«Catch-22»: la guerre, jamais une raison pour se faire mal

L’aventure se déroule principalement en Italie, sur le point de capituler devant les Alliés, même si d’intenses combats font encore rage.
Photo: City TV L’aventure se déroule principalement en Italie, sur le point de capituler devant les Alliés, même si d’intenses combats font encore rage.

Selon un sondage mené l’automne dernier par le réseau de télévision PBS sur les 100 livres les plus aimés aux États-Unis, Catch-22, de Joseph Heller, se classe au 47e rang, entre Moby Dick, de Herman Melville, et A Game of Thrones, de George R. R. Martin. Or, après sa parution en 1961, ce roman satirique à la structure narrative éclatée aurait sûrement figuré plus haut dans ce palmarès : sur les campus, alors que faisait rage la guerre du Vietnam, la jeunesse américaine se délectait de ce plaidoyer antimilitariste dont l’insolence calmait (un peu) leurs angoisses devant la menace imminente d’un enrôlement.

Cette biographie déguisée du passé militaire de son auteur, souvent enfermé, comme son personnage principal, dans un bombardier B-25 pendant la Deuxième Guerre mondiale, ne pouvait que séduire Hollywood, flairant lui aussi l’air du temps. C’est ainsi que Le roi de coeur (1966), de Philippe de Broca, superbe fantaisie pacifiste autour de la Première Guerre mondiale, échec commercial en France, est devenu objet de culte dans les salles de répertoire aux États-Unis. Peu de temps après, en 1970, allaient sortir, à quelques mois d’intervalle, M.A.S.H., de Robert Altman, et Catch-22, signé Mike Nichols, tout juste auréolé du triomphe nommé The Graduate.

Or, on connaît la suite. Non seulement M.A.S.H. a connu une glorieuse carrière en salle, mais sa seconde vie télévisuelle allait fracasser tous les records de longévité, de 1972 à 1983, soit une durée plus longue que la guerre qu’elle décrivait, celle de Corée… Quant à Catch-22, il fait partie des quelques échecs commerciaux qui ont jalonné la carrière de Mike Nichols (quelqu’un se souvient-il de What Planet Are You From ?).

Voilà pourquoi Catch-22 fut qualifié d’objet hautement radioactif, livre que plus personne ne voulait revisiter. Ironiser sur la guerre, écorcher l’armée la plus puissante du monde, surtout après le 11-Septembre, voilà qui ressemblait à une faute de goût pour le studio Paramount, détenteur des droits du roman. C’est alors que se pointe George Clooney, lui dont on a oublié que son immense popularité a débuté il y a 25 ans grâce à une série télévisée, ER, qui se déroulait sur un autre champ de bataille, celui d’une salle d’urgence d’un hôpital de Chicago.

Toiser les Netflix de ce monde

Qu’une star de ce calibre veuille se pencher sur un projet aussi délicat en apparence pouvait rassurer Hulu, une plateforme qui commence sérieusement à toiser les Netflix de ce monde, surtout depuis l’énorme succès de l’adaptation du roman quasi prophétique de Margaret Atwood, The Handmaid’s Tale. Dans cette relecture en six épisodes mettant aussi en vedette Kyle Chandler (Early Edition, Friday Night Lights), Hugh Laurie (Dr House) et Christopher Abbot (Girls) dans le rôle du jeune John « Yoyo » Yossarian, l’alter ego de Joseph Heller, on a voulu apporter un peu d’unité à cette mosaïque de situations burlesques et de personnages extravagants, colériques ou tourmentés. À l’époque, Mike Nichols et le scénariste Buck Henry (The Graduate, To Die For) s’étaient un peu égarés dans les labyrinthes de ce roman foisonnant.

Les scénaristes Luke Davies etDavid Michöd ont fait de Yoyo le pivot central de cette aventure qui se déroule principalement en Italie, pays sur le point de capituler devant la force des Alliés, même si d’intenses combats font encore rage.

Alors que la victoire semble à portée de main, sans cesse s’accumulent les missions aériennes, d’où le désarroi croissant de Yoyo qui ne sait plus quoi inventer pour éviter de crever entre ciel et terre. Car lorsqu’il plaide une quelconque folie pour justifier d’être cloué au sol, on lui répond que seuls les gens sains d’esprit peuvent évoquer l’aliénation mentale pour critiquer l’absurdité de la guerre et vouloir se défiler. Le voilà donc pris dans un dilemme insoluble, un « Catch-22 » en somme.

Quant aux gens vraiment déséquilibrés qui l’entourent, ce sont principalement ses supérieurs, un bel aréopage de détraqués médaillés qu’on pourrait croire sortis de Full Metal Jacket, de Stanley Kubrick. Entre le caractériel capitaine Cathcart (Kyle Chandler à son meilleur) et l’hédoniste gourmand major de Coverley (Hugh Laurie, la gueule de l’emploi) surgit à l’occasion le non moins tyrannique général Scheisskopf, interprété par Clooney en quelques rares mais suaves apparitions. Car l’acteur est ici surtout réalisateur (pour deux épisodes) et producteur, des tâches qui ne lui ont pas laissé le choix d’être plus souvent derrière que devant la caméra.

Par ailleurs, celui à qui plusieurs prêtent des ambitions présidentielles développe pour Netflix une série sur le scandale du Watergate. Une autre tragicomédie typiquement américaine, représentation qui agira sans doute comme le miroir de celle se déroulant en ce moment à Washington.

Catch-22

CityTv, mardi, 22 h et dès samedi sur Citytv.com