Des pages aux écrans (2)

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir
Le confinement se prolonge ? Notre réserve de bonbons télévisuels est encore pleine. Le Devoir vous propose la suite de sa sélection d’heureuses adaptations de classiques littéraires d’ici et d’ailleurs. Seul impératif : que ces dix pépites soient toutes accessibles depuis vos salons. Dont acte.
 
 

Tom Sawyer (Tou.tv, Radio-Canada et Unis)

Depuis un peu plus d’un siècle, le petit héros créé par Mark Twain a connu plus d’une vingtaine d’incarnations au petit et au grand écran, en version animée ou non. La version développée par l’animateur japonais Hiroshi Saito en 1980 dans une série d’animation diffusée à maintes reprises à la télé québécoise est sans doute celle dont se souviennent le plus les parents d’aujourd’hui. Ils pourront brouiller un peu leurs souvenirs avec cette nouvelle relecture destinée aux enfants du primaire. Diffusée à Unis et à Radio-Canada (dimanche, 7 h et 9 h 30 ) et accessible sur Tou.tv, cette coproduction franco-canadienne se veut une relecture « moderne » des histoires imaginées par Twain, avec des personnages féminins forts et une diversité corporelle et ethnique « respectueuse », même si l’action se passe toujours au milieu du XIXe siècle sur les bords du Mississippi…

Amélie Gaudreau


Mildred Pierce (Crave)

Adaptation libre du roman de James M. Cain et du mélodrame de Michael Curtiz (Casablanca) mettant en vedette Joan Crawford, cette superbe série en cinq épisodes du cinéaste Todd Haynes (Carol) raconte le difficile et courageux parcours d’une femme de la classe moyenne, Mildred Pierce (excellente Kate Winslet), qui, après avoir mis à la porte son mari, se bat pour préserver sa dignité et celle de ses deux filles dans l’Amérique de la Grande Dépression. Interprétant respectivement la fille aînée capricieuse de l’héroïne et un dandy profiteur, Evan Rachel Wood et Guy Pearce sont vénéneux à souhait. Mention d’honneur à l’impeccable direction artistique et à la magnifique photo.

Manon Dumais


Les rois mongols (ICI Artv, ICI Télé)

Pendant que son père se meurt d’un cancer et que sa mère sombre dans la dépression, Manon (Milya Corbeil-Gauvreau, juste), ado craignant d’être placée en famille d’accueil, convainc son petit frère Mimi (Anthony Bouchard, adorable) et leurs cousins Martin (Henri Picard, solide) et Denis (Alexis Guay, hilarant) de kidnapper une vieille dame afin de revendiquer leurs droits et libertés à la manière des felquistes. Campé en 1970 dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, ce film de Luc Picard, écrit avec la romancière Nicole Bélanger, raconte avec entrain, émotion et humour la Crise d’octobre à hauteur d’enfants. Sur ICI Artv, dimanche à 20 h, et ICI Télé, vendredi à 23 h.

Manon Dumais


Patrick Melrose (Crave)

La fresque était déjà aussi féroce que désespérée dans les pages semi-autobiographiques écrites par Edward St Aubyn dans Patrick Melrose l’intégrale. À l’écran, en cinq épisodes sur l’acide réalisés par Edward Berger, la vie de Patrick Melrose, ce junkie issu d’une famille de privilégiés dysfonctionnels, explose de cruauté et de vulnérabilité dans un équilibre fragile qui donne le tournis. Cet état de grâce, on le doit en grande partie à l’acteur Benedict Cumberbatch, le Stradivarius anglais insufflant à son dandy en perdition une humanité touchante entre ses délires enthousiastes et ses accès de folie. Dans le rôle de sa mère, elle-même perdue et irrécupérable, Jennifer Jason Leigh épate tout autant.

Louise-Maude Rioux Soucy


Tales of the City (Netflix)

Les éclairantes Chroniques de San Francisco, de l’auteur américain Armistead Maupin, récit du quotidien des résidents du 28 Barbery Lane dans la ville-théâtre des profonds changements sociaux qui s’opèrent dans la société américaine des années 1970 et 1980, ont eu droit à une première adaptation du premier tome, présentée à PBS en 1993 et toujours accessible sur Netflix. Les personnages principaux de cette saga, Mary-Ann, Anna, Michael et Brian, ont refait surface l’an dernier, avec une vingtaine d’années de plus au compteur et, pour certains, sous les traits de leur interprète original (Laura Linney, Olympia Dukakis et Paul Gross). Cette nouvelle suite, cette fois produite par Netflix, est en partie inspirée des derniers romans de la série, publiés dans les années 2000. Un exercice de retrouvailles qui permet de boucler quelques boucles…

Amélie Gaudreau


Victor Lessard 1, 2 et 3 (Club Illico)

Dans son genre, la série Victor Lessard est un parangon d’efficacité. En trois saisons haletantes, le thriller policier mettant en vedette Patrice Robitaille dans la peau du sergentdétective imaginé par l’écrivain Martin Michaud offre un concentré d’adrénaline fichtrement bien tourné. En plus de donner lieu à un intéressant duo, la collègue de Lessard, la toujours très carrée Jacinthe Taillon, offrant un délicieux contrepoint grâce au jeu convaincu de Julie Le Breton. Les deux premiers opus, inspirés des livres Je me souviens et Violence à l’origine, portent la signature soignée de Patrice Sauvé, tandis que la troisième, écrite en même temps que le roman Ghetto X, est réalisée par François Gingras, qui a visiblement bien fait ses gammes..

Louise-Maude Rioux Soucy


Monsieur Lazhar (CBC Gem, Amazon Prime)

​Au départ, il y a eu Bashir Lazhar, émouvant monologue d’Évelyne de la Chenelière créé par le regretté Denis Gravereaux dans une mise en scène de Daniel Brière, en 2007. Puis, en 2012, cette ode aux enseignants est devenue, sous la direction de Philippe Falardeau, une fine et non moins bouleversante réflexion sur le deuil, l’immigration et l’enseignement. Dans le rôle de monsieur Lazhar, un immigrant algérien remplaçant au pied levé une enseignante s’étant pendue dans sa classe, Mohamed Fellag, charismatique et lumineux humoriste kabyle, fait montre d’une grande justesse et d’une belle humanité. À ses côtés, les jeunes Émilien Néron et Sophie Nélisse sont criants de vérité.

Manon Dumais


Maigret (Tou.tv Extra et iTunes)

Les amateurs des polars de Georges Simenon n’auraient sans doute pas pensé au comédien britannique Rowan Atkinson, rendu célèbre par son hilarant Mr. Bean, pour interpréter le commissaire Maigret… Et pourtant, ce dernier se tire très bien d’affaire en incarnant ce rôle plus dramatique et posé, sans pour autant faire oublier ceux qui l’ont tenu dans le passé (Jean Gabin, Bruno Creimer et, chez les Anglos, Michael Gambon).La chaîne britannique ITV n’a cependant pas jugé bon de poursuivre cette série de téléfilms mettant en vedette ce Maigret un peu maigrelet au-delà de deux saisons. Seuls les épisodes transposant à l’écran les romans Maigret au Picratt’s et La nuit du carrefour sont accessibles dans le volet Extra de Tou.tv, en version française. On peut trouver l’intégrale en anglais sur iTunes.

Amélie Gaudreau


The Haunting of Hill House (Netflix)

En 2018, Stephen King, grand maître de l’horreur devant l’Éternel, a écrit sur Twitter que cette libre et bouleversante adaptation en 10 épisodes du roman-culte de Shirley Jackson était « proche du génie ». La même année, Le Devoir la couronnait «meilleure série de genre». D’une splendide esthétique gothique et d’une atmosphère à glacer le sang, hantée par de nombreux spectres terrifiants, dont plusieurs se fondant subtilement dans le décor, The Haunting of Hill House raconte le destin d’une fratrie traumatisée par la mort de la mère dans d’étranges circonstances une vingtaine d’années auparavant. L’une des illustrations des cinq étapes du deuil les plus originales présentées à l’écran.

Manon Dumais


Le conte de la princesse Kaguya (Apple TV+, iTunes)

​Inspiré d’un très vieux conte japonais datant du Xe siècle, Le conte de la princesse Kaguya d’Isao Takahata est une vraie splendeur. Le regretté cofondateur du mythique Studio Ghibli, complice du légendaire Hayao Miyazaki, y est au sommet de son art. De son trait agile, mêlant aquarelle et plume fine, il élève avec une délicatesse consommée une intrigue somme toute assez simple, soit comment un coupeur de bambou et son épouse décident d’élever une minuscule nymphe découverte au creux d’une pousse. De cette histoire d’apprentissage bien troussée, il tire une fable écologiste et antimatérialiste d’une cruelle beauté qui résonne autant chez les jeunes esprits que chez ceux qui ont pour tâche de les cultiver.

Louise-Maude Rioux Soucy