«Brightburn»: mauvaise graine

À maints égards, «Brightburn» s'apparente à un croisement entre «Superman» et «La malédiction».
Photo: Sony Pictures À maints égards, «Brightburn» s'apparente à un croisement entre «Superman» et «La malédiction».

Dans leur ferme au cœur de la campagne, Tori et Kyle Bryer désespèrent d’avoir un jour un enfant. Lorsqu’une nuit, un objet s’écrase dans la forêt près de leur propriété, ils ignorent que leur vœu le plus cher vient d’être exaucé. Or, comme le veut le dicton, mieux vaut prendre garde à ce que l’on souhaite. Ainsi, Brandon, l’adorable nourrisson venu de l’espace que Tori et Kyle prétendront par la suite avoir adopté, se révélera pas mal moins cute la préadolescence venue.

À maints égards, Brightburn (Brightburn : l’enfant du mal, de son très descriptif titre français) s’apparente à un croisement entre Superman, avec ce couple de braves cultivateurs élevant un enfant du ciel doté de pouvoirs extraordinaires, et La malédiction (The Omen), dans lequel un second couple s’aperçoit que son petit ange n’est autre que l’Antéchrist (deux films, en tout cas pour les originaux, réalisés par Richard Donner).

Brightburn a été écrit par les cousins Mark et Brian Gunn, ce dernier étant le frère du cinéaste James Gunn, derrière Les gardiens de la galaxie (Guardians of the Galaxy), et qui s’est borné à produire le film, ce qui n’est pas plus mal. C’est à David Yarovesky, inconnu au bataillon, qu’il a confié les rênes de ce ratage. Car c’en est un. Sachant cela, que la réplique la plus fréquemment utilisée dans le film soit « What the fuck ! ? » revêt une dimension paradoxale.

Premier degré

C’est d’autant plus dommage qu’avec cette prémisse et surtout l’implication de James Gunn comme producteur, tout était en place pour une subversion bienvenue du film de superhéros (dont Superman est justement l’archétype par excellence) par quelqu’un non seulement s’y connaissant, mais ayant au surplus contribué à renouveler quelque peu le genre. Rien de tel ne survient.

Même déception lorsque, après deux scènes montrant Brandon malmené par ses camarades de classe, on se demande si le film optera pour la voie de la métaphore, avec comme cause du passage vers le proverbial « côté obscur » l’intimidation scolaire sur fond de puberté, à la Carrie. Ou alors cette séquence lors de laquelle Brandon reçoit un fusil de chasse pour ses 12 ans : commentaire sur le culte des armes à feu ou amorce d’une allégorie des tueries scolaires en série ? Non dans les deux cas, s’avère-t-il.

 
Photo: Sony Pictures Au rayon de l’interprétation, Elizabeth Banks, réalisatrice et actrice révélée en comédie, dont celle d’horreur, convainc dans le contre-emploi dramatique de Tori, mère comblée, soucieuse, puis terrifiée.

Brightburn, en dépit de son potentiel, n’aspire à rien d’autre qu’au premier degré. Ce qui n’est pas un mal en soi : tout film peut n’avoir pour seule ambition que de divertir. L’ennui est que sur ce front aussi, Brightburn échoue.

Plusieurs facteurs expliquent la faillite de l’entreprise, mais cela tient d’abord à une construction narrative laborieuse et arythmique. Esclave de ses influences, le film se concentre beaucoup sur des mises à mort spectaculaires et sanguinolentes, comme dans La malédiction. À la différence que lesdites mises à mort, contrairement à celles du film de Donner, surviennent sans que soit généré le moindre suspense.

Chose informe

Deuxième irritant : les personnages sont tous atteints de ce que l’on nommera ici le SCS, ou le « syndrome du comportement stupide ». Tori croit entendre des bruits suspects dehors, la nuit ? La voici qui s’aventure, seule et sans arme, dans les bâtiments de ferme obscurs, à bonne distance de la maison. Rebelote avec cette voisine, seule elle aussi et qui, après que son système d’éclairage nocturne eut détecté un mouvement dans la cour arrière, va investiguer en laissant derrière elle grand ouverte la porte de sa maison. Entre autres exemples.

Brightburn a certes des qualités, techniques, principalement. Les fans seront ravis par le mélange d’effets « prosthétiques » vieille école et numériques dernier cri lors des scènes gore. Au rayon de l’interprétation, Elizabeth Banks, réalisatrice (Pitch Perfect 2) et actrice révélée en comédie, dont celle, d’horreur, de James Gunn, Slither (à découvrir), convainc dans le contre-emploi dramatique de Tori, mère comblée, soucieuse, puis terrifiée.

À terme cependant, devant cette chose informe qui ne paraît pas savoir si elle veut être parodique, nihiliste ou ironique, on a la même réaction que les personnages : WTF ! ?

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le courrier des écrans. Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.

Brightburn

★★

Horreur de David Yarovesky. Avec Elizabeth Banks, David Denman, Jackson A. Dunn. États-Unis, 2019, 90 minutes.