. En résulte néanmoins une chronique soignée, extrêmement dense et bien maîtrisée, car découpée au millimètre et à la seconde près.

Asian Americans

PBS, lundi, 20 h