«The Fabelmans»: Spielberg se raconte

Keeley Karsten, Gabriel LaBelle, Steven Spielberg, Mateo Zoryon Francis-DeFord et Julia Butters lors de la première mondiale du film «The Fabelmans» au Festival international du film de Toronto, samedi
Photo: Michael Loccisano/Getty Images/AFP Keeley Karsten, Gabriel LaBelle, Steven Spielberg, Mateo Zoryon Francis-DeFord et Julia Butters lors de la première mondiale du film «The Fabelmans» au Festival international du film de Toronto, samedi

Le film The Fabelmans a reçu un accueil triomphal du public lors de sa première mondiale samedi soir au Festival international du film de Toronto. C’était l’une des productions les plus attendues de l’année, et pour cause.

Il s’agit, d’une part, du nouveau film de Steven Spielberg, un maître, et, d’autre part, d’une oeuvre à caractère autobiographique. « Soixante-quinze ans d’expérience de vie sont allés dans ce film », a confié le cinéaste au public avant la projection.

Campé dans les années 1950 et 1960, The Fabelmans s’intéresse à Sam, enfant puis adolescent qui ne pense qu’à réaliser des films, ainsi qu’à sa famille, moins parfaite qu’il n’y paraît. Lors d’une séquence fabuleuse où Sam (Gabriel LaBelle, parfait) monte le film familial qu’il a tourné lors d’un voyage de camping, il découvre quelque chose qui changera tout ; quelque chose qui était sous son nez, mais qui lui a échappé. Or ce quelque chose, la caméra, elle, l’a capté (comme une variation de Blow-Up, d’Antonioni).

Le film est en l’occurrence plein de passages où Spielberg, tout en se racontant, rend hommage au cinéma, à sa puissance d’évocation et à sa capacité à être vrai même en recourant à la fiction. Parlant d’hommages, lors d’une autre séquence où Mitzi (Michelle Williams, sensationnelle), la mère de Sam, se livre à un ballet impromptu, on revoit en pensées une scène fameuse du film The Red Shoes, de Powell et Pressburger.

Pour autant, The Fabelmans ne se résume absolument pas à une collection de clins d’oeil cinématographiques. Le scénario, coécrit par Spielberg et Tony Kushner, lauréat du Pulitzer pour sa pièce Angels in America et collaborateur fréquent du réalisateur (Munich, Lincoln, West Side Story), tient à la fois du portrait de l’artiste en jeune homme et de la chronique familiale. Le film est riche en ellipses qui, loin de nuire à la fluidité de l’ensemble, propulsent l’oeuvre.

Les personnages principaux ont une réelle épaisseur, une réelle densité psychologique. Il se dégage en outre du film, qui est plus nostalgique qu’élégiaque, une espèce de mélancolie heureuse. On sent Spielberg non seulement en pleine possession de ses moyens, mais serein.

Une lettre d’amour

Après la projection, le cinéaste est revenu sur la scène accompagnée de sa distribution. Lorsque le président-directeur général du TIFF, Cameron Bailey, lui a demandé pourquoi il avait décidé de faire ce film maintenant, Steven Spielberg a répondu :

« J’y pensais depuis plusieurs années, mais je ne savais pas trop quand j’y viendrais. […] Tony et moi avons commencé à en parler à l’époque du film Lincoln. Tony a un peu joué le rôle du thérapeute et moi, du patient. Nous avons parlé, et j’ai parlé, longuement, et Tony m’a nourri et m’a écouté. Puis, quand la COVID a frappé en mars 2020, personne ne savait dans quel état seraient les arts, et la vie, l’année suivante. Je me demandais, à mesure que la situation se détériorait, ce que je souhaitais laisser derrière moi, mais aussi, quels étaient les aspects de ma vie qui n’étaient pas résolus, déballés. À propos de ma mère, de mon père, de mes soeurs… »

À cet égard, The Fabelmans est une lettre d’amour, parfois déchirante, de Spielberg à ses parents, à sa mère en particulier — le film lui est dédié.

« J’ai également fait ce film pour faire revivre mes parents », a confié le cinéaste dans une bouffée d’émotion.

Et pour qui se le demande, non, The Fabelmans n’est pas le testament cinématographique de Steven Spielberg : « Je ne prends pas ma retraite. Ce n’est pas mon chant du cygne. »

Ce fut un soulagement de l’entendre, quoiqu’on n’en doutât pas un seul instant. En regardant le film, il est en effet évident que la passion pour le cinéma est encore aussi vive en Steven Spielberg qu’elle l’est en son jeune alter ego.

Le film The Fabelmans prendra l’affiche le 11 novembre.

The Fabelmans

Steven Spielberg. États-Unis, 2022, 151 minutes.

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