«Mais pourquoi?», le labo gonzo de Maripier Morin

Dans l’épisode sur la nudité, l’animatrice Maripier Morin pose dévêtue dans un atelier d’artistes pour apprendre à accepter son corps.
Photo: Z Dans l’épisode sur la nudité, l’animatrice Maripier Morin pose dévêtue dans un atelier d’artistes pour apprendre à accepter son corps.

L’animatrice et comédienne Maripier Morin n’a pas peur de se mettre en danger, voire même en position de faiblesse. La revoilà dans la série documentaire Mais pourquoi ?, où elle prête le flanc — parfois littéralement — en se plongeant dans six univers aux abords tabous. Un processus qui se révèle accrocheur, mais non sans défauts.

Chaque épisode de Mais pourquoi ?, diffusé à Z dès mercredi le 30 octobre, se penche en soixante minutes sur des enjeux qui interpellaient Morin. Ils sont, dans l’ordre de diffusion : le fitness, la parentalité, la nudité, l’argent, la religion et les jeux vidéo. Au coeur de la démarche se trouve l’immersion de l’animatrice dans ces sujets, grâce à des expériences bien réelles et exigeantes.

Chaque semaine est donc traversée d’une « quête » — c’est le mot de Maripier Morin — qui ne manque pas de vitrines ni de travail au petit écran ces temps-ci. Mais pourquoi ? oscille entre des entrevues, des faits affichés à l’écran et l’espèce de laboratoire gonzo que traverse la vedette de l’émission.

« On voulait réussir à partager de l’information sur les sujets qu’on avait choisis, ciblés, on voulait que ce soit informatif, mais en même temps que ça reste une part dans le divertissement », a-t-elle expliqué après une séance de visionnement, mardi, où deux épisodes — la parentalité et la nudité — ont été présentés aux médias.

J’ai l’impression, après avoir parlé avec des gens, que la nudité va peut-être choquer. Mais l’argent reste le seul grand tabou qu’on a au Québec.

L’équilibre est difficile à trouver dans Mais pourquoi ?, car tout tourne énormément autour de Maripier Morin. Elle ne manque ni de charisme ni de franchise, on la voit à fleur de peau, troublée, presque trop généreuse de sa personne. Mais on ne voit parfois qu’elle, justement, et non pas un reflet de « nous ».

Par moments, on s’éloigne aussi du sujet. Dans l’épisode sur la parentalité, par exemple, Morin décide de faire congeler ses ovules. Elle doit donc passer par une série de traitements — des injections quotidiennes à travers la peau du ventre. C’est là une plongée touchante, quoiqu’un peu longue, dans cet univers. Mais on tombe rapidement dans les enjeux de sa propre fertilité bien plus que dans la discussion sur le fait de vouloir ou pas être parent.

La même impression d’être tombée juste à côté de la cible revient avec l’épisode sur la nudité. On ancre l’angle d’attaque à partir du fait que Morin n’aime pas sa poitrine, puis elle se lance le défi de monter sur la scène d’un bar de danseuses. Mais pourquoi ? finit par s’attarder à la réalité des danseuses nues, alors qu’on aurait pu partir du cas particulier de l’animatrice pour élargir sur le rapport des Québécois à la nudité, disons.

Une fois cette critique énoncée, il faut avouer que de suivre Morin dans ses aventures d’immersion remplit le mandat de divertissement de Mais pourquoi ? L’animatrice a beaucoup de cran, mais pas beaucoup de filtre, et le téléspectateur aimera donc la suivre, partager son stress et ses douleurs.

Maripier Morin était encore ébranlée mardi en revoyant l’épisode sur la nudité, pourtant tourné il y a plusieurs mois. « Je questionne encore ma décision, je maintiens que je suis contente de l’avoir vécue, mais je ne suis pas sortie indemne de ça. C’est peut-être la partie où je suis allé le plus loin. »

Billets doux

Est-ce plus dur de se dénuder ou d’ouvrir ses livres comptables dans l’épisode sur l’argent, lui a demandé un collègue ? Morin a fait la moue. « J’ai l’impression, après avoir parlé avec des gens, que la nudité va peut-être choquer. Mais l’argent reste le seul grand tabou qu’on a au Québec. […] Encore plus quand t’es une fille. Encore là, on se bat avec le double standard. »

Cette « dichotomie entre les hommes et les femmes », elle se retrouve finalement assez présente dans la série, avoue l’animatrice, qui n’avait pas prévu qu’une telle trame traverserait plusieurs sujets.

« Les hommes ont une très grande liberté, et la série met le doigt là-dessus. [Les femmes], on est encore bâillonnées sur plein d’affaires. »

Est-ce que de nouveaux épisodes pourraient être produits sur le même concept ? « Je ne sais pas », a lancé Morin. Le réseau aura son mot à dire, mais l’animatrice hésiterait sûrement à se replonger dans une telle aventure, qui a demandé quelque cinq semaines de tournage par épisode. « Physiquement et psychologiquement, c’est colossal comme travail. Mais je suis super fière de ce qu’on a fait. »

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