Jennifer Lawrence épate dans «Causeway»

Dans «Causeway», Jennifer Lawrence rappelle combien la retenue et l’intériorité sont pour elle une seconde nature.
Cole Burston La Presse canadienne Dans «Causeway», Jennifer Lawrence rappelle combien la retenue et l’intériorité sont pour elle une seconde nature.

Elle est au Festival international du film de Toronto, la brillante, la douée, la magnifique Jennifer Lawrence, alias JLaw. Massée devant le Royal Alexandra Theatre où son nouveau film Causeway avait sa première mondiale, la foule scandait son nom samedi. On l’avait adorée l’an dernier dans le corrosif Don’t Look Up, mais c’était un film choral, et on n’avait pas vu la blonde star porter un film en solo depuis l’opulent film d’espionnage Red Sparrow, en 2018. La revoici donc non seulement en tête d’affiche, mais qui plus est dans un projet intime, du genre de ceux qui la firent initialement connaître. Dévoilé en première mondiale au TIFF, Causeway voit la vedette, et ici productrice, livrer l’une de ses meilleures performances.

Premier film de Lila Neugebauer, une metteure en scène très respectée sur Broadway, Causeway conte le retour à la vie civile difficile de Lindsay, une jeune vétérane qui a subi un important traumatisme crânien en Afghanistan. Pourtant, elle ne pense qu’à obtenir l’autorisation d’un médecin pour retourner là-bas. À James (Brian Tyree Henry, vu dans Eternals), un garagiste avec qui elle développe une complicité aussi inattendue que spontanée, Lindsay lance : « Je préfère cent fois mieux retourner là-bas que de rester ici. C’est dire à quel point je ne veux pas être ici. »

Ce « ici », c’est en l’occurrence la maison où elle a grandi avec son frère, dont on saura tardivement ce qu’il est advenu, et sa mère, qui y vit toujours et y picole. Le père ? On n’en souffle mot, et ce silence, comme maints autres dans le film, est parlant.

« J’adore le langage, son infinie élasticité. Mais je suis également fascinée par ces moments où l’on atteint les limites du langage ; où il devient inadéquat. Et ce qu’on a ici, au fond, ce sont deux personnages qui luttent pour mieux comprendre qui ils sont, à l’intérieur. Parfois, les mots leur manquent. Cet aspect du récit m’a beaucoup plu, et je tenais à le traduire avec soin et respect », expliquait à cet égard Lila Neugebauer à l’occasion d’une entrevue qui paraîtra plus tard cet automne, en amont de la sortie du film.

Une seconde nature

 

Justement, et c’est là l’une des nombreuses belles surprises du film, Jennifer Lawrence habite tous ces silences avec une force tranquille qui ne faillit jamais. Certes, il y a le charisme, le magnétisme d’une vedette hollywoodienne, mais cela va au-delà de ça. Depuis son Oscar pour Silver Linings Playbook, on lui a souvent confié des rôles faisant la part belle à son talent pour, tantôt, livrer un dialogue abondant avec vivacité, fougue et humour, tantôt, incarner d’imperturbables et plus ou moins invincibles (super) héroïnes.

Or, dans Causeway, l’actrice rappelle combien la retenue et l’intériorité sont pour elle une seconde nature. Après tout, le film qui la révéla en 2010 et lui valut sa première nomination aux Oscar, Winter’s Bone, reposait entièrement sur cette facette de son considérable talent.

D’ailleurs, on ne manque pas de penser à ce remarquable film de Debra Granik devant Causeway, et pas uniquement à cause du jeu de Jennifer Lawrence. En fait, le second s’inscrit dans le prolongement du premier. Dans Winter’s Bone, on suivait Ree (Lawrence), une adolescente de la région montagneuse des Orzaks cherchant désespérément son bon à rien de père disparu sur fond de criminalité endémique et de communauté qui garde ses secrets. Or, on se souviendra que tout du long, Ree n’a qu’un rêve : quitter son coin reculé et s’enrôler dans l’armée. Au début de Causeway, Lindsay en revient, blessée, mais pas brisée.

D’une certaine manière, le film de Lila Neugebauer pourrait être la suite de Winter’s Bone, une suite se déroulant quelques années après que le souhait de Ree eût été exaucé. Pour le cinéphile, le retour au bercail de Lindsay donne aussi l’impression que son interprète boucle une boucle. Et c’est d’autant plus émouvant.

On a vu, on a ri

Bros, de Nicholas Stoller : Cette comédie produite par Judd Apatow a déclenché l’hilarité générale lors de sa première mondiale au TIFF. Billy Eichner (qui coscénarise) incarne le créateur d’un populaire balado consacré à l’histoire des gais qui, convaincu d’être parfaitement heureux seul, se trouve bien embêté lorsqu’il s’éprend d’un Apollon représentant en apparence tout ce qu’il n’est pas. Avec un humour imparable et une bonne dose d’autodérision, le film remet plusieurs pendules à l’heure par rapport à la culture gaie, la vaste communauté LGBTQ +, et l’idée qu’on peut s’en faire. En salle le 30 septembre.

Moving On, de Paul Weitz : On allait à cette autre première mondiale pour Jane Fonda et Lily Tomlin (vedettes de la série Grace and Frankie), sans trop d’attentes, même si on avait beaucoup aimé Grandma, du même réalisateur, avec déjà Lily Tomlin. Mais cette comédie noire aux accents queer, sur deux vieilles copines décidées à tuer le salaud de veuf d’une amie, ne manque ni de piquant, ni de passages poignants. Complices depuis la comédie 9 to 5 (1980), sur trois femmes qui entendent liquider leur patron macho, Fonda et Tomlin semblent, elles aussi, boucler une boucle avec leur nouveau film. Date de sortie à confirmer.

Le film Causeway paraîtra sur AppleTV + le 4 novembre.



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