«Passage périlleux»: détour obligé

RDI

La question de la mobilité humaine est aussi importante que celle des changements climatiques pour Louise Arbour. Celle qui a démonté les abus de pouvoir avec une rare intensité en tant que juge, procureure aux crimes de guerre et commissaire aux Nations unies est formelle : l’enjeu de la migration sera déterminant pour l’avenir de l’humanité, une thèse qu’elle défend avec fougue dans Passage périlleux, qui documente la mise en place du Pacte mondial pour une migration sûre et ordonnée qu’elle a dirigé pour le compte du secrétaire général de l’ONU.

Lucide et directe, elle met des mots sur les peurs qui minent nos sociétés, de la progression d’un populisme individuel à la corrosion visible de l’État de droit par des politiciens voyous. Elle défend une approche inclusive en phase avec un réel, réclamant des actions concrètes, ici et maintenant. « Un bon consensus politique, c’est puissant, ce peut même l’être davantage qu’un accord juridique boudé », martèlera Louise Arbour, intraitable devant ceux qui critiqueront le côté non coercitif du Pacte comme ceux qui le rejetteront en bloc.

À la barre de ce grand reportage, Ole Gjerstad navigue avec précaution, mesurant ses interventions avec prudence. Le montage souffre de cette mise à distance, l’histoire aussi, en plus d’être grevée de quelques coupures. En manque de tonus, la narration de Marina Orsini contraste fortement avec l’engagement inoxydable de Mme Arbour. Reste qu’à l’heure où le Québec compte et recompte ses immigrants en se déchirant sur sa capacité et sa qualité d’accueil, ce film a des allures de détour obligé.

Passage périlleux. Louise Arbour et l’avenir de la migration

ICI RDI, samedi, 20 h ; en reprise le 7 mars, Radio-Canada, 22 h 30