«Locked Down»: l’enfer c’est l’autre

Le film «Locked Down» de Doug Liman
Photo: HBO Max Le film «Locked Down» de Doug Liman

Dès les premiers mois de la pandémie, les articles se sont multipliés au sujet d’une des conséquences du confinement mondial : l’augmentation du taux de séparations. Contraints à une proximité accrue, télétravail oblige, maints couples n’ont pas résisté. Celui que formaient Linda et Paxton dans le film Locked Down a explosé juste avant le « grand enfermement ». Les voici donc colocataires qui se tolèrent à peine, quoique ce soit en l’occurrence l’introspection forcée qui semble davantage mettre à mal leur équilibre mental respectif. Et s’ils planifiaient un vol, question de faire barrage au sentiment d’aliénation croissant ?

Le réalisateur Doug Liman (The Bourne Identity, Mr. & Mrs. Smith, Edge of Tomorrow) et le scénariste Steven Knight (Eastern Promises, Locke) ont conçu ce semi-huis clos pandémique au printemps 2020 — l’action se déroule durant cette période. Le tournage rapide s’est déroulé à Londres en octobre avec un budget de 3 millions de dollars.

Sur le plan de la mise en scène, on est dans un minimalisme de circonstances, ce qui est inhabituel pour Liman, abonné aux grosses productions d’action. Les bonnes idées visuelles n’en sont pas moins nombreuses.

Ainsi, tous ces passages montrant les désormais classiques fenêtres Zoom propres au télétravail évoquent-ils la technique surannée des écrans partagés entrés en vogue naguère grâce au film The Thomas Crown Affair (Norman Jewison, 1968), autre histoire de vol, tiens.

Brio des acteurs

Malgré ces ouvertures virtuelles et d’occasionnelles sorties, il se dégage de l’ensemble, c’est inhérent à la proposition, un côté théâtre filmé. D’autant qu’ici, le dialogue prime tout le reste. Ah, ces échanges entre Anne Hathaway et Chiwetel Ejiofor !

Tout du long, le brio des deux acteurs se déploie avec panache. La tirade d’Hathaway au sujet du « monstre corporatif » est à tomber en bas de sa chaise. Du noir au cinglant au léger, parfois les trois dans la même réplique, les deux vedettes, mais peut-être Hathaway tout spécialement, manient le registre comique avec une aisance peu commune.

Dans ce pas de deux confiné, les acteurs composent un couple « ensemble mais séparé » des plus crédibles. Au gré de conversations aux allures de tirs de mitraillette, on sent que le phénomène de l’usure du temps, auquel tout couple de longue date est un jour ou l’autre confronté, s’est soudainement accéléré pour Linda et Paxton (et combien d’autres ?).

Ce sont là deux personnages fort bien dessinés : elle, à des lieues de ses rêves d’antan, qui remet en cause son implication au sein d’une multinationale sans scrupule, lui, ancien bum réhabilité mais qui n’arrive jamais à rien malgré ses efforts…

Et s’ils ne s’étaient pas éloignés l’un de l’autre comme le soutient d’abord Linda, mais étaient plutôt partis à la dérive chacun de son côté, imperceptiblement, inexorablement ? Et si, encore, cette damnée introspection finissait par avoir du bon ?

Assez jouissif

Atout additionnel : les échos choisis à la situation actuelle sont nombreux et abordés avec une sorte d’humour résigné. Les files d’attente à l’épicerie, l’habillement propret pour le haut du corps et relâché pour le bas…

Et tout cela est assez jouissif : l’exercice a quelque chose de l’exutoire, car on s’y reconnaît volontiers.

Hélas, s’il est évident que Knight a peaufiné ses dialogues, le volet criminel de son intrigue semble en revanche avoir été écrit sur un coin de table. Ce n’est pour le compte qu’à mi-parcours, au bout de presque une heure, que Linda soumet un début de plan à Paxton : elle travaille pour un employeur qui vend des produits de luxe, diamants y compris, à des riches pas toujours recommandables, il est dans le transport…

Filmé dans les locaux de Harrods, une première rendue possible par la fermeture temporaire de la prestigieuse maison, le troisième acte est aussi le plus faible. Et le moins crédible. Heureusement, Anne Hathaway, Chiwetel Ejiofor et, oui, le scénario rattrapent les choses lors de la toute dernière scène. Comme les protagonistes, on n’a alors d’autre choix que de lâcher prise et de sourire : qui verra comprendra.

Le film Locked Down est disponible sur Crave

Locked Down (V.O.)

★★★

Comédie dramatique de Doug Liman. Avec Anne Hathaway, Chiwetel Ejiofor, Ben Kingsley, Ben Stiller. États-Unis, 2020, 118 minutes. Sur Crave. En V.F. dès le 27 février à Super écran.