Dolan avec son groupe sur la Croisette

De gauche à droite: la productrice Nancy Grant, suivie des acteurs Antoine Pilon, Pier-Luc Funk, Xavier Dolan, Gabriel D’Almeida Freitas, Samuel Gauthier, Adib Alkhalidey et Catherine Brunet.
Photo: Laurent Emmanuel Agence France-Presse De gauche à droite: la productrice Nancy Grant, suivie des acteurs Antoine Pilon, Pier-Luc Funk, Xavier Dolan, Gabriel D’Almeida Freitas, Samuel Gauthier, Adib Alkhalidey et Catherine Brunet.

En petits essaims de journalistes, on a rencontré Xavier Dolan et sa bande d’acteurs sur la plage du Majestic, à l’heure où le soleil dehors se décidait à se pointer. Depuis le temps qu’ils se fréquentent et rigolent ensemble, ce groupe est aussi soudé à Cannes que dans la vraie vie. Mais ses acteurs ne se piquent guère d’illusions : quand les caméras arrivent, elles se tournent uniquement vers Xavier, plus grande star ici qu’ils n’auraient jamais pu l’imaginer. Faut être sur place pour mesurer l’ampleur de la frénésie que le jeune cinéaste suscite à la moindre apparition. Ça donne à son entourage un choc au début.

Matthias & Maxime, ce beau film choral de sobriété, n’est pas sorti par hasard de son chapeau. Ces dernières années, Dolan a découvert les joies du groupe de copains : « Des gens avec qui j’aime vivre, mais avec qui j’aime plus que tout créer et travailler. »

On avait le désir de faire un grand film et de plaire à nos amis

Pier-Luc Funk, interprète du piquant Rivette, vous dira qu’être des amis dans la vraie vie procure une longueur d’avance sur un plateau. Pas besoin de s’apprivoiser. C’est fait. « On avait le désir de faire un grand film et de plaire à nos amis. » Les acteurs viennent de milieux différents que leurs personnages, parlent autrement. Ce n’est pas un film sur eux, mais avec eux.

Ce scénario-là, Xavier Dolan avait commencé à le rédiger à Atlanta en 2017 dans ses moments perdus à l’hôtel, lors du tournage de Boy Erased de Joel Edgerton, où il tenait un rôle, puis tout s’est enchaîné.

Le cinéaste assure que travailler avec de grandes vedettes ou des personnes qu’il fréquente à l’année n’est pas ce qui a le plus grand impact. Pour lui, Susan Sarandon et Natalie Portman (à l’affiche dans The Death and Life of John F. Donovan), deux passionnées du métier, s’investissent avec la même rigueur que ses potes. « J’aurais pu écrire Matthias & Maxime sans les côtoyer. » Mais l’expérience du tournage québécois fut agréable de bout en bout.

 

Il est à la croisée des chemins, Xavier Dolan, et cherche à explorer de nouvelles tonalités. Comme il le déclarait en conférence de presse jeudi : « Je ne vais pas passer ma vie à filmer des gens qui s’engueulent dans une cuisine. On voulait juste un film plus pastel, plus lumineux, plus neutre, plus doux, qui me permette aussi d’entamer ma trentaine en faisant ce que j’aime le plus faire : jouer. Matthias & Maxime est une oeuvre de transition. J’arrive à la fin d’une décennie. Ce film-là était une occasion sur le plan formel d’explorer une autre part de moi-même dans la restriction, la retenue. »

Une décennie de Cannes, c’est un tourbillon. « J’ai la chance de faire partager le bonheur, le stress, le manque de sommeil qui m’habitent depuis maintenant dix ans », ajoutait-il avec un sourire.

Masculinité toxique

Le cinéaste estime que son film n’est pas une histoire d’homosexualité. « Les deux protagonistes ne se préoccupent pas du fait que cet amour soit gai. C’est l’amour. Ce n’est pas non plus un film sur ma mère. La mienne n’a rien à voir avec le personnage d’Anne Dorval. »

 

Matthias, incarné par Gabriel D’Almeida Freitas, se comporte mal, tant il est troublé après avoir embrassé son ami, lui, l’hétérosexuel heureux en ménage. « J’aime les personnages qui sont cruels, dit Xavier Dolan, parce qu’ils vivent profondément mal avec leur nature. J’aime le chien qui aboie alors qu’il a envie d’être caressé pour être tranquille. On nous a transmis des notions toxiques sur la masculinité. On nous a dit : “Voici ce que tu es.” »

Les différents niveaux de langage du film ont frappé des journalistes : « Au Québec, notre français est en constante évolution, répond-il. Je parle anglais, français, mais un tas de jeunes ne parlent plus que le franglais et l’anglais. »

Xavier Dolan rêve d’abaisser le rythme de ses tournages, mais nous révélait tout de même entrer en préproduction à l’automne pour l’adaptation américaine d’une pièce de théâtre, sans être certain que le projet va déboucher. Sinon, l’envie de tâter du film d’horreur, du suspense avec une magie le tenaille. Il se prépare à jouer dans une adaptation des Illusions perdues de Balzac le rôle de Raoul Nathan, un auteur prétentieux, pour le Français Xavier Giannoli (cinéaste d’À l’origine et de Marguerite). Xavier Dolan a d’autres projets comme acteur en vue. Sa performance dans Boy Erased lui a valu des propositions. L’avenir lui appartient.

 
 

Et les critiques de Matthias & Maxime ? Divisées à Cannes, parce que Dolan est allé ailleurs, vers une épure, là où certains préféraient ses oeuvres coup-de-poing à la Mommy. Reste que des médias de référence comme Le Monde et The Guardian l’ont défendu bec et ongles, Les Inrockuptibles aussi. Même dans l’américain Variety, où il fut souvent écorché dans le passé, était saluée sa démarche de maturité. D’autres voix sont plus tièdes ou le rejettent. C’est le jeu ici.

Odile Tremblay est l'invitée du Festival de Cannes.

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