«Le dernier soir»: l’enquête ultime

La série de six épisodes détaille l’ensemble de l’enquête à la manière typique du style «true crime».
Photo: ICI Tou.tv Extra La série de six épisodes détaille l’ensemble de l’enquête à la manière typique du style «true crime».

Longueuil, 20 mai 1975. Un groupe d’adolescents s’adonne à des balades en moto, en soirée. Rien à craindre : la trail est bien connue de tous. Mario Corbeil, 15 ans, parcourt ainsi le chemin de pierres sur la moto de son père, avec ses amis attelés au véhicule, un à la fois, derrière lui. Vers 20 h 15, Mario part cette fois avec Diane Déry, 13 ans, amie et voisine — mais à 21 h, les jeunes ne sont toujours pas de retour.

Leurs corps sont retrouvés le lendemain : les deux jeunes ont été tués par balle, dans des circonstances nébuleuses. Jusqu’à ce jour, le drame demeure l’un des rares meurtres non résolus du Québec, 45 ans plus tard — mais peut-être pas pour longtemps.

Dans Le dernier soir, la journaliste et chroniqueuse judiciaire Monic Néron se penche sur les événements de cette soirée et ne laisse rien lui échapper : avec son équipe, elle épluche rapports de police, témoignages et nouveaux éléments de preuve, et tente ainsi de répondre aux questions des deux familles, une dernière fois.

« Je pense que les familles, [finalement], ce qu’elles souhaitent, c’est qu’on mette quelqu’un derrière les barreaux, affirme-t-elle. Nous, on a fait une partie du travail, mais ce n’est pas nous qui avons le pouvoir ensuite d’intervenir. »

La série de six épisodes sera disponible dès le 4 juillet en visionnement continu sur la plateforme Tou.tv EXTRA de Radio-Canada. Elle détaille l’ensemble de l’enquête de Néron et Manuelle Légaré, productrice au contenu, à la manière typique du style « true crime », aujourd’hui très répandu aux États-Unis.

« Avec la diffusion, ça risque de créer des remous. C’est ce qu’on souhaite. Ça va faire jaser, espère le producteur Guillaume Lespérance (Deuxième chance). Il y a des langues qui vont se délier. »

La suite, par contre, ne leur appartient plus, nuance-t-il. « On a fait la série qu’on avait à faire. Si ça déboule, ça va débouler vite. Un moment donné, il faut aussi que ça sorte des mains des médias et que ça se transforme dans les mains des policiers. »

Vigilance

Reste que le travail effectué par Monic Néron et son équipe au cours des deux dernières années sur ce projet est loin d’être incomplet. La série le démontre en révélant chacune des pistes que la journaliste a suivies durant sa propre enquête, autant les bonnes que les mauvaises, jusqu’à la toute fin — y compris l’aboutissement de l’enquête.

« La personne qui va regarder la série va savoir exactement ce que nous, on sait, explique-t-elle. Ce ne sera pas caché, ce ne sera pas suggéré. C’est clairement [démontré] dans la série : à la fin du sixième épisode, vous savez. »

Pour en arriver là, le public se voit offrir une multitude d’éléments, de quoi faire sa propre enquête aux côtés de Néron. Les témoignages de la famille Déry constituent d’abord la pierre angulaire de la série, cernant ainsi les événements de cette soirée de mai 1975.

Puis, les voisins parlent eux aussi, l’entourage, la police — constituant, au total, près de 110 témoignages recueillis —, et lorsque les pistes se croisent ou s’opposent, l’équipe fait tout de suite appel à des spécialistes, évaluant chaque détail sans exception : visite au club de tir, escale à Toronto pour rencontrer un expert en balistique, voyage à l’étranger pour rencontrer un membre de la famille Corbeil…

Photo: ICI Tou.tv Extra La chroniqueuse judiciaire Monic Néron ne laisse rien lui échapper.

Des précautions s’imposent tout de même au-delà de cette vérification croisée, surtout sur le plan légal. « On n’est pas aux États-Unis, malheureusement, explique Monic Néron. Aux États-Unis, on aurait sans doute pu se permettre pas mal plus. Tout diffuser, tout montrer, montrer du doigt n’importe qui… »

Guillaume Lespérance n’y voit pas d’inconvénient, toutefois. « C’est sûr qu’il y a des paramètres [à respecter] ici, au Canada, sur la loi, mais qui permettent aussi de se protéger de certains abus qu’il y a aux États-Unis. La structure de la série n’a pas été endommagée. Le résultat final n’a pas été altéré », ajoute-t-il.

Respect et collaboration

À la base, par contre, l’histoire reste celle des familles concernées, et il n’était pas question d’embarquer dans ce projet sans avoir leur collaboration, insiste Lespérance. « On ne voulait pas aller de l’avant si les familles ne nous accompagnaient pas, si elles n’étaient pas d’accord avec notre démarche. Ces gens-là souffrent autant qu’au premier jour. Leur peine n’a pas diminué. »

Cette peine est palpable dès les premières minutes de l’émission, lorsque la famille Déry fait son apparition à l’écran. Les témoignages sont poignants et sincères ; il est impossible d’oublier que ces événements ont bel et bien marqué plusieurs vies de façon permanente. « Il y a des conséquences pour les familles quand on rebrasse ces histoires-là », ajoute le producteur.

L’apprentissage fait au cours de l’enquête fut d’ailleurs tout aussi important pour les familles Déry et Corbeil, rendant leur implication beaucoup plus personnelle qu’une simple collaboration, explique la productrice Manuelle Légaré.

Aucune d’entre elles n’a encore visionné les épisodes, mais elles savent à quoi s’attendre. « Les familles ne sont pas dans le noir. Je les ai rencontrées, et je leur ai tout raconté ce qu’ils allaient voir avant. Ils sont au courant du contenu et de nos conclusions », dit-elle.

L’incertitude face à la conclusion de l’enquête — voire à la possibilité d’une conclusion — était un autre aspect fragile de l’aventure. « Jusqu’à la dernière seconde en développement, ça se pouvait que ce projet-là meure, et tant mieux, admet Guillaume Lespérance. Si tu perds le respect ou la collaboration des familles, ou que ça s’en va n’importe où… tu ne peux pas aller de l’avant. »

« Il n’y avait pas d’assurance, de garantie. Dès le départ. Quand on a commencé, c’était très aléatoire, répète Monic Néron. Est-ce qu’on va arriver à une conclusion qui va être basée sur des faits ? La réponse, on pense que c’est oui. Cela dit, ç’a été ça, le défi : aboutir à quelque chose qui a une finalité. »

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Le dernier soir

Tou.tv EXTRA, dès le 4 juillet