Se faire une bonne tête

Se faire une tête ! amène un intellectuel à réfléchir sur une question sociale, comme, par exemple, le droit des animaux.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Se faire une tête ! amène un intellectuel à réfléchir sur une question sociale, comme, par exemple, le droit des animaux.

La commission Charbonneau reprenait ses travaux cette semaine. Normand Bédard, ex-dirigeant de la compagnie Sintra, un ingénieur présumé « crosseur » (un de plus), a admis que sa compagnie avait participé à un vaste réseau comploteur pour partager les contrats octroyés par le ministère des Transports du Québec. Entre 1997 et 2012, le géant de l’asphalte a cumulé 1776 chantiers pour une somme totale de 1,6 milliard.

 

Les témoignages du genre se multiplient depuis des mois. Les signes de filouterie se manifestent dans bien d’autres domaines, ici avec une épidémie de plagiats dans les travaux étudiants, là avec les sportifs tricheurs. Le film La petite reine, librement inspiré de la vie de la cycliste québécoise Geneviève Jeanson, dopée à l’EPO, sortira dans quelques semaines.

 

D’où la question aussi simple que profonde posée dans le premier épisode de la nouvelle émission Se faire une tête ! de Canal Savoir : y a-t-il une baisse de la moralité publique dans nos sociétés ? La journaliste Monique Grégoire la formule d’entrée de jeu à la philosophe Manon Lortie, du cégep de Jonquière.

 

Comme l’exige la sagesse de son métier, Mme Lortie réplique qu’il faut d’abord commencer par se demander ce qu’est la morale. Or cette façon de distinguer le bien du mal a d’abord été liée à la connaissance dans la tradition postsocratique, puis à la foi et à la notion du péché chez les chrétiens avant de se lier à l’individu rationnel depuis les Lumières.

 

« La morale évolue, dit la philosophe. Elle change d’une époque à l’autre. On ne peut pas dire qu’on assiste à la disparition des valeurs, mais on assiste à une transformation des valeurs. »

 

L’enseignante a l’habitude des grandes synthèses pédagogiquement simplifiées. Elle parle de Sartre et de « sa blonde Simone ». Elle peut traverser des millénaires au pas de charge pour faire comprendre la naissance et la mutation des concepts.

 

Lou Lemelin, réalisatrice et scénariste, tourne les rencontres. Mme Grégoire, ancienne de Radio-Canada, mène l’entrevue. « L’idée de l’émission nous est venue entre autres quand nous suivions les débats sur la charte de la laïcité, explique Mme Grégoire au Devoir. Personnellement, j’avais de la difficulté à me faire une tête. Il nous fallait un moyen pour soutirer la substantifique moelle des raisonnements, pour comprendre ce sur quoi s’appuient les arguments des uns et des autres. Nous avons donc eu l’idée de cette émission autour de penseurs capables de nous éclairer. »

 

La formule simplissime ramène un intellectuel autour d’un grand problème : la moralité publique, mais aussi la Charte des droits, les religions, le féminisme, le nationalisme, le modèle québécois, la justice, le droit à l’éducation, l’investissement responsable, les élites, etc. Pas de table ronde donc, ni de chapelles intellectuelles. « On se dit qu’avant de débattre, il faut d’abord poser les concepts, explique Mme Grégoire. C’est un défi, évidemment, puisqu’il faut trouver des gens qui acceptent de dresser un tableau global. »

 

Au deuxième épisode, le politologue de l’Université de Sherbrooke Jean-Herman Guay livre une réflexion sur le bien commun. Au troisième, l’essayiste Daniel Jacques, professeur au cégep Garneau, se demande pourquoi les citoyens ont perdu confiance en leurs dirigeants politiques. Au quatrième, le philosophe Michel Metayer, du cégep Lionel-Groulx, parle des droits des animaux.

 

« Ce qui nous importe, c’est de recevoir une personne dont la pensée est claire, dit la journaliste. Il y a aussi une volonté d’aller en région. C’est une production qui vise un large public. »

 

Les quatre premiers épisodes sont enregistrés comme projet-pilote. L’équipe souhaite rendre un premier cycle de treize moutures. Canal Savoir les a acceptées, mais il reste à trouver des fonds pour terminer le tournage de la première saison.

 

Une page Web accompagne et complète l’émission sur le site de la chaîne (canalsavoir.tv). L’équipe y placera bientôt les réponses à un « questionnaire philo » administré par chacun des penseurs invités.

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Questionnaire de philo proposé aux participants de Se faire une tête!

1. Quelle est votre conviction la plus profonde ?
2. Qu’est-ce qui vous indigne le plus dans la vie ?
3. Quel est le penseur que vous admirez le plus ?
4. Celui avec lequel vous êtes le plus en désaccord ?
5. Le livre le plus marquant que vous ayez lu ?
6. La question la plus difficile à laquelle vous ayez eu à répondre ?
7. Le lieu commun le plus répandu et qui est une fausseté ?
8. Ce pour quoi vous seriez prêt à manifester dans les rues ?
9. La question sur laquelle vous n’arrivez pas à vous faire une tête ?
10. Si Dieu existe, que voudriez-vous l’entendre dire après votre mort ?

Se faire une tête !

Canal Savoir, lundi, 20 h 30

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