Ballet de ruelle

Les interprètes de Bal[let] de rue elles séviront tout au long du festival Quartiers Danses, à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 25 septembre.<br />
Photo: Michel Pinault Les interprètes de Bal[let] de rue elles séviront tout au long du festival Quartiers Danses, à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 25 septembre.

Traces rouges dans le paysage urbain, elles surgissent des ruelles pour envahir la place publique et enchanter le quotidien des passants. Ce sont les 19 interprètes de Bal[let] de rue elles, qui séviront tout au long du festival Quartiers Danses, dès aujourd'hui et jusqu'au 25 septembre.

Bals modernes, grand continental, flash mob, la danse en plein air a la cote. Si elle s'expose et se démocratise aux yeux du public, elle sert aussi de banc d'essai aux jeunes générations de danseurs. Une approche chérie par le festival Quartiers Danses (QD), qui mène la danse dans les quartiers depuis neuf ans (d'abord sous la bannière de Transatlantique Montréal). Bal[let] de rue elles est la dernière déclinaison de cette danse hors les murs. Il revient à QD, pour la deuxième fois, semer les gestes à tout vent.

À cinq occasions ce week-end (aujourd'hui à 12h, 13h et 16h30; demain à 15h et 16h), les badauds de la place Émilie-Gamelin, au centre-ville de Montréal, seront guidés dans une danse déambulatoire en 18 temps. Solos, duos, trios, quatuors ou pièces de groupe, d'une à trois minutes chacun, tous conçus et interprétés par ces 19 créatures des ruelles sorties des écoles de danse il y moins de deux ans.

«C'est un ballet dans le sens d'une oeuvre complète en plusieurs actes», explique Laurence Fournier-Campeau, coconceptrice du Bal[let] de rue elles. Mais c'est aussi l'esprit convivial du bal, l'espace immense de la rue ou intime de la ruelle, et la danse au féminin pluriel.

Signatures différentes

Né dans des ruelles l'an dernier, le Bal[let] se déploie cette année, outre ce week-end sur la place Émilie-Gamelin, dans la ruelle adjacente à la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce et sur l'esplanade de la Maison de la culture Maisonneuve. Neuf autres «représentations» sont au programme.

«Il y a tellement de signatures différentes que tout le monde va y trouver son compte, dit Laurence Fournier-Campeau. L'autre coconceptrice du Bal[let], Gabrielle Surprenant-Lacasse, enchaîne: «C'est une belle façon de présenter la diversité de la danse contemporaine. Ça montre un éventail de ce que [les jeunes chorégraphes-interprètes] peuvent faire.»

En plus de chorégraphier quelques morceaux, elles jouent un peu les metteures en scène afin de donner une cohérence à toutes ces expressions artistiques. «On vient jouer dans l'assemblage, explique Laurence. On choisit le site de chaque capsule et les transitions, on crée une unité avec la trame sonore [signée Raphaëlle Perreault, qui danse aussi dans le Bal[let]] et le vêtement rouge.»

De la relève à la maturité

D'un collectif de la relève à un collectif de la maturité... La Bande interdite, aussi présentée à QD en collaboration avec Tangente, est formée de trois passionnés de danse et d'image: Sylvain Poirier, Sonia Stefan, Yves St-Pierre. Leur nouvelle création, L'Écho des îles, traite de l'identité de l'artiste-danseur, aussi frémissante que l'onde à l'aube de la quarantaine.

Avec la danseuse Sioned Watkins, ils s'interrogent sur leur place et leur rôle dans un monde où la communication passe surtout par un clavier et dans un art souvent ingrat face au vieillissement.

«On allie la nouvelle technologie à la vieille pour dire qu'on est vieux mais qu'on n'est pas out», lance en souriant Yves St-Pierre. La vidéo et le film 16 mm s'entrelacent à la danse. Le travail de l'image est ainsi devenu une expression artistique à part entière dans leur création. Même si le moteur demeure toujours la danse, le geste. Tous trois l'ont remis 100 fois sur le métier, sans jamais réussir à le quitter. «Après tout, à nous trois, on cumule 60 ans d'expérience...», poursuit-il.

Quartiers Danses se fait une fierté de répandre la danse à petit prix, dans tous ses alliages, de sa relève à sa maturité, et d'abord dans les quartiers plutôt qu'exclusivement au centre-ville. Le chant, l'art vidéo, le film, la poésie y convergent dans des pièces de Lucie Grégoire, Jane Mappin, Georges-Nicolas Tremblay, Zab Maboungou, Isabelle Mohn, Laurence Wagner et d'autres. Hors les murs, mais aussi dans les théâtres et maisons de la culture.
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 16 septembre 2011 17 h 45

    Un art salvateur

    Cette expansion de l'art dans les ruelles nous sauvera peut-être de la nouvelle Grande noirceur à laquelle nous mènent les Harper et Charest.
    Roland Berger