«Les Trolls 2»: discorde et harmonie

De retour sur nos écrans, les colorés héros découvrent qu’il existe d’autres genres musicaux que la pop et acquièrent de nouvelles forces pour combattre le «Mal».
Photo: DreamWorks Animation De retour sur nos écrans, les colorés héros découvrent qu’il existe d’autres genres musicaux que la pop et acquièrent de nouvelles forces pour combattre le «Mal».

Hirsutes petites créatures semant la joie dans les cœurs, Poppy (voix d’Anna Kendrick dans la version originale), Branch (Justin Timberlake) et leurs amis sont de retour, quatre ans après leurs premières aventures au grand écran, alors que l’univers a bien besoin de réconfort. Hélas ! Malgré l’optimisme d’ordinaire contagieux de la tribu aux couleurs de l’arc-en-ciel, cette suite du charmant Trolls nous plonge bientôt dans une profonde torpeur.

De retour aux commandes, cette fois en compagnie du débutant David P. Smith, Walt Dohrn ne l’a certes pas eue facile. De fait, après s’être dépêtré dans un premier temps avec un scénario convenu aux revirements télégraphiés et croulant sous les bons sentiments, le voilà aux prises avec un récit se limitant à une mécanique suite de tableaux musicaux distillant généreusement l’ennui.

Rock et royauté

Ayant sauvé le monde au précédent épisode, la primesautière Poppy, sacrée reine du monde pop, Branch, qui n’ose lui déclarer sa flamme, et Biggie (James Corden), flanqué de son fidèle Mr. Dinkles (Kevin Michael Richardson), s’embarquent pour une nouvelle mission : empêcher Barb (Rachel Bloom), la reine du rock, et son père, le roi Trash (Ozzy Osbourne !), d’éradiquer la pop, le funk, le country, la techno et le classique afin que le hard rock règne sur les six royaumes. De son côté, Cooper (Ron Funches), le funky troll quadrupède, partira à la recherche de ses semblables.

Entre deux répliques rappelant le style sucré des cartes de souhaits Hallmark, d’un pot-pourri manquant de tonus à l’autre, l’intrigue progresse laborieusement à la manière d’un jeu vidéo dont les concepteurs auraient manqué d’imagination, de temps ou de budget. Ainsi, visitant chaque royaume, les colorés héros découvrent qu’il existe d’autres genres musicaux que la pop et acquièrent de nouvelles forces pour combattre le « Mal » dans un ultime tableau.

Pour vous mettre dans l’esprit (et vous aider tenir le coup en compagnie de vos petits), imaginez un amalgame édulcoré du Seigneur des anneaux, du Trône de fer et de Scott Pilgrim vs. le monde où l’on revisite en vrac Cindy Lauper, les Spice Girls, Patsy Cline, Bach, Beethoven, les Scorpions et le prince des Ténèbres en personne. Et ce, en prenant bien soin de livrer le tout de façon à plaire à toutes les oreilles. Or, à trop vouloir être consensuelle, la playlist rivalise dangereusement avec les plus insipides compilations de musique d’ascenseur. Et pourtant, on retrouve Mary J. Blige et George Clinton, respectivement reine et roi de l’univers funk, parmi les interprètes.

Si le paysage sonore laisse à désirer — n’y cherchez pas de chanson-velcro à la Can’t Stop the Feeling ! —, attendez-vous à être aveuglé par l’esthétique de cette Tournée mondiale… mais pas pour les bonnes raisons. Couleurs criardes, décors hideux et figures peu harmonieuses trahissent la pimpante colo bonbon du premier volet. Si les scénaristes ont souhaité célébrer la diversité (on repassera pour la subtilité), il est bien dommage que le résultat soit une lourde courtepointe bariolée sur fond de tambouille sonore.

Les Trolls 2 – Tournée mondiale (v.f. Trolls World Tour)

★★

Film d’animation de Walt Dohrn et David P. Smith. Avec les voix d’Anne Kendrick, Justin Timberlake, James Corden, Rachel Bloom, Ron Funches et Ozzy Osbourne. États-Unis, 2020, 90 minutes.