«Made in Bangladesh»: le combat d'une femme

Réalisé par Rubaiyat Hossain, une native du Bangladesh qui a étudié le cinéma aux États-Unis, «Made in Bangladesh» s’inspire du combat de Daliya Akhtar Dolly, qui parvint de haute lutte à syndiquer l’usine textile qui l’employait. La cinéaste et elle ont coécrit le scénario qui s’attarde au parcours semé d’embûches de Shimu, 23 ans.
Photo: Pyramide Distribution Réalisé par Rubaiyat Hossain, une native du Bangladesh qui a étudié le cinéma aux États-Unis, «Made in Bangladesh» s’inspire du combat de Daliya Akhtar Dolly, qui parvint de haute lutte à syndiquer l’usine textile qui l’employait. La cinéaste et elle ont coécrit le scénario qui s’attarde au parcours semé d’embûches de Shimu, 23 ans.

En gros plan, l’aiguille d’une machine à coudre se pose sur un tissu écarlate tandis que monte le ronron de l’appareil. En plan moyen, une jeune ouvrière apparaît au milieu d’autres femmes, floues, mais affairées comme elle. En plan large est dévoilée une salle exiguë surchauffée où s’entassent des postes de couture parés de cette étoffe couleur sang : celui du labeur, celui de l’exploitation. Et la symphonie industrielle d’enfler, d’enfler… Saisissante ouverture que celle du film Made in Bangladesh.

Réalisé par Rubaiyat Hossain, une native de l’endroit qui a étudié le cinéma aux États-Unis, Made in Bangladesh s’inspire du combat de Daliya Akhtar Dolly, qui parvint de haute lutte à syndiquer l’usine textile qui l’employait. La cinéaste et elle ont coécrit le scénario qui s’attarde au parcours semé d’embûches de Shimu, une Bangladaise de 23 ans. Après qu’un incendie eut emporté une de ses consœurs qui s’intéressait aux droits peu publicisés des travailleuses, Shimu se donne pour mission d’améliorer leur sort à toutes en consultant un organisme de femmes syndicalistes.

On s’en doute, tous — masculin pluriel — ne voient pas d’un bon œil les démarches, la détermination et, peut-être surtout, l’indépendance d’esprit de la jeune femme. Entre un mari qui sent son statut menacé, des patrons malhonnêtes et des fonctionnaires peu enclins à faire appliquer le Code du travail, Shimu n’a pas la tâche aisée.

Malgré la peur, malgré les préjugés, elle s’attire toutefois la solidarité des autres ouvrières, dont les existences préétablies par des diktats sociaux tenaces sont évoquées par l’entremise de dialogues révélateurs, mais pas didactiques. « Ici, tu es fichue si tu es mariée, et tu es fichue si tu ne l’es pas », lance l’une. À cet égard, les thèmes de l’émancipation et de la possibilité de choisir son destin sont centraux dans le film.

À noter que la réalisatrice propose ici ce qui se veut le second volet d’une trilogie consacrée à la condition des femmes dans le Bangladesh actuel après Under Construction, dans lequel une actrice musulmane ne souhaitant pas devenir mère est en butte au désir d’une famille traditionnelle de son époux.

Du côté de l’espoir

Certes, les ficelles narratives de Made in Bangladesh sont parfois grosses, et l’ensemble s’avère somme toute relativement prévisible, mais les séquences électrisantes abondent, comme chargées à bloc par l’urgence de la situation dénoncée. Le dénouement est en outre particulièrement satisfaisant dans sa manière de savoir précisément à quel moment partir.

Se réclamant du réalisme social, Rubaiyat Hossain refuse tout misérabilisme et, sans édulcorer le propos, entend à l’évidence demeurer du côté de l’espoir (une approche conséquente avec les succès de Daliya Akhtar Dolly). D’ailleurs, la cinéaste fait un usage séduisant de la couleur par l’entremise tant de la lumière que des tenues traditionnelles des personnages féminins. Portée par un élan qui ne faiblit pas, sa mise en scène alterne des moments intimistes en compagnie de la protagoniste et des passages rendant compte de l’expansion graduelle des préoccupations de Shimu.

Dans ce rôle l’obligeant à être de chaque scène ou presque, et qui soit dit en passant ne se résume pas à un succédané de Norma Rae, Rikita Nandini Shimu est épatante. Elle compose une héroïne pleine d’une force insoupçonnée que cet afflux de convictions nouvelles vient en quelque sorte libérer.

Made in Bangladesh est disponible en VSD à cinemaduparc.com

Made in Bangladesh (V.O., s.-t.a.)

★★★★

Drame social de Rubaiyat Hossain. Avec Rikita Nandini Shimu, Novera Rahman, Deepanwita Martin, Parvin Paru. Bangladesh–France–Danemark–Portugal, 2019, 95 minutes.