Une Palme d’or à l’unanimité dans un palmarès d’excellence

La convoitée palme d’or, remise à l’unanimité, est allée à l’excellent, trépidant, formidablement scénarisé et brillamment mis en scène thriller social <em>Parasite</em> du Sud Coréen Bong Joon-Ho.
Photo: Alberto Pizzoli Agence France-Presse La convoitée palme d’or, remise à l’unanimité, est allée à l’excellent, trépidant, formidablement scénarisé et brillamment mis en scène thriller social Parasite du Sud Coréen Bong Joon-Ho.

Le palmarès du jury présidé par le Mexicain Alejandro Gonzales Inarritu, qui avait l’embarras du choix en cette cuvée faste, ne fait pas hurler cette année. « La sélection était incroyable et très stimulante, dans différents genres, avec peu de prix pour tant de films qu’on aurait voulu honorer », expliquait-il.

La convoitée palme d’or, remise à l’unanimité, est allée à l’excellent, trépidant, formidablement scénarisé et brillamment mis en scène thriller social Parasite du Sud Coréen Bong Joon-Ho, adoré par les critiques, opposant la Corée des pauvres et des riches, un prix présenté par Catherine Deneuve. « Je suis très inspiré par le cinéma français, évoquait le cinéaste. Je tiens à remercier Clouzot et Claude Chabrol. » Il s’agit d’une première palme d’or pour la Corée du Sud, qui fête son centenaire cinématographique. Aux journalistes réunis après le palmarès, le héros du soir a déclaré avoir cru d’abord que les codes du film lui semblaient au départ trop coréens pour une audience étrangère, mais que les sentiments du film étaient internationaux. « Je me considère comme un réalisateur de films de genre et je m’étonnais de recevoir ce prix à l’unanimité. »

Le cinéma doit chercher à élever la conscience sociale partout dans le monde.

Devant les médias, le président du jury précisa que les décisions ne furent pas faciles à prendre mais que tout son jury a partagé le mystère et la compréhension du cinéma qui éclataient dans Parasite : « L’art a une vision qui porte vers l’avenir, reflétant ses peines et ses cauchemars. Le cinéma doit chercher à élever la conscience sociale partout dans le monde. Notre réflexion n’a pas reposé sur des choix politiques mais cinématographiques », déclarait Inarritu après voir fait remarquer que les films primés possédaient tous une portée sociale.

Photo: Alberto Pizzoli Agence France-Presse Toujours pas de Palme d'or pour Pedro Almodovar mais un prix d'interprétation pour son acteur principal Antonio Banderas.

La palme aura encore échappé à Pedro Almodovar pour son magnifique Douleur et gloire, mais son alter ego du film, Antonio Banderas, à la vibrante performance inégalée dans cette course, a voulu partager son prix d’interprétation masculine avec le grand cinéaste espagnol : « On a fait huit films ensemble. Je l’aime. Je l’admire. Il est mon mentor. Ça m’a pris 40 ans pour venir ici. Il y a la douleur à être un acteur mais il y a aussi la gloire. » Aux médias, il affirmait que recueillir ce prix revêtait aussi un côté amer : « Car j’aurais bien aimé que Pedro soit ici. Il est très heureux pour moi et je le remercie. Tout le mode sait que mon personnage joue Pedro Almodovar. » C’est la première fois que ce grand acteur se voyait primé quelque part. « Le travail d’un artiste est compliqué. Au début de ma carrière, j’ai eu faim. J’ai connu de vraies calamités. Mais ai-je le droit de me plaindre ? »

Cette palme a échappé également une fois de plus aux cinéastes femmes. On aurait bien vu monter au sommet Portrait d’une jeune fille en feu, production d’époque de la Française Céline Sciamma, qui s’est contentée du laurier du meilleur scénario. « Mes deux héroïnes pensent ensemble. Il n’y a pas de domination de l’une sur l’autre », déclarait aux médias cette réalisatrice qui a brossé ici de grands et sensibles portraits de femmes.

Le plus fragile Atlantique, premier long métrage de la cinéaste franco-sénégalaise Mati Diop tourné à Dakar, une histoire de migrants clandestins et de leurs fantômes, a remporté le Grand prix du jury. « Il fallait être très précis tout en demeurant à l’écoute avec le dynamisme d’un documentaire », expliquait-elle. Deux réalisatrices françaises se voient ainsi honorées dans cette édition.

À la fratrie belge de Luc et Jean-Pierre Dardenne, déjà doubles palmés d’or, un prix inattendu de la mise en scène pour leur portrait un peu lourd d’un Islamiste dans Le jeune Ahmed. Ils disent l’avoir conçu comme un hymne à la vie, un appel à la différence en ces temps difficiles.

Le trublion Michael Moore, après avoir bafouillé quelques phrases en français, a épinglé lors de la cérémonie Donald Trump, comme il se doit, en célébrant aussi l’importance du coeur et de l’humanité en ces temps sombres. Il venait présenter un coup double pour le prix du jury. Ce laurier échoit au film Les Misérables de Ladj Ly, oeuvre coup de poing du festival, tournée dans une banlieue multiethnique française, qui aurait pu gravir de plus hautes marches au palmarès. « Mon film parle des rapports entre différentes communautés, a déclaré le formidable cinéaste de ce premier long métrage. Le seul obstacle, c’est la misère. »

Aux journalistes, il rappelait vouloir présenter son film choc à l’Élysée. « Ca fait longtemps en banlieue qu’on vit nos combats, bien avant les Gilets jaunes, un mouvement qu’on soutient aussi. » Son prochain long métrage est déjà en chantier. Le Second lauréat de ce laurier : Bacurau du Brésilien Kleber Mendonça Filho pour sa percutante chronique de village persécuté qui se soude et se soulève contre des forces machiavéliques.

Dans cette édition où la langue anglaise gagnait trop de terrain, le maître de cérémonie de la soirée de Clôture Édouard Baer a félicité l’acteur Viggo Mortensen pour son discours de remise de prix en français. On le comprend.

La piquante actrice du film de l’Autrichienne Jessica Haussner, Emily Beecham pour le très cronenbergien film d’anticipation Little Joe a récolté, à la surprise générale, le prix d’interprétation féminine, coiffant au poteau le duo d’as Sara Forestier / Léa Seydoux, admirables dans le polar social d’Arnaud Desplechin. Face aux journalistes, la lauréate s’est déclarée surprise mais a parlé de la chorégraphie du film qui fut un défi à relever comme la paranoïa du personnage.

Quant à la jouissive chronique de voyage, émergée, semble-t-il de l’univers de Buster Keaton et de Jacques Tati (le cinéaste dénie ces deux influences), It Must Be Heaven du Palestinien Elia Suleiman, elle repart avec une mention spéciale du jury, après avoir reçu plus tôt le prix de la critique internationale (FIPRESCI) pour la section compétitive.

La caméra d’or, remise par un jury parallèle au meilleur premier long-métrage, toutes sections confondues, revient à César Diaz pour Nuestras Madres présenté à la Semaine de la Critique.

Rien pour un des favoris de la course l’Américain Terrence Malick et son A Hidden Life, ni pour Tarantino. Matthias & Maxime de Xavier Dolan repartait également bredouille au palmarès en cette année où la concurrence était forte.

Soundtrack, composé de journalistes, avait remis plus tôt dans la journée un disque d’or au compositeur Jean-Michel Blais pour la musique originale de son film.