La comédienne Andrée Lachapelle s’est éteinte à l’âge de 88 ans

La comédienne Andrée Lachapelle dans le film «Il pleuvait des oiseaux»
Photo: MK2 Mile End La comédienne Andrée Lachapelle dans le film «Il pleuvait des oiseaux»

Elle aura joué jusqu’au dernier souffle, tenant le rôle principal dans le récent film Il pleuvait des oiseaux, dans lequel elle incarnait, à 87 ans, une femme rebelle comme elle l’aura été toute sa vie. Après une carrière plus que prolifique, la comédienne Andrée Lachapelle s’est éteinte jeudi à l’âge de 88 ans. Atteinte d’un cancer, elle avait demandé l’aide médicale à mourir.

Blonde et altière, elle aura incarné pour plusieurs l’élégance et la beauté faites femme, même si, de son propre aveu, elle disait avoir été heureuse de jouer à partir de 40 ans des rôles de composition.

Pour la réalisatrice Louise Archambault, qui lui aura offert son dernier rôle au cinéma, Andrée Lachapelle était la mieux placée pour incarner la candeur qui se transforme en force, un mélange d’angélisme et d’intelligence dans le regard. Une fois le tournage d’Il pleuvait des oiseaux amorcé — un tournage qui impliquait des scènes de chasse et de pêche, des déplacements en quatre roues et des épisodes sans eau et sans électricité… des scènes d’amour aussi —, Louise Archambault confie avoir rencontré une femme « beaucoup plus cool » qu’elle ne le pensait, « avec beaucoup d’humour et de répartie, qui ne faisait aucun chichi ».

La directrice du Théâtre du Nouveau Monde, Lorraine Pintal, se souvient pour sa part de l’avoir dirigée dans la pièce de Claude Gauvreau Les oranges sont vertes. « Je vous laisse imaginer ce qu’Andrée Lachapelle donnait comme dimension à Claude Gauvreau », dit-elle.

Mme Lachapelle était pour elle la femme de toutes les scènes, du petit comme du grand écran. « Elle était ouverte à toutes les propositions, de création, de classique, de nouveauté ou d’audace. C’était une jeune de cœur », se souvient-elle, ajoutant qu’il y a beaucoup de « jeunes » comédiens qui ont 60 ans de métier.

Elle a joué les ingénues et les jeunes premières, avant de jouer les femmes d’âge mûr, des personnages de Tchekhov, de Dostoïevski, mais aussi de Michel Tremblay (dont elle a incarné l’Albertine) ou de la réalisatrice Léa Pool.

L’acteur et metteur en scène Yves Desgagnés a fait la connaissance d’Andrée Lachapelle à l’École nationale de théâtre, où elle a été professeure d’interprétation dans les années 1970. Cette « femme hors du commun » — il le répétera à plusieurs reprises — l’a ensuite suivi toute sa vie, raconte-t-il en entretien, ému d’avoir perdu aujourd’hui « sa deuxième mère, sa mère du théâtre ».

M. Desgagnés garde en mémoire son talent « indéniable », mais surtout sa « grande humanité ». Il se souvient du réconfort qu’elle lui a maintes fois apporté lorsqu’ils partageaient la scène dans La descente d’Orphée. « J’avais un trac insurmontable, se souvient-il. Andrée venait me chercher dans ma loge pour m’amener au bord de la scène. Et quand je sortais de scène, elle me prenait les mains pour me dire que tout allait bien. […] C’était une femme qui donnait tout ce qu’elle avait. »

Une vocation

Née dans le Mile-End en 1931, d’un père commis de taverne qui rêvait de faire du théâtre, Andrée Lachapelle a décidé très jeune qu’elle voulait devenir comédienne. Encore enfant, elle suit des cours de diction et déclame de la poésie. « Ma sœur jouait du piano. Moi, je récitais. Et j’avais un cousin qui chantait l’opéra. On aimait la musique, on aimait tout ce qui était artistique », expliquait-elle en entrevue avec Franco Nuovo, en 2017. Elle ajoute qu’elle était, enfant, aussi très volontaire et même colérique.

« J’étais très show off », racontait-elle. Enseignante de maternelle le jour, elle se transformait le soir en comédienne.

Conjointe du comédien Robert Gadouas, hors mariage alors que l’époque ne l’approuvait pas, elle a eu de lui quatre enfants : la comédienne Nathalie Gadouas, la musicienne Catherine Gadouas ainsi que Patrice et Anne, qui est décédée à la naissance. Andrée Lachapelle a d’ailleurs élevé ses enfants seule après le suicide de Gadouas, quelques années après leur séparation. « Cela a été mon plus grand chagrin. J’ai été démolie », avait-elle également confié à Franco Nuovo.

Photo: Michael Monnier Le Devoir Andrée Lachapelle en 2013

Avec Gadouas, elle fait un séjour en France, où l’argent se fait rare. Au Québec, le télé-théâtre les fait vivre, aux débuts de Radio-Canada. Andrée Lachapelle est l’une des égéries de Marcel Dubé, qui était aussi un grand ami.

Dominique Briand, son deuxième conjoint, la pousse à prendre le rôle de Blanche dans la pièce Un tramway nommé Désir, de Tennessee Williams, montée à Paris. Parfois prise à tort pour une snob, elle disait ne pas prendre beaucoup de choses au sérieux.

Elle a aussi été très impliquée socialement, tant auprès d’organismes comme Amnistie internationale qu’auprès d’autres qui se battent pour des logements décents ou les droits des détenues. « Je suis une passionnée pour la bonté dans le monde », disait-elle.

Aux auditions du Quat’Sous, elle rencontre le réalisateur André Melançon, qui devient son conjoint. Celui-ci est décédé en 2016 des suites d’une leucémie.

Partir en douceur

Pour la comédienne Françoise Faucher, Andrée Lachapelle était « plus qu’une amie ». « Ça a l’air banal de dire ça, mais elle était comme une sœur », a-t-elle dit jeudi sur les ondes de Radio-Canada.

Elle a aussi raconté lui avoir rendu visite il y a quelques jours seulement pour souligner son 88e anniversaire. « Elle était sereine », allongée sur son La-Z-Boy « belle comme toujours », s’est-elle remémorée. « Elle savait que tel jour, ça se ferait comme elle l’avait prévu. Elle savait qu’elle échapperait aux grandes douleurs qui risquent de venir avec un cancer qui devenait de plus en plus terrible. Elle ne voulait pas souffrir. »

Françoise Faucher se souviendra de l’élégance de son amie, mais surtout de son indéniable talent. « Elle a été une merveilleuse et grande comédienne », a-t-elle insisté, capable d’incarner les « choses les plus dramatiques » avec, toujours, cette « profondeur » et cette « simplicité » qui la caractérisaient.

Plusieurs politiciens ont par ailleurs tenu à rendre hommage à la comédienne disparue jeudi. Sur Twitter, le premier ministre François Legault a offert ses condoléances aux proches de Mme Lachapelle. « Elle a fait rêver les Québécois pendant toutes ces années avec ses personnages à la télé, au cinéma et au théâtre », a-t-il écrit.

« Le Québec perd une femme d’une classe et d’un talent exceptionnels, a témoigné de son côté la ministre de la Culture, Nathalie Roy. Mes sympathies à sa famille et à ses proches. »

Avec Guillaume Lepage

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8 commentaires
  • Jean Thibaudeau - Abonné 22 novembre 2019 05 h 26

    Indiscutablement l'une des comédiennes les plus importantes de la scène, de la télé et du cinéma québécois.

    • Louise Collette - Abonnée 22 novembre 2019 09 h 59

      Une pionnière Madame Lachapelle.
      Je la voyais au TNM, elle était spectatrice depuis des années, le dernier samedi après-midi de chaque oeuvre au programme.
      J'irai au htéâtre et elle ne sera plus là, dans la salle.
      Je suis vraiment sous le choc.
      Merci Madame de nous avoir donné tant de bonheur, sur scène, au petit et au grand écran.
      On ne vous oubliera jamais.

  • Michel Lebel - Abonné 22 novembre 2019 08 h 24

    Merci

    J'ai vu cette grande comédienne dans des pièces de Dubé (malheureusement vite oublié), Tchekhov et Tremblay. Gratitude et merci.

    M.L.

  • Germain Dallaire - Abonné 22 novembre 2019 09 h 13

    LA GRÂCE NOUS À QUITTÉ

  • Nathalie Morin - Abonnée 22 novembre 2019 09 h 36

    N Morin

    Quelle tristesse ! mais quelle comédienne !

  • Gilles Théberge - Abonné 22 novembre 2019 10 h 42

    Le silence s'impose, alors que disparaît une pièce majeure de nos souvenirs. C'était avant tout une Québécoise. Je n'oubliera jamais sa classe et sa sa dignité...