«Beasts Clawing at Straws»: les affinités corrosives

On reconnaît dans la facture du film du jeune cinéaste l’influence de son prédécesseur Park Chan-wook, de sa trilogie de la vengeance en particulier. «Beasts Clawing at Straws» ne cherche jamais à atteindre les mêmes sommets formels, mais on discerne de nombreuses similitudes dans la manière.
Photo: International Film Festival Rotterdam On reconnaît dans la facture du film du jeune cinéaste l’influence de son prédécesseur Park Chan-wook, de sa trilogie de la vengeance en particulier. «Beasts Clawing at Straws» ne cherche jamais à atteindre les mêmes sommets formels, mais on discerne de nombreuses similitudes dans la manière.

En faisant sa ronde dans le vestiaire de l’hôtel où il est homme de ménage, Joong-man découvre un sac rempli de billets de banque. Ça tombe bien, puisque sa femme Yung-sun et lui sont tous deux fauchés, à l’instar de leur fille, à qui l’on vient de refuser un prêt étudiant. Et c’est sans compter la mère de Joong-man qui, aux premiers stades de la maladie d’Alzheimer, torture sa bru au quotidien. Bref, il est tentant, cet argent. Ainsi le thriller Beasts Clawing at Straws, expression désignant des gens désespérés s’agrippant à de fragiles roseaux pour éviter la noyade, débute-t-il. Vraiment ?

Oui, en ce sens que c’est effectivement là la séquence d’ouverture, mais non, en ce sens qu’on le découvre plus tard, la chronologie de ce premier film de Kim Yong-hoon est à l’image des personnages : pas fiable pour deux sous.

Et des personnages, il y en a. Hormis Joong-man (Bae Seong-woo) et Yung-sun (Jin Kyung), il y a Tae-yung (Jeong Woo-seong), un commis de l’immigration qui s’est endetté auprès d’un prêteur dangereux (Jeong Man-sik), Mi-ran (Shin Hyun-bin), une jeune femme qui a tout perdu dans un mauvais investissement, est prisonnière d’un mariage violent et doit travailler comme hôtesse dans un bar, et surtout, surtout, Yeon-hee (Jeon Do-yeon), la tenancière dudit bar.

Ce n’est que tardivement que cette dernière, incarnée par Jeon Do-yeon, prix d’interprétation à Cannes pour Secret Sunshine, se met à dominer l’action chorale. Action à laquelle la comédienne, fabuleuse et s’amusant ferme à berner tout un chacun, insuffle un panache bienvenu alors que les différents fils de la trame, tarabiscotée à dessein, convergent finalement.

Entendu, ce parti pris d’une construction alambiquée se traduit parfois par des développements plus ou moins convaincants et des transitions laborieuses, avec notamment les malheurs du commis de l’immigration qui s’étirent, mais dans l’ensemble, Kim Yong-hoon parvient à distraire de ces imperfections en multipliant les complications narratives et en offrant une mise en scène très léchée.

Le rouge et le noir

À cet égard, on reconnaît vite dans la facture du film du jeune cinéaste l’influence de son prédécesseur Park Chan-wook, de sa trilogie de la vengeance en particulier (Sympathy for Mister Vengeance, Oldboy, Lady Vengeance). Beasts Clawing at Strawsne cherche jamais à atteindre les mêmes sommets formels, ce qui est en l’occurrence sage sachant qu’un niveau de virtuosité hors du commun est requis, mais on discerne de nombreuses similitudes dans la manière, dans la direction photo également.

On l’aura compris, qui aime le cinéma de Park Chan-wook (dont plusieurs films se retrouvent justement dans la sélection New Korean Cinema de Criterion Channel) risque fort d’apprécier cet exercice de style criminel où humour et ironie sont de la même couleur, c’est-à-dire noir — ou enfin rouge carmin, c’est selon.

D’ailleurs, si d’aventure on voulait poursuivre dans la même veine de sanglante fourberie, un autre premier long métrage, de Danny Boyle celui-là, Shallow Grave (Petits meurtres entre amis), avec ses trois colocataires qui s’entre-tuent pour un magot, constitue un complément de programme idéal : le dosage de suspense, d’humour corrosif et de retournements impitoyables est similaire. Sans réinventer la roue, il s’agissait pour le compte là de débuts très prometteurs. Tout comme Beasts Clawing at Straws.  

Beasts Clawing at Straws (V.O., s.-t.a.)

★★★ 1/2

Thriller de Kim Yong-hoon. Avec Jeon Do-yeon, Jeong Woo-seong, Bae Seong-woo, Youn Yuh-jung, Jeong Man-sik, Shin Hyun-bin, Jung Ga-ram, Jin Kyung. Corée du Sud, 2019, 108 minutes. En VSD à cinemaduparc.com.