«Army of the Dead»: peur et dégoût à Las Vegas

Un ancien soldat (Dave Bautista) et une bande de mercenaires dépareillés s'aventurent dans une Las Vegas infectée afin d’aller récupérer un magot qui dort dans un coffre-fort.
Photo: Netflix Un ancien soldat (Dave Bautista) et une bande de mercenaires dépareillés s'aventurent dans une Las Vegas infectée afin d’aller récupérer un magot qui dort dans un coffre-fort.

Moins de deux mois après la sortie de sa très anticipée version revue et corrigée de Justice League (La ligue des Justiciers), le réalisateur Zack Snyder est de retour au-devant de l’actualité hollywoodienne avec une autre production très attendue, mais dans un registre fort différent celle-là : Army of the Dead (L’armée des morts). Délaissant les superhéros comme Superman et Batman qui l’ont occupé ces dernières années, le réalisateur revient en l’occurrence à ses premières amours, lui qui fit ses débuts en 2004 avec un remake étonnamment efficace du classique du film de morts-vivants Dawn of the Dead (L’aube des morts).

Army of the Dead démarre sur les chapeaux de roues — littéralement. Lors d’un prologue endiablé mettant en scène un convoi militaire ultrasecret, le film montre comment, après un bête accident, la ville de Las Vegas est devenue l’épicentre d’une épidémie « zombifiante ».

Désormais entourée d’un mur (y verra une métaphore qui veut), la cité du jeu est à présent le royaume d’un mort-vivant alpha et de ses sbires en semi-décomposition.

Évidemment, le gouvernement américain n’entend pas en rester là et prévoit de lâcher une bombe nucléaire sur la ville. Or, avant que tout parte en poussière, un ancien soldat (Dave Bautista, à qui on s’attache d’emblée) et une bande de mercenaires dépareillés (Ella Purnell, Nora Arnezeder et Tig Notaro se démarquent) entendent pénétrer en zone infectée afin d’aller récupérer un magot qui dort dans un coffre-fort.

En somme, on a ici affaire à une sorte de croisement entre Ocean’s Eleven (L’inconnu de Las Vegas) et The Dirty Dozen (Les douze salopards), zombies en prime.

Démesure contrôlée

En fait, Army of the Dead est tapissé mur à mur de références nostalgiques à des films qui ont marqué les jeunes années de Zack Snyder, de An American Werewolf in London (Le Loup-garou de Londres) à Aliens en passant par Escape from New York (New York 1997) et Raiders of the Lost Ark (Les aventuriers de l’arche perdue). Qu’on les repère ou non ne changera rien à la compréhension du récit, mais le fait est que, plus que dans n’importe quel autre de ses films, on sent combien Snyder s’est amusé.

Et son plaisir est contagieux.

On évoquait d’entrée de jeu son premier long métrage, Dawn of the Dead, dans lequel des survivants d’une pandémie zombie trouvent refuge dans un centre commercial : il y avait dans ce film une énergie et un goût du style qui transcendaient le format restreint de la production.

Par la suite, Snyder put laisser libre cours à ces deux caractéristiques. Toutefois, à l’énergie et au style se greffa vite une propension à la démesure. Parfois, ça fonctionne (voir 300), parfois, ça va dans tous les sens (voir Sucker Punch), et parfois encore, ça tombe quelque part entre les deux, voir Watchmen.

Army of the Dead est un cas où le réalisateur, scénariste et directeur photo aura réussi, pour l’essentiel, à canaliser ses efforts. En revanche, on retrouve cette tendance à l’enflure dans la durée, quoique moins prononcée. Et même quand le film stagne lors de ces scènes où les personnages se mettent à discuter avec intensité sans que ce soit forcément intéressant ou pertinent, un travers du genre hérité de la série The Walking Dead, dans l’ensemble, ça déménage, ça pétarade et ça « jute » en masse (oui, il y a du gore à profusion).

En cela, Zack Snyder est certainement redevable à l’as monteuse Dody Dorn, collaboratrice notamment de Christopher Nolan et de Ridley Scott.

Jamais assez

Au final, Army of the Dead n’essaie pas tant de faire peur que de générer du suspense entre ses grosses séquences épiques, y parvenant sans peine (on pense à ce passage anxiogène où les personnages doivent se faufiler dans un dédale de zombies en hibernation). Le tout présenté avec ce panache outrancier cher à Snyder : on connaît l’expression « trop, c’est comme pas assez », mais avec lui, ce serait plutôt « trop, ce n’est jamais assez ».

Sachant cela, Las Vegas la démesurée constituait un terrain de jeu (de massacre) tout indiqué. Bref, les amateurs d’horreur et d’action devraient se régaler, façon de parler.

L’armée des morts (V.F. d’Army of the Dead)

★★★ 1/2

Horreur de Zack Snyder. Avec Dave Bautista, Ella Purnell, Omari Hardwick, Ana de la Reguera, Nora Arnezeder et Tig Notaro. États-Unis, 2021, 148 minutes. Sur Netflix le 21 mai.