«Irresistible»: les arpents démocrates

On attendait beaucoup de cet «Irresistible», une satire politique signée par Jon Stewart, l’ancien animateur du «Daily Show». Vraiment trop, à l’évidence.
Photo: Daniel McFadden Focus Features On attendait beaucoup de cet «Irresistible», une satire politique signée par Jon Stewart, l’ancien animateur du «Daily Show». Vraiment trop, à l’évidence.

Au lendemain de l’élection présidentielle de 2016, Gary Zimmer est plongé dans les affres de la défaite. Le temps passe, mais n’arrange guère les choses pour le stratège démocrate. Puis, voici qu’une vidéo montrant un fermier du Wisconsin improviser un inspirant discours sur la démocratie ne redonne pas tant espoir au cynique Zimmer qu’elle lui offre une occasion de se refaire : dans cet État clé, il est convaincu d’avoir trouvé une future coqueluche démocrate. Des plans que Faith Brewster, une stratège républicaine sans scrupules, entend bien contrecarrer. Telle est le point de départ d’Irresistible, une satire politique signée Jon Stewart dont on attendait beaucoup.

Trop, à l’évidence. Quelle déception venant de l’ancien animateur du Daily Show, reconnu tant pour sa vivacité d’esprit que son humour, deux qualités émoussées par une approche étonnamment lourdaude. Les gags tombent en effet souvent à plat dans Irresistible, soit parce que leur mise en place s’avère trop laborieuse au vu de la facilité du résultat, soit parce que les situations sont étirées au-delà de leur potentiel de comédie.

Par l’entremise de son film, Stewart dénonce — explicitement — une démocratie brisée par la faute des démocrates, mais plus encore par celle des républicains. Mais encore ?

Gary Zimmer constitue pourtant un protagoniste intéressant (quoique le brillant Steve Carell donne un peu l’impression de se répéter). Misogyne ordinaire imbu de son propre flair, cette bête politique débarque dans le patelin du fermier Jack Hastings (Chris Cooper) dans le but d’en faire le maire de l’endroit, avec dans le viseur le Congrès et, pourquoi pas, la Maison-Blanche. Colonel à la retraite, Hastings est le démocrate rêvé puisqu’il a « toutes les qualités d’un républicain » (amour des armes à feu inclus). Hastings accepte la proposition, mais à la condition que Zimmer mène lui-même sa campagne à la mairie, ce qui contraint le citadin endurci à un séjour forcé dans le Wisconsin.

Séjour qui s’amorce comme toute la finesse d’un épisode des Arpents verts.

À cet égard, il est pour le moins paradoxal que le scénariste et réalisateur se moque ouvertement des idées reçues de son personnage principal, alors qu’il fait lui-même preuve d’un paternalisme certain envers le milieu rural qu’il dépeint. Il y a, de fait, quelque chose de foncièrement condescendant dans la vision de « l’Amérique profonde » que propose Stewart. Un vestige d’une autre époque, cette ode à la simplicité des « petites gens » qui, dans leurs « petites villes », ne verrouillent pas leurs portes.

À la onzième heure, une révélation majeure tente certes de transformer tout cela en vaste écran de fumée. Hélas, ladite révélation a le terrible défaut d’être parfaitement invraisemblable.

Perspective limitée

Rien ne tient vraiment la route dans ce film pourtant écrit par quelqu’un qui connaît la politique américaine et sait en rire. Entre réalisme et caricature, le terrain de jeu est vaste, mais tout du long, Stewart semble y chercher ses repères. Il en résulte une parodie au ton indéterminé qui, au surplus, multiplie les personnages sans jamais les utiliser de manière significative.

On pense au premier chef à Faith Brewster, que le film désigne d’emblée comme l’antagoniste de Zimmer, mais qui n’apparaît finalement que sporadiquement (le brio comique de Rose Byrne rend ce parti pris encore plus désolant). Ces deux-là se détestent et se désirent, et la table est vite mise pour une variation moderne (et crue) sur les comédies d’antan où Katharine Hepburn et Spencer Tracy se haïssaient pour mieux s’aimer ensuite. Or voilà, Stewart, qui trahit pourtant des penchants nostalgiques autre part, n’est même pas fichu d’exploiter ce filon après l’avoir pourtant placé là. Seule compte la perspective de Zimmer, mais celle-ci devient vite limitée et répétitive.

Ceci expliquant cela, lorsque le film confère soudainement, lors du dénouement, un rôle déterminant à Diana Hastings, la fille de Jack (solide Mackenzie Davis), on n’y croit pas une seule seconde puisque, à l’instar de Gary Zimmer, Jon Stewart ne s’est jusque-là intéressé à la jeune femme qu’en surface. Bref, tout occupé à la (gentille) dérision de son héros, l’auteur d’Irresistible semble avoir été aveugle au fait qu’il accuse les mêmes travers que lui.

Irresistible est disponible en VSD sur la plupart des plateformes.

Irresistible (V.O.)

★★

Comédie satirique de Jon Stewart. Avec Steve Carell, Chris Cooper, Rose Byrne, Mackenzie Davis. États-Unis, 2020, 102 minutes.