«Jumanji. Le prochain niveau»: le jeu de Jumanji s’essouffle

Les acteurs Kevin Hart, Dwayne Johnson, Jack Black et Karen Gillan
Photo: Sony Pictures Les acteurs Kevin Hart, Dwayne Johnson, Jack Black et Karen Gillan

Il ne faut pas s’attendre à voir du Haneke quand on visionne un film de la série Jumanji, soit. Reste que l’opus original avec Robin Williams occupe une place spéciale dans le coeur de bien des fidèles. Et on ne pourrait nier que le volet revisité de 2017 était fort original. Welcome to the Jungle fonctionnait, et diablement bien, car le concept était poussé — et respecté — jusqu’au bout. Après tout, quatre personnages hypertypés se faisant aspirer dans un jeu vidéo ? Puis prenant la forme d’avatars ne leur ressemblant en rien ? Et incarnés par des acteurs établis aussi rigolos que Kevin Hart, Jack Black et Dwayne « La Roche » Johnson, accompagnés de l’énergique Karen Gillan ? C’était nono. Vraiment nono. Mais on s’y amusait.

Ennuyeux que Hollywood ait cette fâcheuse manie d’amocher les bonnes idées.

Si nous avions encore des doutes quant aux visées mercantiles de ce troisième essai, le réalisateur, Jake Kasdan, a tôt fait de nous rassurer en bombardant l’écran de décorations kitsch. Des p’tites lumières, des couronnes, des sapins, des p’tites lumières encore. Ceci est un film des Fêtes fait pour être vu pendant les Fêtes. Et en reprise à la télé durant des années.

Vous en doutiez toujours ? Voilà que se fait entendre It’s the Most Wonderful Time of the Year. La ritournelle joue tandis que le héros, le timide et brillant Spencer (de nouveau incarné par l’attachant Alex Wolff), vit de toute évidence son pire. Temps de l’année s’entend. Après tout, il y a quelques mois encore, il se mesurait aux bêtes sauvages de Jumanji dans la peau d’un avatar musclé. Tandis qu’en cette veille de Noël, il classe des tubes de dentrifrice dans une pharmacie en se faisant enguirlander par un patron poche. Et quand il sort dehors, il pleut. Wonderful time, mon oeil.

Exaspérantes répétitions

À l’écran, l’image délavée possède d’ailleurs un côté suranné. À moins que la vue de Danny DeVito placé devant un porte-bananes ait des visées abstraites barre oblique contemporaines. Car oui, l’acteur vétéran se joint, en compagnie de Danny Glover, à la bande des jeunes aventuriers. « Choc générationnel assuré ! » semble avoir pensé l’équipe en se frottant les mains. Un choc doublé d’une « chance » de tout expliquer à nouveau pour être sûr qu’aucun spectateur ne soit perdu.

En effet, ce duo de personnages âgés inutilement stéréotypés (ils ne comprennent pas la technologie) sert d’excuse pour faire répéter 78 fois les règles et les conventions du film. (Et de faire des blagues usées de hanche, également usée.) « Nous sommes dans un jeu vidéo ? » « Nous sommes dans un jeu vidéo. » « Mais je ne comprends pas ce qui se passe ? » « C’est parce que nous sommes dans un jeu vidéo. » « Un jeu ? Vidéo ? » « Je ne le répéterai jamais assez : nous sommes dans un jeu vidéo ». On aimerait ici objecter que oui, il est possible de l’avoir assez répété.

Ce côté slapstick se répercute du reste sur l’ensemble. Ici, Danny DeVito tombe en bas d’une chaise. Là, il se traîne sur le plancher. Là, il descend de façon burlesque d’une échelle. Là, il ronfle de façon exagérée.

Nécessaire conclusion

Mais n’exagérons pas : c’est quand même chouette de retrouver cet univers. Kevin Hart imite parfaitement le parler philosophique ralenti de Danny Glover. Jack Black est marrant quand, après avoir servi d’avatar pour un autre, il redevient celui de la précieuse-instagrammeuse Bettany. Et cette dernière semble ravie de renouer avec ses amis, qu’elle salue en lançant un « iiiih » aigu.

Et l’esprit le plus cynique risque d’être touché par la morale voulant que vieillir n’est pas un enfer, mais bien un privilège.

Reste qu’on espère quand même que les héros disent vrai quand ils concluent en se promettant de ne plus jamais, jamais, jamais retoucher à Jumanji.

Certaines bonnes choses méritent d’avoir une fin.

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Jumanji. Le prochain niveau (V.F. de Jumanji : Next Level)

★★ 1/2

Aventures fantastiques de Jack Kasdan, avec Dwayne Johnson, Jack Black et Karen Gillan. États-Unis, 123 minutes.