Nés country à Drummondville

Le guitariste charismatique Pascal Allard  assure l’animation de la série.
Artv Le guitariste charismatique Pascal Allard assure l’animation de la série.

« Pascal Allard est un joueur de guitare, il fait de la musique country. Quand on lui demande quel genre de country, il répond : “Du country de Drummond !” Ainsi lance-t-on Le country de Drummond, série hebdomadaire de huit demi-heures réalisée par Geneviève Albert et présentée dès le 3 avril sur les ondes d’Artv (et Tou.tv, plus tard). Sous-titre : « Les histoires du cow-boy en running ».

Le concept comme lieu, le lieu comme concept. Tout part de là, de Marcel Martel à sa fille Renée, de Gildor Roy aux Frères Bessette et jusqu’aux Trois Accords en passant par Gaston Mandeville, Georges Hamel et Kaïn. Drummondville comme chef-lieu de la musique country pure et dure ET de la musique country mélangée avec autre chose ; Drummondville en tant que terreau fertile de la musique populaire décomplexée ; Drummondville, la patrie du western d’ici, la Nashville du Nord, le fief du quétaine assumé.

Pas une mauvaise idée, a priori. On peut bel et bien partir de Drummondville et aller partout. Renée Martel est bel et bien partie de là pour devenir la blonde idole de la chanson pop québécoise (et puis revenir au country sans repasser par Drummondville). Gildor Roy, d’abord comédien, mais fou fini de Hank Williams, a bel et bien représenté sur la scène québécoise un genre : le country-rock avec sourire en coin.

L’autre idée, pas mauvaise non plus a priori, c’est que Pascal Allard, guitariste et auteur-compositeur-interprète, anime. Souriant gars, du bagou, une Martin, un chapeau de cow-boy, une chemise de cow-boy et des running shoes : on le connaît surtout pour avoir donné à son album de 2016 un titre gagnant : Je voulais marier Renée Martel. Un peu MC Gilles dans le genre. On a de toute évidence beaucoup misé sur lui, mais le personnage qu’il incarne en fait trop, tout le temps.

C’est le problème le plus évident de la série, après le visionnage des deux premières livraisons : Pascal Allard est à la fois premier et second degrés, garroche les infos à la vitesse d’un solo de Bobby Hachey, veut tout expliquer en jouant l’énervé, occupe trop l’écran. N’est pas MC Gilles qui veut. Le public habitué à un Patrick Norman ou à une Guylaine Tanguay risque fort de ne pas s’y retrouver, et les amateurs de dérapages contrôlés trouveront que ça ne tient pas tellement la route.

On a voulu créer une sorte d’émission grand public branchée : on obtient surtout une émission confuse. On est loin de l’authenticité des documentaires et séries très fouillées et exemplaires de Carmel Dumas (Quand la chanson dit bonjour au country ; Au cœur du country). On est tout aussi loin de l’originalité de traitement de la série Québec Western proposée par Marie-Hélène Taschereau et Melissa Maya Falkenberg privilégiant une formule reportages-entrevues-capsules dynamique et efficace. Melissa Maya Falkenberg est d’ailleurs l’une des invitées de la première émission : sa passion est contagieuse, sa compréhension en profondeur. Cela se voit, et cela s’entend. Communiquer est un métier.

On a l’impression ici que les coscénaristes Pascal Allard et Geneviève Albert ont voulu fondre toutes ces séries en une seule, en y comprimant les références, explications et démonstrations comme si Ken Burns avait manqué de temps et de budget. On comprend l’intention, fort honorable, de décloisonner ce type d’émission, de faire du documentaire entertaining, au montage ludique, où l’animateur donne joyeusement dans l’autodérision. Il faut pour y arriver pas mal plus de maîtrise.

Le ton détonne, la familiarité du texte dit par Allard résonne à côté de la plaque. Les meilleurs moments correspondent à sa véritable expertise : guitariste. Quand il souligne la ressemblance entre le riff d’un tube de Shania Twain (Man, I Feel Like A Woman) et un riff rock célébré de ZZ Top (La grange), il est d’une épatante clarté. Quand il joue et chante, il est parfois bien émouvant. Quand il présente la bio de Marcel Martel, on dirait une conférence avec PowerPoint. Allez jeter un œil quand même : cette musique, dans tous ses états, demeure bonne à prendre.

Le country de Drummond

Artv, vendredi, 21h, en rediffusion dimanche, 17h