Une diversité symbolique à l'écran

Les autrices d’une étude sur le milieu du cinéma prennent l’exemple de «Squid game», qui n’aurait pas traversé, selon elles, la grille traditionnelle des médias de masse canadiens.
Photo: Netflix Les autrices d’une étude sur le milieu du cinéma prennent l’exemple de «Squid game», qui n’aurait pas traversé, selon elles, la grille traditionnelle des médias de masse canadiens.

Foncièrement conservateur, le milieu des investisseurs et des producteurs de cinéma hésite à prendre le risque financier qu’impliquerait une meilleure représentation de la diversité canadienne.

C’est la conclusion à laquelle arrive une étude sur le sujet, commandée par la Coalition des femmes du cinéma, de la télévision et des médias numériques du Canada (Coalition WIFT Canada), et menée par deux chercheuses canadiennes.

« Ce qu’on voulait faire, c’était mettre en question les perceptions et les idées reçues autour de la gestion du risque dans l’industrie canadienne du cinéma, et voir quelles histoires ou quelles embauches sont considérées comme des investissements risqués », dit Amanda Coles, de l’Université Deacon, en Australie, qui a mené l’étude avec sa collègue Deb Verhoeven, de la chaire de recherche Canada 150 en informatique culturelle et genre à l’Université de l’Alberta. « Et nous avons aussi constaté que la représentation de la diversité derrière l’écran demeure hautement symbolique. »

L’étude a été menée principalement dans l’industrie canadienne-anglaise, à l’exception de groupes de discussion de membres de l’industrie francophone. « Nous avons constaté, poursuit Amanda Coles, que les gens qui prennent les décisions sont majoritairement des hommes blancs et que ça a des répercussions sur la façon dont tout un éventail d’histoires est évalué. Lorsqu’on leur demande ce qu’ils considèrent comme essentiel à la qualité d’un bon scénario, ils répondent que c’est que les personnages soient attachants, que l’histoire soit irrésistible et qu’elle fasse appel aux émotions. Mais ces déterminants changent selon le sujet qui regarde le film [TDLR]. »

Or, le public « par défaut » est systématiquement un homme blanc, dit-elle, mentionnant que c’est peut-être la raison des difficultés qu’a connues un film comme Wonderwoman, avant de faire exploser le box-office.

Aucun homme, parmi les décideurs les plus haut placés de l’industrie du cinéma, n’a accepté de rencontrer les chercheuses, mentionnent-elles.

Les chercheuses avancent que ce sont précisément les films audacieux, qui ne s’appuient pas nécessairement sur des stéréotypes traditionnels, qui peuvent créer des surprises au box-office. Elles prennent l’exemple de Squid game, produit par Netflix, qui n’aurait pas traversé, selon elles, la grille traditionnelle des médias de masse canadiens. Les réflexes des producteurs et des investisseurs « laissent derrière énormément d’histoires et de gens de qualité ».

Pour les chercheuses, l’industrie devrait saisir l’occasion de la pause obligée qu’a provoquée la COVID-19 pour revoir ses paramètres vers plus d’inclusion. Et si des mouvements comme Black Lives Matter ou #MeToo, ainsi que des « changements de politique ont conduit les cadres dirigeants qui ne “font pas dans la diversité” à percevoir des risques d’atteinte à leur réputation ou des risques de nature politique, les approches actuelles en matière de “diversité” demeurent, dans une large mesure, purement symboliques », écrivent-elles. Étant donné que l’argent public filtre partout dans l’industrie du cinéma, l’État a un levier pour faire davantage, précise Amanda Coles en entrevue. Par ailleurs, les autrices recommandent la formation d’un groupe de travail « sur les données de l’industrie cinématographique et télévisuelle, qui aurait pour tâche de renseigner les responsables de la prise de décision organisationnelle et politique, et de mettre en question les perceptions de risque largement répandues qui font obstacle à la diversité et à l’inclusion ».

L’étude a été financée à même le Fonds d’urgence pour soutenir les organismes chargés de la culture, du patrimoine et du sport du gouvernement du Canada, lié à la COVID-19.

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