«La vie cachée»: les choix de Franz, l’anti-nazi

«La vie cachée» raconte le combat solitaire de Franz Jägerstätter, un fermier, bon catholique et père de famille qui a payé cher son refus de s’enrôler comme soldat nazi.
Photo: 20th Century Fox «La vie cachée» raconte le combat solitaire de Franz Jägerstätter, un fermier, bon catholique et père de famille qui a payé cher son refus de s’enrôler comme soldat nazi.

Envoûtant dès les premiers plans, tragique et tendu comme un suspens, La vie cachée ramène le Terrence Malick de L’arbre de la vie, Palme d’or en 2011. Vingt ans après La mince ligne rouge (1998), le réalisateur natif d’Ottawa, dans l’Illinois, propose un autre singulier retour dans la Deuxième Guerre mondiale, comme lui seul en a le secret.

De scènes sur le front, il n’est pas question. La guerre demeure en sourdine ou en archives en noir et blanc, servies comme un rappel que le récit est véridique. Tiré d’un fait vécu (dans les Alpes autrichiennes), La vie cachée raconte le combat solitaire de Franz Jägerstätter, un fermier, bon catholique et père de famille qui a payé cher son refus de s’enrôler comme soldat nazi.

Objecteur de conscience, Franz Jägerstätter (August Diehl) n’accepte pas de souscrire au national-socialisme imposé dans ses terres lors de l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne. Incapable de faire le salut nazi, il est envoyé en prison. « Je ne peux pas faire ce que j’estime être mauvais », dit-il à sa femme (Valerie Pachner), la seule, ou à peu près, qui accepte sa décision.

Après un passage à vide marqué par deux longs métrages mal reçus par la critique (À la merveille, Le cavalier de coupe), Terrence Malick retrouve sa touche. Sa meilleure, celle où se répondent le sublime de la forme, aux limites du maniérisme, et la profondeur du propos, soit une quête personnelle presque mystique.

Sans tomber dans le pamphlet religieux — Jägerstätter a été récupéré par l’Église, qui en a fait un martyr —, le cinéaste dresse le portrait d’une époque où tout est tranché. Soit on adhère à l’idéologie, soit on est honni. Il n’y a plus de zones de gris et le réalisateur l’exprime à coups d’espaces contrastés, au bout desquels pointe néanmoins la lumière. Scènes d’une grande beauté et de violence se succèdent.

Narration en voix hors champ, parfois en décalage avec les images, montage multipliant les raccords plan sur plan, travellings avant, fascination pour la nature… Si Malick ne renouvelle pas son style, ses choix vont ici de pair avec l’idéalisme et la réalité de son héros.

La trame est campée entre 1939 et 1943, mais la relation épistolaire entre Jägerstätter et sa femme permettent des allers-retours dans le temps, notamment à l’époque « où la vie était si simple ». Cette correspondance, qui explique aussi le choix des voix hors champ, sert à entendre des pensées refoulées en public.

La question de la langue, si névralgique dans un film qui se veut fidèle à la réalité (jusqu’à embaucher des acteurs autrichiens), pose un gros problème. Tourné essentiellement en anglais, il comporte des scènes en allemand (et même en italien) laissées sans traduction. La langue vernaculaire ne vaut-elle pas plus qu’une toile de fond ? Malick a-t-il fait un choix de trop dans cette œuvre construite par oppositions, faisant de l’allemand, la langue de l’ennemi, incompréhensible et symbole du mal à bannir ?

La vie cachée (V.F. de A Hidden Life)

★★★ 1/2

Drame biographique de Terrence Malick. Avec August Diehl, Valerie Pachner, Maria Simon, Bruno Ganz. Allemagne–États-Unis, 2019, 173 minutes.