Les flâneurs


Caroline Montpetit

Tragique et exubérante Afrique

Grands formats éblouissants et chargés d’une critique sociale aiguisée, les toiles du Sénégalais Omar Ba nous convient à regarder l’Afrique en face. Dans la salle du Musée des beaux-arts de Montréal qui lui est consacrée, on côtoie des dictateurs aux traits animaliers, des jeunes tentés par le terrorisme, une faune et une flore africaines exubérantes, des enfants devant l’avenir. Dans ce tourbillon de détails, on ne sait pas toujours, de l’homme ou de la bête, qui mène. La réalité qu’il peint est dure et concrète, illustrée à l’aide d’un monde surnaturel foisonnant.

 


Louise-Maude Rioux Soucy

Fanny Britt, la consolante

Comment fait-elle pour toucher si juste ? Penser la famille reste souvent un exercice unidimensionnel. Il y a les hilarantes, les indignes, les commanditées, les à boutte de toute, et il y a Fanny Britt, femme brillante pétrie de doutes, une lucide à fleur de peau d’une émouvante humanité. Son essai Les tranchées avait remué des zones jusqu’alors innommées. Les retranchées (Atelier 10) creuse plus profondément ce sillon. L’écrivaine et dramaturge, reine du clair-obscur, plonge dans nos contradictions, nos doutes et nos lâchetés pour mieux éclairer cette part résiliente, battante, au centre de laquelle le soin, enfin, peut espérer triompher.

 


Catherine Lalonde

Laisser L’empreinte

L’empreinte, récit d’Alexandria Marzano-Lesnevich (Sonatine), a fait événement chez nos voisins du sud dans sa version originale. Si la traduction d’Héloïse Esquié rend en français l’écriture plate, la réflexion vaut le détour. Apprentie avocate et écrivaine, Marzano-Lesnevich, à travers de multiples documents juridiques ou non, veut comprendre comment Rick Langey a fini par commettre un meurtre pédophile. Le dossier fait remonter l’inceste qu’elle a vécu, des souvenirs qu’elle veut traiter comme des faits. Si dans la même veine Maggie Nelson a beaucoup mieux réussi Une partie rouge (Sous-sol), L’empreinte trouble amplement, et fait réfléchir sur ce qu’on conçoit comme la vérité et la justice.

 


Valérie Duhaime

Dans l'air russe

La rumeur est fondée : la série Chernobyl, diffusée à HBO (et donc, Crave) est remarquable. Entre l’air jauni par les émanations et la terre empoisonnée par les écoulements, les survivants de la tragédie tentent de limiter les dégâts, de changer le cours déjà trop entamé des choses. Le tout en gardant la face devant la planète, largement suspecte pour cette URSS des derniers miles de la guerre froide. La minisérie américo-britannique est plus un voyage dans l’espace que dans le temps — la Russie semble ici extraterrestre et les habitants, ses otages ignorants.