De noirceur et d’espoir

Monsieur Bachmann et sa classe de Maria Speth.
Photo: Madonnen Films Monsieur Bachmann et sa classe de Maria Speth.

La Berlinale a présenté, en fin de course, deux films finalement consacrés à son palmarès, venus du Mexique et de l’Allemagne. Tous deux collés à la vie qui bat, se tord, et parfois trouve un second souffle.

A Cop Movie, du Mexicain Alonso Ruizpalacios (le cinéaste de Museo), s’aventure dans une docu-fiction stylée et inventive sur la réalité d’une patrouille policière comme sur sa manière d’être incarnée à l’écran. Il faut dire que la représentation des images était souvent de la fête berlinoise cette année, bien des cinéastes s’étant interrogés sur le processus du film autant que sur son objet. Nombreuses mises en abîme…

Or, voici une production Netflix qui détricote le genre du polar, en quatre volets, traquant le quotidien de policiers dans un Mexique où le métier traîne une réputation sulfureuse. Ici, la caméra d’urgence, faussementbrouillée, capte scènes de rue, poursuites, accouchement, actes de courage parfois, moments d’humanité avant tout. La violence du Mexique à travers cette fonction policière sous-payée, meurtrière, non protégée se catapulte. Quant à la corruption endémique, manière commode de joindre les deux bouts pour un flic, elle se révèle un socle qui fait tomber les meilleurs éléments au combat.

Dans ces portraits terribles et touchants, sous voix des narrateurs, la réalité tisse sa toile de complexité. Voici Teresa qui devient policière comme son père, lequel lui fait payer son choix avec un sexisme infini. Puis Montoya, qui sombrait dans la dépression et l’alcool avant de la rencontrer. Ailleurs, leur duo amoureux se voit surnommé la patrouille de l’amour jusqu’à ce qu’un gros bonnet relié à leurs chefs ne fasse déraper la partie. Plus loin, des acteurs reprennent leurs rôles devant leurs propres caméras, greffant d’autres regards sur ce métier impossible. Surgit en creux, ce Mexique de misère qui exhibe ses plaies, ses émotions, sa résilience aussi, avec des accents de vérité qui honorent le cinéaste.

Le plus beau métier du monde

La Classe de M. Bachmann, documentaire hautement inspirant de l’Allemande Maria Speth, constitue une leçon d’humanité. Et comment ne pas envier ces élèves d’une école multiethnique en Allemagne ayant eu la chance de côtoyer un tel enseignant ? Le sexagénaire aux airs de baba cool, chanteur et guitariste de talent, qui initie autant à la musique qu’à l’histoire et à l’allemanddes jeunes issus de communautés d’Europe de l’Est, se révèle un éblouissant pédagogue.

Dans ce film qui vaut davantage par son propos que sa mise en scène, on le suit pendant un an en classe, où il peut autant enseigner à ces préadolescents le régime nazi que le respect de l’homosexualité ou les accords d’une chanson. Cet ancien révolutionnaire en jeans avec son bonnet sur la tête, son émotivité et son franc parler, aux antipodes du professeur policé et ennuyeux, développe avec ces jeunes-là une relation de confiance sans pareille. Il aide chacun selon ses forces, les réconfortant, les encourageant, les poussant à devenir de meilleurs citoyens. Voir s’épanouir, à travers la patience du montage, des enfants en crise identitaire et culturelle, de plus en plus à l’aise dans leur peau, est un bonheur. Au départ, on ne pense pas pouvoir se rendre au bout des 3 h 30 du documentaire. Mais impossible de lâcher prise ! La sagesse de M. Bachmann donne envie de croire en des lendemains possibles. Il y a des êtres formidables sur terre…