La belle captive

Bianca (Noomi Rapace) se retrouve au milieu de la célèbre prise d’otages de 1973.
Photo: Les Films Séville Bianca (Noomi Rapace) se retrouve au milieu de la célèbre prise d’otages de 1973.

Contrairement à Cristal, la splendide animatrice vedette qui succombe aux charmes de ses kidnappeurs, les Étoiles noires, dans la comédie musicale Starmania, Bianca (Noomi Rapace), dans Stockholm, de Robert Budreau (That Beautiful Somewhere), ressemble davantage à une serveuse automate, bien qu’elle travaille dans une banque. Ni Suisse ni Américaine, mais, détail important : Suédoise.

Derrière ses lunettes qui font honneur au mauvais goût des années 1970 se cache une femme ayant réellement succombé à l’ivresse du désordre, celui de ses ravisseurs, lors d’une célèbre prise d’otages en 1973 au cœur de la capitale suédoise, donnant ainsi naissance à un syndrome plus connu que ses origines judiciaires. C’est à cela que veut remédier Budreau, inspiré par un compte-rendu détaillé de cette affaire publié l’année suivante dans le magazine The New Yorker, et que tous n’hésitent pas à qualifier d’absurde. Et pour cause.

Derrière l’absurdité, il y a l’aliénation, celle d’un gangster improvisé nourri au lait du cinéma américain, se plaisant à imiter (très mal) Steve McQueen, et avec un look qui lui aurait donné, au mieux, un rôle de figurant dans Easy Rider. Kaj Hansson (Ethan Hawkes) débarque dans cette banque comme une rock star, ne maîtrisant pas totalement ses moyens ni ses émotions, réclamant la libération d’un ancien compagnon de cellule, Gunnar (Mark Strong), souhait vite exaucé. Or, pour tenir en haleine une police désemparée et un gouvernement aux abois, deux femmes et un homme serviront de monnaie d’échange, Hansson entreprenant un siège de quelques jours qui les transformeront à jamais.

C’est d’ailleurs ce que l’on apprend dès les premières secondes de ce thriller où Hamilton, Ontario, fut maquillé en ville suédoise, Bianca se remémorant sur un ton posé ce court mais tonitruant chapitre de sa vie. De manière parfois amusante, Budreau décrit le désespoir tranquille de cette femme pas encore transfigurée, grâce à des dialogues en apparence anodins (ses recommandations alimentaires pour ses enfants à un mari désemparé… de se retrouver seul à la maison), voyant vite en ce drame sa planche de salut. Son bourreau sympathique s’étonne même de sa mansuétude, tissant une liaison dangereuse qui rendra encore plus difficile la tâche des autorités, ne sachant plus trop qui est l’ennemi.

L’amateurisme criant de ces brigands de pacotille n’est pas recréé avec une grande folie jubilatoire, Budreau traitant le sujet de manière consciencieuse. Si la trajectoire psychologique du couple improbable se déploie avec limpidité, la mécanique du thriller ne brille jamais par son caractère haletant ou ses prouesses visuelles. Même retenue dans la fabrication d’une époque, ici pas trop chargée en meubles à la scandinave, mais riche en images légèrement délavées pour reproduire un temps où le brun et le beige dominaient sans partage.

S’il faut saluer la performance athlétique d’Ethan Hawke, souvent confiné à des personnages plus tourmentés (Paul Schrader l’a conduit vers les plus hauts sommets dans First Reformed), c’est Noomi Rapace, capable de tous les extrêmes (de Millenium à Passion, de Brian de Palma), qui amuse et émeut dans ce rôle en apparence effacé, voire ingrat, célébrant au passage ses racines suédoises. Mais dans un film qui ne devrait ni flatter ni trop écorcher l’ego de ses compatriotes.

Stockholm

★★ 1/2

Thriller de Robert Budreau. Avec Ethan Hawke, Noomi Rapace, Mark Strong, Christopher Heyerdahl. Canada–États-Unis, 2019, 92 minutes.