«Jeu d'enfant»: va te coucher, Chucky

Chucky tue quiconque maltraite ou enquiquine Andy, son meilleur ami pour la vie.
Photo: Entract-films Chucky tue quiconque maltraite ou enquiquine Andy, son meilleur ami pour la vie.

En 1988 prenait l’affiche Jeu d’enfant, drame d’horreur mâtiné d’humour noir contant les frasques d’une poupée tueuse : Chucky. Succès-surprise en son temps, le film engendra six suites de qualité très, très variable, dont la plus récente date de 2017. Pas tant un remake qu’un redémarrage, ou « reboot », ce Jeu d’enfant ci ne reprend que très librement les grandes lignes de l’original. Surtout, ce second long de Lars Klevberg transforme de manière significative la raison d’être de la vile bébelle.

En effet, la prémisse initiale reposait sur la possession. Un bandit mourant, Charles Lee Ray, dit Chucky, utilisait une incantation vaudoue afin de transférer son âme in extremis dans ladite poupée, un jouet à la mode doté de parole et créé pour être « le meilleur ami pour la vie » de l’enfant qui le recevra. Dès lors, Chucky (voix de Brad Dourif en V.O.) cherchait à nouveau à transférer son âme, cette fois dans le corps de son jeune et infortuné propriétaire. Ceci, au risque de périr dans la poupée atteinte de sénescence accélérée.

Jeu d’enfant version 2019 fait table rase du surnaturel et opte plutôt pour la menace robotique. Ainsi, après qu’un employé vengeur d’une usine du Vietnam a désactivé sur une des poupées les inhibiteurs de vulgarité, de violence, et autres fonctions conférant à celle-ci l’illusion d’humanité, cette dernière atterrit entre les mains d’Andy, gamin solitaire récemment installé avec sa mère dans un vieil immeuble inquiétant.

Ici, Chucky (voix de Mark Hamill en V.O.) tue quiconque maltraite ou enquiquine Andy, son meilleur ami pour la vie, bis.

Exercice monotone

Sauf que le concept ne tient pas la route, la plupart des crimes de Chucky étant commis par jalousie, un sentiment très humain, et donc un non-sens dans la mesure où Chucky n’est dans le présent scénario qu’un programme d’intelligence artificielle à qui on a justement retiré tout semblant d’humanité. Mais passons.

Ce qui pose davantage problème, c’est que Chucky n’a plus ni but, ni dessein, sinon celui de fomenter et d’exécuter des mises à mort sanguinolentes et stylisées à souhait, mais dénuées de tension. Et lorsqu’Andy s’aperçoit du problème, ses actions apparaissent peu plausibles, même pour un préadolescent.

Le film démarrant avec, en guise de prologue, une info-publicité expliquant comment ces jouets haut de gamme peuvent être connectés, par nuage numérique interposé, aux téléphones, téléviseurs, voitures et compagnie, on devine d’office quel sera le modus operandi de Chucky. Ne reste plus qu’à attendre le défilé des futures victimes, un exercice qui s’avère vite monotone.

Il est cela dit des passages réussis. Comme lorsque Chucky chante à Andy, en pleine nuit, la « chanson des meilleurs amis », yeux fixes, voix éteinte : formidablement sinistre. Ou encore ce passage où Chucky, immobile dans un coin de la chambre, rejoue l’enregistrement des miaulements d’un chat malchanceux : glaçant. Fait intéressant, il s’agit de deux courtes scènes reposant sur le pouvoir d’évocation et la capacité de forger une atmosphère angoissante. Dommage que la production n’ait pas jugé bon d’exploiter davantage ce filon.

Mais non, on se borne à un vague sous-texte technophobe et à un commentaire involontairement « réac » sur le pouvoir malsain du cinéma d’horreur, Chucky apprenant à tuer en regardant un film (Massacre à la scie 2, en l’occurrence). Ou l’art de se tirer dans le pied.

De plus en plus chaotique et de moins en moins vraisemblable, même dans le contexte particulier du film, l’intrigue culmine dans un magasin où des hordes de clients sont venues assister au dévoilement de la seconde génération de poupées. On attend une explosion gore, mais faute d’imagination ou de moyens, la franche hécatombe ne vient jamais. À terme, il faut se contenter d’une confrontation minimaliste pas très prenante.

On ne se risquera pas à prédire le succès ou l’échec commercial de cette réinvention. En revanche, six autres suites paraissent peu probables.

Jeu d’enfant (V.F. de Child’s Play)

★★

Horreur de Lars Klevberg. Avec Gabriel Bateman, Aubrey Plaza, Brian Tyree Henry, David Lewis, Beatrice Kitsos, Ty Consiglio. États-Unis, 2019, 90 minutes.