«Antigone», de Sophie Deraspe, triomphe au TIFF

Rejointe au téléphone à sa rentrée au bercail montréalais. Sophie Deraspe s’avouait ravie: «Ça va créer une attente pour mon film qui sort au Québec le 8 novembre», disait-elle.
Photo: Tijana Martin La Presse canadienne Rejointe au téléphone à sa rentrée au bercail montréalais. Sophie Deraspe s’avouait ravie: «Ça va créer une attente pour mon film qui sort au Québec le 8 novembre», disait-elle.

Les Québécois (les Québécoises surtout) ont beaucoup moissonné au TIFF dimanche. Le prix Canada Goose du meilleur film canadien a couronné Antigone, de Sophie Deraspe (Les signes vitaux, Le profil Amina), une adaptation libre et contemporaine de la pièce de Sophocle, fort bien accueillie à Toronto où une chaude rumeur l’avait précédée. Le jury l’a qualifiée d’oeuvre de cinéma électrisante, ayant su s’attaquer avec vigueur aux réalités contemporaines de l’immigration au Canada, sur la trame d’une tragédie grecque. La lumineuse performance de la jeune Nahéma Ricci dans le rôle-titre a rappelé à ce jury la Jeanne d’Arc de Renée Falconetti dans le célèbre film de Dreyer en 1928.

Jointe au téléphone à sa rentrée au bercail montréalais. Sophie Deraspe s’avouait ravie : « Ça va créer une attente pour mon film, qui sort au Québec le 8 novembre », disait-elle.

L’équipe du festival avait informé la cinéaste du sacre d’Antigone dès vendredi soir. Sophie Deraspe avait pu ainsi crier victoire en petit comité, avec la productrice associée du film et son interprète principale.

« Dès la première du film, on avait senti l’émotion palpable du public, évoque-t-elle. Au troisième visionnement, Antigone a reçu une ovation debout. C’est tellement de travail, faire un film. Quand il y a une communion avec l’auditoire, on est récompensés. Notre distributrice est en communication pour une sortie canadienne. Le fait d’avoir remporté ce prix va sans doute nous y aider. Il n’y a pas encore de vente américaine pour Antigone, mais ces choses-là ne se font pas toujours dans l’immédiat. »

C’est tellement de travail, faire un film. Quand il y a une communion avec l’auditoire, on est récompensés.

La cinéaste québécoise a été contactée par deux studios américains intéressés par son profil après avoir vu son film, dans l’éventualité d’une collaboration future.

« On en est à établir des relations. Ça prend un financier, un scénario. On parle de négociations à long terme », dit-elle. Chose certaine, son Antigone intéresse une clientèle anglo-saxonne et devrait déborder de nos frontières.

La ville de Toronto a accordé sa palme du meilleur premier film canadien à The Twentieth Century, de Matthew Rankin, cinéaste de Winnipeg. Son oeuvre s’inscrit dans la lignée de celles de son concitoyen Guy Maddin : fable burlesque à la frontière de tous les genres sur la jeunesse du premier ministre canadien Mackenzie King.

Des courts québécois primés

Au bout du compte, des réalisatrices québécoises auront reçu les récompenses les plus importantes du TIFF cette année. Chloé Robichaud (Sarah préfère la course) a remporté avec Delphine le prix du meilleur court métrage canadien. Le jury a loué sa structure narrative originale et le fait que le personnage principal soit présenté à travers le point de vue d’un autre : « Un film évocateur, mystérieux mais sensible porté par les sentiments puissants de nostalgie et de mémoire. »

Quant à Physique de la mélancolie, animation intime de Theodore Ushev, produite par l’ONF, — voyage vertigineux dans le souvenir sur technique de peinture à l’encaustique —, il a reçu une mention spéciale pour sa mise en scène impressionnante et son tour de main artisanal attaché au moindre détail.

Le prix du meilleur court métrage international fut remis à Lasse Linder pour All Cats Are Grey in the Dark, qui brouillait les frontières entre narration et le documentaire à travers une histoire tendre sur l’amour d’un homme pour ses chats.

Dans son choix coup de coeur, le public aura plébiscité l’absurde Jojo Rabbit, de Taika Waititi, parodiant Hitler à travers la ferveur nazie d’un jeune admirateur. Ce film kitschissime l’a ainsi emporté sur Marriage Story, de Noah Baumbach, et surtout sur la Palme d’or cannoise Parasite, de Bong Joon-ho, prouvant que la cinéphilie a déjà connu de meilleurs jours…

Odile Tremblay séjournait à Toronto à l’invitation du TIFF.


Une version précédente de cet article laissait entendre qu'Isabelle Couture était la productrice du film Antigone de Sophie Deraspe. Mme Couture est en fait productrice associée et Marc Daigle est le producteur. Nos excuses.

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