Les chassés-croisés d’Emmanuel Mouret

Dans cette ronde amoureuse, Maxime (Niels Schneider) aime Sandra (Jenna Thiam) tout en s’attachant à Daphné (Camélia Jordana), en couple avec François (Vincent Macaigne) laissé par sa femme Louise (Émilie Dequenne, césarisée pour le rôle). D’autres unions se greffent à cette chaîne.
Photos K-Films Amérique Dans cette ronde amoureuse, Maxime (Niels Schneider) aime Sandra (Jenna Thiam) tout en s’attachant à Daphné (Camélia Jordana), en couple avec François (Vincent Macaigne) laissé par sa femme Louise (Émilie Dequenne, césarisée pour le rôle). D’autres unions se greffent à cette chaîne.

Déjà, par le titre Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, Emmanuel Mouret marque son territoire : le film explorera les contradictions de ses personnages. Tendre ironie, ode à l’inconstance, il y a un peu de tout ça dans les multiples chassés-croisés amoureux qui parsèment ce vaudeville tantôt sombre, tantôt rempli de légèreté, qui gagne nos grands écrans vendredi prochain.

Longtemps ce cinéaste français, enfant de Marseille, a été considéré comme le successeur naturel d’Éric Rohmer pour son travail sur le langage et l’entrelacs des relations humaines. « Je ne me suis jamais défendu de l’héritage Rohmer, mais d’un film à l’autre, les spectateurs ont appris à faire la différence », précise Mouret.

Le cinéaste de Vénus et Fleur et de L’art d’aimer est un familier du Québec, où il a accompagné un grand nombre de ses films. Interrogé à Paris, à travers Zoom cette fois, il disait revenir au monde contemporain après la production historique Mademoiselle de Joncquières.

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait a reçu en 2020 le label cannois de la Sélection officielle, ce qui lui a fourni un tremplin de choix. Aux derniers César, le film partait favori avec 13 nominations, mais dut s’incliner devant Adieu les cons d’Albert Dupontel.

Dans cette ronde amoureuse, Maxime (Niels Schneider) aime Sandra (Jenna Thiam) tout en s’attachant à Daphné (Camélia Jordana), en couple avec François (Vincent Macaigne) laissé par sa femme Louise (Émilie Dequenne, césarisée pour le rôle). D’autres unions se greffent à cette chaîne. Chacun trouve sa chacune, mais n’y a-t-il pas eu des erreurs d’aiguillage ? « J’ai créé des personnages qui ont un grand cœur, qui aiment trop, mais qui, dans leur inconstance, ne font pas toujours les bons choix », explique Mouret, en précisant s’attacher davantage aux conflits intérieurs de ses héros qu’à leurs joutes entre eux.

Il voulait tricoter un film avec plusieurs histoires pour le transformer en seconde partie en un polar sentimental. « J’avais comme point de départ deux pistes. D’abord, cette rencontre entre Maxime et Daphné, enceinte de son cousin, qui se raconteront leurs vies dans un cadre champêtre ironiquement idyllique, avec entre eux ce quelque chose de naissant pressenti par les spectateurs. Puis, le personnage de Louise en femme blessée qui prend sa revanche de façon étonnante, à travers le mensonge qui témoigne aussi de sa bonté. Elle se sert de sa douleur et de son ressentiment pour s’en sortir par le haut. Cette héroïne bigger than life, Émilie Dequenne pouvait l’habiter. Elle apporte une profondeur à tout ce qu’elle joue. »

Filmer la parole

Mouret avait été subjugué par le talent de Camélia Jordana lors d’un essai précédent, et la distribution de ce film s’est tissée autour d’elle, qui fut abordée la première. Le cinéaste trouvait Niels Schneider trop beau et trop séduisant pour camper le timide et maladroit Maxime. Ce rôle est un peu l’alter ego de ceux que s’offrait le cinéaste, acteur dans plusieurs de ses films précédents. « J’ai fait une lecture avec Camélia Jordana et lui. Niels m’a étonné par sa présence et convaincu qu’il était Maxime. La chimie passait bien aussi entre les deux interprètes. »

Comment filmer la parole ? On a essayé ici d’échapper au champ-contrechamp. Avec mon directeur photo Laurent Desmet, on travaille beaucoup les cadrages. Nous ne voulions pas d’une image expressive, mais mutique, en y mariant le son et la musique classique à la parole. Plutôt que des plans-séquences où le verbe se déploie, on cherchait à stimuler le regard par l’effet optique que procure la douceur de l’image. C’est grâce à l’ellipse que le spectateur projette son intimité sur l’écran.

 

L’envie de travailler avec Vincent Macaigne était là depuis longtemps, mais le cinéaste le trouvait au départ du projet trop jeune pour le rôle. — Je vais être plus vieux, lui a-t-il répondu. — « Cet acteur dégage une certaine forme de maladresse, de douceur et de sensibilité qui fait merveille », estime Mouret aujourd’hui.

La structure du film en entonnoir lui est venue petit à petit, de façon organique. « Ça s’est fait malgré moi. J’aimais cette idée des flash-back évoqués dans les parenthèses. Puis, tout participe au dénouement qui fait résonner le reste, car le temps a passé. »

« Comment filmer la parole ? demande-t-il. On a essayé ici d’échapper au champ-contrechamp. Avec mon directeur photo Laurent Desmet, on travaille beaucoup les cadrages. Nous ne voulions pas d’une image expressive, mais mutique, en y mariant le son et la musique classique à la parole. Plutôt que des plans-séquences où le verbe se déploie, on cherchait à stimuler le regard par l’effet optique que procure la douceur de l’image. C’est grâce à l’ellipse que le spectateur projette son intimité sur l’écran. »

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait a pu sortir dans les cinémas en 2020 en France et a reçu un accueil très favorable. « Il est demeuré au cinéma cinq ou six semaines. On est passés entre les gouttes pandémiques. Il s’agit de mon film le plus unanimement accueilli par la presse », indique un Emmanuel Mouret visiblement ravi.

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait sort en salle le 16 avril.