La chasse aux phoques dans l’œil sensible des chasseurs madelinots

Le documentaire permet de découvrir les paysages hivernaux magnifiques des îles de la Madeleine, mais aussi un art de vivre propre à cette communauté insulaire qui s’accroche à son amour du territoire, au-delà de la cohue touristique estivale.
Photo: MC2 Communications Le documentaire permet de découvrir les paysages hivernaux magnifiques des îles de la Madeleine, mais aussi un art de vivre propre à cette communauté insulaire qui s’accroche à son amour du territoire, au-delà de la cohue touristique estivale.

Leur image a été plus qu’entachée par les campagnes des groupes animalistes, alimentées depuis des décennies à grand renfort d’images trompeuses qui, encore aujourd’hui, mettent en scène les célèbres blanchons, ces « bébés phoques » du Groenland qui ne sont pourtant plus chassés depuis… 1987.

Les chasseurs de phoques des îles de la Madeleine, qui pratiquent une chasse dont l’origine remonte à l’occupation même du territoire de cet archipel, ont été et sont toujours la cible d’attaques très virulentes. Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls à faire les frais des campagnes contre la chasse. Pour avoir osé mettre du phoque au menu, certains restaurateurs ont déjà reçu des menaces directes.

Encore pire pour les chasseurs, depuis 2010, l’Union européenne — où la surpêche est un problème récurrent, où l’importation d’ivoire d’espèces menacées est massive et où les cas de cruauté dans les abattoirs se sont multipliés au cours des dernières années — impose un embargo sur les produits dérivés du phoque, jugeant les méthodes d’abattage « cruelles ». Les chasseurs d’ici ont donc perdu l’accès à leur principal marché d’exportation.

Malgré la multiplication des embûches, certains continuent néanmoins de pratiquer la chasse aux phoques, et le réalisateur Nicolas Lévesque a décidé de leur donner la parole, à hauteur d’hommes vrais. Le documentaire Chasseurs de phoques permet ainsi de découvrir les paysages hivernaux magnifiques des îles de la Madeleine, mais aussi un art de vivre propre à cette communauté insulaire qui s’accroche à son amour du territoire, au-delà de la cohue touristique estivale.

« Le discours sur la chasse aux phoques est très débalancé, surtout lorsqu’on voit les budgets qu’ont les groupes animalistes pour démoniser cette pratique, explique M. Lévesque, en entrevue au Devoir. Ces groupes décrivent les chasseurs comme des barbares, alors que la réalité est complètement différente. Je trouvais donc ça important de se coller à leur réalité. Ce sont des gens qui veulent développer une économie locale, mais aussi partager leurs connaissances. »

Espèces abondantes

« On a toujours été un peuple de cueilleurs. Ce qui arrivait, on le cueillait pour se nourrir. Et de génération en génération, on a essayé de se défendre pour vivre sur une île », résume d’ailleurs très justement le boucher Réjean Vigneau, lui-même partie intégrante de « ce peuple qui a le courage de se salir les mains pour nourrir son monde ».

Le cinéaste part aussi à la rencontre de Bernard, lui-même chasseur, qui s’attarde à transmettre les connaissances nécessaires à la capture du phoque à ses deux fils. Et il en faut de la volonté, mais aussi du savoir très tangible et beaucoup de patience, pour partir en bateau dans les glaces du mois de mars et chasser le phoque du Groenland.

Les chasseurs doivent également suivre une formation pour assurer un abattage efficace des pinnipèdes. Et non, « ils ne prennent pas plaisir à donner la mort à ces animaux dont ils ont le plus grand respect », assure Nicolas Lévesque.

Il faut par ailleurs le dire : le phoque du Groenland et le phoque gris ne sont pas menacés par la pression de chasse commerciale, en raison notamment de l’établissement de quotas par le gouvernement fédéral. D’ailleurs, ces quotas ne sont habituellement pas atteints.

Ainsi, la population de phoques du Groenland, l’espèce qui vient mettre bas sur les glaces qui se forment au large des îles de la Madeleine, s’élève à 7,4 millions de têtes. Dans le cas du phoque gris, un animal qui peut dépasser les 700 livres à l’âge adulte, la population de l’est du Canada dépasse les 425 000 têtes.

Les populations de ces mammifères marins sont telles qu’elles limiteraient le rétablissement de certaines espèces de poissons anéanties par la surpêche. Dans ce contexte, affirment les chasseurs, pourquoi ne pas développer davantage les débouchés pour les produits du phoque ? Montrer le visage profondément humain de ces Madelinots est peut-être un premier pas.

Chasseurs de phoques

Unis, lundi, 21 h, rediffusion mercredi, 12 h 30 et dimanche 9 décembre, 14 h 30