«Les traducteurs»: dédales vers nulle part

Dans ce rôle de méchant caricatural, Lambert Wilson donne tout, là où davantage de retenue n’aurait pas nui.
TVA Films Dans ce rôle de méchant caricatural, Lambert Wilson donne tout, là où davantage de retenue n’aurait pas nui.

C’est l’événement littéraire mondial de l’année : la parution du dernier tome de la trilogie Dedalus, signée Oscar Brach. Devant ses actionnaires, l’éditeur français Éric Angstrum se frotte les mains. En coulisses toutefois, l’homme est plus nerveux. Rien ne doit filtrer de ce nouvel opus ! Aussi le riche éditeur a-t-il décidé de ne courir aucun risque : entre autres mesures de sécurité, les neuf principaux traducteurs de Brach seront réunis dans le bunker construit jadis sous le manoir qu’Éric vient d’acquérir. Or, lorsque les dix premières pages du roman sont coulées sur Internet et qu’on réclame une copieuse rançon à Éric, il appert qu’un pirate sévit de l’intérieur. Mais de qui s’agit-il ?

Si les premières minutes du thriller Les traducteurs s’avèrent intrigantes, les suivantes sombrent hélas dans le ridicule le plus complet. En effet, de retournements grotesques en révélations invraisemblables, le récit concocté par Romain Compingt, Daniel Presley et Régis Roinsard, qui réalise, perd tout contact avec le réel.

Sous prétexte de trépidations, on troque ainsi la logique la plus élémentaire contre une suite de revirements dont plusieurs laissent pantois pour les mauvaises raisons. À cet égard, l’escalade de la tension dans le bunker et, surtout, le comportement de plus en plus mégalomane d’Éric Angstrum font souvent lever les yeux au ciel.

Dans ce rôle de méchant caricatural, Lambert Wilson donne tout, là où davantage de retenue n’aurait pas nui.

Parmi les traducteurs, Katerina, la représentante russe (Olga Kurylenko), et Alex, son vis-à-vis anglais (Alex Lawther), se révèlent deux des personnages les plus importants. Elle est fascinée par l’œuvre de Brach au point de s’y perdre, lui ne rêve que de rencontrer l’écrivain reclus dont nul, hormis Éric, ne connaît l’identité. Brièvement, quelque chose comme un rapport intéressant est esquissé entre ces deux collègues, mais le film renonce à se donner trop de mal et y va plutôt de rebondissements supplémentaires.

Sous-utilisée, l’excellente actrice danoise Sidse Babett Knudsen se distingue dans ce qui demeure la meilleure scène du film, alors que son personnage, Helene, dans un moment d’absolue lucidité, livre le fond de sa pensée sur la teneur de son existence.

Sinon, la talentueuse distribution fait ce qu’elle peut… Entre deux citations pompeuses et autres clins d’œil au monde littéraire (Dan Brown, J.K. Rowling, Stieg Larsson, etc.), les répliques d’une sottise affolante abondent.

Ce qui est triste, c’est que dissimulé, très bien dissimulé en fait, sous la surface clinquante, on devine un vrai amour pour la littérature. Peut-être Les traducteurs aurait-il été moins imbuvable sous forme de roman ?

Bref, malgré de solides bases pour un passionnant mystère, tout cela s’en va, pour rester avec l’idée de « dédale », à la fois nulle part et n’importe où.

 

Les traducteurs

★ 1/2

Thriller de Régis Roinsard. Avec Lambert Wilson, Alex Lawther, Olga Kurylenko, Sidse Babett Knudsen, Riccardo Scarmacio, Eduardo Noriega, Sara Giraudeau. France, 2019, 105 minutes.