«La trahison de la providence divine»: un film d’horreur façon catholique

Ali Skovbye (Jeanne Séraphin) et Élyse Lévesque (Danielle Séraphin) dans «La trahison de la providence divine»
Photo: White Bear Films Ali Skovbye (Jeanne Séraphin) et Élyse Lévesque (Danielle Séraphin) dans «La trahison de la providence divine»

Les stigmates, ces marques sur le corps que l’on disait miraculeuses et qui reproduisaient les blessures du Christ, ont disparu depuis un certain temps de l’imaginaire québécois.

Mais voilà que l’Ojibway Jeremy Torrie y revient dans son film La trahison de la providence divine, qui se déroule au sein d’une famille métisse catholique à Saint-Michel, au Manitoba.

Le film commence alors que la jeune Métisse Jeanne Séraphin subit une sorte d’exorcisme pour faire parler une entité, divine ou maligne, qui s’exprime à travers elle. Le ton est donné.

Saigner comme le Christ

Autour de cette jeune possédée, dont les poignets et la tête ont saigné comme ceux du Christ, s’agitent des représentants des Églises pentecôtiste, catholique, ou pratiquant diverses spiritualités autochtones qui tentent, chacun à leur façon, de profiter de cette manifestation divine.

Sans parler de son père, qui ne dédaignerait pas de faire quelques centaines de milliers de dollars avec sa jeune prodige.

Sans que l’époque à laquelle se déroule l’action soit clairement identifiée au fil du scénario, on se croirait au siècle dernier, avec cette histoire de stigmatisée porteuse de la parole divine. Les amateurs de cinéma gore y trouveront leur compte lorsque Jeanne Séraphin se fera enlever par une bête curieuse aux grognements étranges qui la supplie de lui accorder la rédemption.

L’histoire compte des éléments intéressants, dont la présence de ces Métis catholiques dans l’Ouest américain, la corruption des bien-pensants qui tentent d’exploiter la jeune illuminée et les tensions existant entre les Métis et les autres Amérindiens de la région.

Le tout se déroule d’ailleurs dans de somptueux paysages des Prairies canadiennes, couvertes d’un blé blond et mûr.

Mais qui reste sceptique devant les phénomènes surnaturels en série sera refroidi en cours de route par leur répétition, et aussi par la morale cousue de fil blanc du film qui veut que les bons illuminés ne cherchent pas à faire de l’argent grâce à leurs pouvoirs. Si le jeu des comédiens est tout à fait convenable, mentionnons au passage David La Haye et Élyse Lévesque en père et mère de Jeanne, on sort de la représentation avec l’impression que le réalisateur n’a pas su dépasser un questionnement existentiel très superficiel, ou alors qu’il n’a pas su lui rendre la part de mystère qui lui revient.

 

La trahison de la providence divine

★★

Un film de Jeremy Torrie, avec Ali Skovbye, Élyse Lévesque, David La Haye, Canada, 2021, 96 minutes. En salle.