L'artiste Claude Lafortune emporté par la COVID-19

L’artiste Claude Lafortune montrant un de ses personnages de papier, en mai 2019, peu avant de se voir décerner par l’UQAM un doctorat honorifique.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’artiste Claude Lafortune montrant un de ses personnages de papier, en mai 2019, peu avant de se voir décerner par l’UQAM un doctorat honorifique.

La COVID-19 a emporté dimanche l’artiste visuel Claude Lafortune, a annoncé sa famille. Il était âgé de 83 ans.

Son fils François rapporte qu’il s’est éteint au petit matin, à l’hôpital, des suites des complications d’une fulgurante pneumonie.

Il souhaite que le Québec se souvienne avant tout de son père comme d’un artiste et d’un humaniste : « L’importance de la personne humaine, dans tout ce qu’elle est, tout au long de sa carrière, c’est ce dont il a voulu témoigner, ce qu’il a voulu marquer. »

« Il a créé son art à lui, souligne-t-il. Jusqu’à il y a quelques mois, il concevait encore des personnages. Il y a encore de ses œuvres qui circulent dans des expositions, donc il a continué jusqu’à la fin. »

« Il utilisait le papier, un matériel qu’il disait simple, relate François Lafortune. Ça voulait montrer aussi toute la fragilité de la vie. »

À jamais associé à l’émission L’Évangile en papier, diffusée sur les ondes de Radio-Canada en 1975 et 1976, Claude Lafortune était entré chez le diffuseur public dix ans plus tôt, en 1966, quand il avait été recruté pour concevoir décors et costumes des émissions jeunesse.

Il a ainsi contribué, au fil des ans, à des émissions comme La boîte à surprises, La souris verte, Bobino, Sol et Gobelet, Pop Citrouille et La Ribouldingue.

Au cinéma, il a conçu les décors entièrement en papier du film culte IXE-13 de Jacques Godbout. On lui doit aussi plusieurs contributions au théâtre.

Toujours à Radio-Canada, il a également animé pendant 13 ans l’émission Parcelles de soleil, lors de laquelle il recevait un jeune qui avait une histoire particulièrement touchante à raconter.

Son petit-fils Guillaume lui a rendu un émouvant hommage sur sa page Facebook.


 

« Tu te gardais aussi de poser des jugements trop sévères à l’égard des autres ; à combien de personnes marginalisées, entre autres des prisonniers, as-tu offert un peu d’amour et d’écoute, afin de leur apporter un peu d’humanité dans leurs vies difficiles. Combien d’enfants malades as-tu accompagnés jusqu’à la toute fin, leur offrant grâce à ton talent artistique, et surtout ta bonne humeur contagieuse, de précieux moments d’émerveillement et de magie, même dans leurs périodes les plus sombres », a-t-il écrit.

« Ce qui est un peu surréel, c’est que, dans le contexte de la pandémie, il soit mort seul à l’hôpital, alors que lui a accompagné plein de gens », a renchéri François Lafortune, en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

Né à Montréal le 5 juillet 1936, Claude Lafortune avait obtenu en 1961 un diplôme de l’École des beaux-arts ainsi qu’un diplôme d’aptitudes pédagogiques en arts plastiques. L’année suivante, il séjournait à Paris, où il a étudié les décors de théâtre.

M. Lafortune avait enseigné les arts plastiques pendant quatre ans dans des écoles de Sherbrooke et de Montréal. Il avait aussi supervisé des stages de formation et offert des cours de créativité à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal ainsi que des cours de scénographie à l’UQAM.

Il utilisait le papier, un matériel qu’il disait simple. Ça voulait montrer aussi toute la fragilité de la vie.

Lancée en 2011 par le Musée des religions du monde à Nicolet, l’exposition Colle, papier, ciseaux : la vie et l’œuvre de Claude Lafortune a fait le tour du Québec pendant plusieurs années.

Il avait été honoré de la médaille du lieutenant-gouverneur du Québec en avril 2018. Claude Lafortune avait également reçu un doctorat honorifique de l’UQAM le 15 mai 2019 en reconnaissance de sa « contribution exceptionnelle […] au développement, à la diffusion et à l’enseignement des arts visuels, au Québec et ailleurs dans le monde ».

En raison de la crise sanitaire, les funérailles devront attendre, afin de tenir une cérémonie « à son image », lui qui était « un grand croyant », indique son fils.

De nombreuses réactions

Les hommages affluaient déjà sur les réseaux sociaux en début d’après-midi, dimanche, au moment de l’annonce de son décès.

La ministre québécoise de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, s’est dite « peinée » d’apprendre la nouvelle et a transmis ses condoléances aux proches de M. Lafortune.

Le chef parlementaire du Parti québécois a pour sa part encouragé une nouvelle génération à découvrir cette « figure importante de la programmation jeunesse à la télévision québécoise ». « Enfant, j’étais admiratif de son talent créatif et de son amour sincère des enfants », a écrit Pascal Bérubé sur Twitter.

Du côté des libéraux, la députée et candidate à la chefferie Dominique Anglade lui a souhaité un « bon voyage ».« Je me souviens de L’Évangile en papier, émission à laquelle m’avait convertie ma grand-mère. Il est allé la rejoindre ! » a-t-elle écrit.

La productrice, réalisatrice et auteure Tanya Lapointe, auparavant chroniqueuse culturelle à la télévision de Radio-Canada, s’est dite « bouleversée » par le décès d’« un homme bon ». « Tu étais mon ami. Ton rire, ton humour et nos conversations vont me manquer terriblement », a-t-elle déclaré.

L’actrice et metteuse en scène Louise Latraverse a elle aussi fait ses adieux à un ami. « C’était le meilleur des hommes, toujours là pour nous encourager. Doué, son évangile en papier est un bijou », a-t-elle publié.

 

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