«Zombieland. Le doublé»: la mort leur va si bien

Les survivants Jesse Eisenberg, Woody Harrelson, Abigail Breslin et Emma Stone reprennent leurs aventures dans un monde parsemé de cadavres ambulants dans «Zombieland. Le doublé», à l’affiche dès vendredi.
Photo: Sony Pictures Les survivants Jesse Eisenberg, Woody Harrelson, Abigail Breslin et Emma Stone reprennent leurs aventures dans un monde parsemé de cadavres ambulants dans «Zombieland. Le doublé», à l’affiche dès vendredi.

Il serait faux de dire que la suite de Zombieland (2009) était réclamée à grands cris depuis dix ans, mais pour ceux qui ont eu la chance de voir ce délicieux pastiche de tous ces films et toutes ces séries fourmillant de morts-vivants, les retrouvailles seront fort réjouissantes.

Que le quatuor à la base de ce premier succès soit de retour relève déjà de l’exploit. Après tout, Emma Stone a depuis gagné un Oscar, Abigail Breslin n’est plus la fillette de Little Miss Sunshine et le réalisateur Ruben Fleischer, dont Zombieland était le premier film, a signé depuis échecs et succès commerciaux, dont Venom. Quant à Woody Harrelson et à Jesse Eisenberg, le temps ne semble avoir aucune prise sur eux, du moins dans Zombieland : Double Tap : le premier est toujours aussi insolent et le second est à peine moins névrosé, malgré son salutaire dépucelage.

Le schéma narratif n’a guère changé d’un film à l’autre, en partie commenté par Columbus (Eisenberg) — tous les personnages arborent des noms de villes ou d’États, au cas où vous l’auriez oublié — avec son ton ironique à l’endroit du spectateur. Cette bande des quatre a trouvé refuge à la Maison-Blanche, maintenant désertée, et les soeurs Wichita et Little Rock (Stone et Breslin) s’y sentent très à l’étroit, souffrant du machisme de leurs comparses, au point de prendre la poudre d’escampette. Celles-ci seront séparées par le charme (relatif) d’un musicien faisant route vers une communauté surgie des visions psychédéliques de la Californie des années 1960, et Wichita retournera auprès de ses anciens compagnons d’armes pour retrouver Little Rock.

Encore une fois, plusieurs genres se bousculent dans ce film qui fait la part belle aux attaques de ces cadavres ambulants ayant développé une résistance étonnante (un enjeu qui va et vient au gré des caprices des scénaristes), reproduisant aussi les arrêts obligatoires du road movie, dont un, lancinant, à Graceland. Ce qui permet à Woody Harrelson de s’adonner au cabotinage extrême version Elvis Presley, avec le génie qu’on lui connaît à ce chapitre. À ces recettes évidentes s’ajoutent aussi de nouveaux ingrédients, dont certains personnages hauts en couleur, à commencer par la suave Madison (excellente Zoey Deuth), qui aurait fait ombrage à Reese Whiterspoon dans Legally Blonde.

Cette déesse de la futilité rutilante ne jure jamais dans cette faune de joyeux attardés peuplant cette aventure désordonnée, où l’on fait la part belle aux apparitions furtives (dont Luke Wilson en chasseur émérite), aux clins d’oeil musicaux (Bob Dylan devrait bientôt recevoir ses redevances) et à d’autres allusions politiques au temps présent (le désordre de la Maison-Blanche du film en évoque un autre, celui-là plus préoccupant). C’est ce qui donne tout son tonus à Zombieland : Double Tap, mais dont la force de frappe paraît moins grande qu’il y a 10 ans, les morts-vivants étant si omniprésents qu’ils en perdent leur « fraîcheur », ayant pratiquement terrassé les vampires. Qui aurait cru cela possible ?

Comme toute bonne suite qui se respecte dans le système hollywoodien, celle-ci bénéficie de moyens plus importants, mais elle ne se révèle jamais aussi efficace qu’en tablant sur son humour oscillant entre celui d’un adolescent boutonneux et celui d’un érudit des tendances du moment. Même si Abigail Breslin semble volontairement mise à l’écart, la cohésion de la bande représente le coeur et l’âme de cette extravagance assimilable aux pochades à la Scary Movie, mais bien sûr très loin des visions cauchemardesques de George A. Romero.

Zombieland : Double Tap n’a guère l’étoffe d’un chef-d’oeuvre, mais son humour a du mordant. C’est le moins qu’on puisse dire, et c’est déjà beaucoup.

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Zombieland. Le doublé (V.F. de Zombieland : Double Tap)

★★★ 1/2

Comédie d’horreur de Ruben Fleischer. Avec Woody Harrelson, Jesse Eisenberg, Emma Stone, Abigail Breslin. États-Unis, 2019, 99 minutes.