«Divorce Club»: c'est pas «cool»

Les quiproquos ne manquent pas dans ce marivaudage sans finesse se déroulant principalement dans une villa aux charmes outranciers, à l’élégance sans cesse éclaboussée par la vulgarité des personnages, et celle de situations dites cocasses, mais surtout cacophoniques.
Photo: AZ Films Les quiproquos ne manquent pas dans ce marivaudage sans finesse se déroulant principalement dans une villa aux charmes outranciers, à l’élégance sans cesse éclaboussée par la vulgarité des personnages, et celle de situations dites cocasses, mais surtout cacophoniques.

Aucun pays n’est irréprochable en matière de goûts culturels, et on doit bien admettre certains écarts de conduite. Par exemple, plusieurs ont imputé à la France la durée excessive de la carrière de Jerry Lewis, une fascination que l’on a encore du mal à s’expliquer. Dans le même ordre d’idées, un jour pas si lointain, la renaissance du groupe Kool & The Gang, reliquat musical des années 1980, aura sans doute pour nom Divorce Club, une comédie bling-bling et hystérique de Michaël Youn (Fatal, Vive la France).

Deux des principaux personnages de cette aventure sous le chaud soleil de Marseille (vue sous tous ses angles, la basilique Notre-Dame-de-la-Garde ressemble à du placement de produit) chérissent des succès comme Cherish, Celebration et Ladies Night, une dévotion que l’on pourrait aussi expliquer par une suprême envie de ne pas vieillir. La chose apparaît évidente chez Ben (Arnaud Ducret, qui en fait des tonnes, surtout au volant d’une Ferrari), ce qui pourrait constituer en soi un motif de divorce. Or, humilié devant des dizaines de personnes à entendre les ébats sexuels de son épouse avec le patron de celle-ci (Benjamin Biolay en passant), ce courtier immobilier sombre dans une profonde déprime, sauvé de justesse par Patrick (François-Xavier Demaison, en compétition avec Ducret au rayon du cabotinage), un ami d’enfance.

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Contrairement à Ben, Patrick, un nouveau riche jamais étouffé par le bon goût, éprouve une grande libération à être enfin séparé de la mère de son fils, profitant de sa maison luxueuse et de son fric jusqu’aux limites de l’indécence. Renouant avec les joies de la colocation, les deux complices en viennent à devenir les animateurs d’un club plus ou moins prestigieux d’écorchés de l’amour. Ce qui n’empêche pas Ben d’entretenir d’abord l’espoir de renouer avec son ex, puis de séduire la charmante propriétaire d’un club de lutte, Marion (Caroline Anglade), relation de plus en plus complexe à mesure qu’elle dévoile certains pans de son passé.

Les quiproquos ne manquent pas dans ce marivaudage sans finesse se déroulant principalement dans une villa aux charmes outranciers, à l’élégance sans cesse éclaboussée par la vulgarité des personnages, et celle de situations dites cocasses, mais surtout cacophoniques. Car cette fausse apologie du libertinage — tous finissent par rentrer dans le rang du bonheur plus ou moins conjugal, comme toute bonne comédie réactionnaire — est plombée du début à la fin par un humour aussi lourd que les comportements de ces célibataires plus immatures que des ados dans une sauterie COVID-19.

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Il y a quelque chose d’affligeant dans le fait de regarder ces jeunes quadragénaires imaginés par Michaël Youn s’empêtrer dans une dynamique où chaque blague est répétée à l’infini (le cinéaste interprète un mari frustré faisant croire à son récent veuvage), ou étirée aux extrêmes limites du supportable (dont ces soirées arrosées qui ne semblent jamais prendre fin). Et que dire de l’apparition-surprise de Frédérique Bel, cette fois en femme désespérément en quête d’un mari, et dont le tempérament prédateur frise moins la folie que le ridicule.

Sa seule présence évoque sa complicité avec Emmanuel Mouret (L’art d’aimer, Fais-moi plaisir !), cinéaste qui n’a pas besoin d’affubler ses personnages d’une tuque pour leur donner un air de jeunesse, ou de les couvrir de ridicule en les dénudant par pur racolage comique.

Mariés ou pas, si on vous invite à faire partie de ce club, faites-vous porter pâle. Surtout si votre palette musicale s’est diversifiée depuis Kool & The Gang.

Divorce Club

★★ 1/2

Comédie de Michaël Youn. Avec Arnaud Ducret, François-Xavier Demaison, Caroline Anglade, Audrey Fleurot. France, 2020, 108 minutes.