«Alita: Battle Angel»: défier les limites de la technologie

La signature de Rodriguez est particulièrement perceptible dans ces chorégraphies de lutte stupéfiantes et inventives qui raviront sans contredit les amateurs du genre.
Photo: 20th Century Fox La signature de Rodriguez est particulièrement perceptible dans ces chorégraphies de lutte stupéfiantes et inventives qui raviront sans contredit les amateurs du genre.

Réalisé par Robert Rodriguez, scénarisé par James Cameron, le film Alita : Battle Angel, tiré du manga Gunnm de Yukito Kishiro, actionne la machine à rumeurs depuis ses balbutiements. De l’annonce de la distribution au dévoilement de la bande-annonce, les admirateurs de la première heure et les détracteurs de l’appropriation culturelle ont réagi à chaque nouvel élément — forçant même l’équipe de production à retravailler les yeux du personnage principal, jugés trop irréalistes dans les premières images.

Le résultat final est une véritable prouesse technique, imbriquant savamment les performances d’acteurs réels à des séquences réalisées entièrement en imagerie numérique. Le tout prend place dans un univers dystopique et rétrofuturiste grandiose et plus grand que nature — qui n’est pas sans rappeler les fascinants tableaux de Blade Runner 2049.

Dans un futur lointain, une guerre dévastatrice a rasé toutes les grandes villes flottantes de la Terre, à l’exception d’une seule, Zalem. Chaque jour, elle déverse ses déchets et ses excédents aux habitants humains et cyborgs qui vivent dans son ombre. À la recherche de pièces dans le dépotoir, le docteur en cybernétique Ido (Christoph Waltz) fait la découverte d’une jeune cyborg encore vivante qu’il décide de réparer et d’adopter en souvenir de sa fille décédée.

À son réveil, Alita (Rosa Salazar) — dont les yeux plus grands que nature en font un parfait mélange entre un filtre Snapchat et une toile de Margaret « Big Eyes » Keane — n’a plus aucun souvenir de son identité. En l’espace de quelques jours, elle progresse de l’enfant ébahie à l’adolescente rebelle, fuyant l’attitude surprotectrice de son père pour les bras de son petit-ami, le criminel au grand coeur Hugo. Au fil de ses déambulations, confrontée aux forces obscures qui menacent la ville, elle découvre qu’elle possède des talents de combattante exceptionnels qui pourraient lui permettre de protéger ses amis et de faire la lumière sur ses origines.

La signature de Rodriguez est particulièrement perceptible dans ces chorégraphies de lutte stupéfiantes et inventives qui raviront sans contredit les amateurs du genre. Le réalisateur de Sin City exploite avec un plaisir évident les capacités surhumaines de son personnage — et de son imagination — qui multiplie les figures de kung-fu, réduit les crânes en bouillie avec son simple poing et exécute un véritable ballet entre les armes, autres épées de Damas et immenses toiles de fer de ses adversaires pour mieux se les approprier.

Or, ni ces exploits technologiques ni l’imposante distribution composée également de Jennifer Connelly et de Mahershala Ali ne parviennent à racheter un scénario mille fois rebattu, qui paraîtra souvent incomplet au néophyte ; un risque prévisible lorsqu’on s’attaque à condenser quatre romans graphiques denses et mouvementés en un long métrage d’à peine deux heures.

Le récit qui en découle manque par conséquent cruellement de fluidité et change abruptement de direction au rythme de l’imbrication maladroite de ses multiples trames narratives, laissant une impression globale de confusion et d’inachèvement.

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le courrier des écrans. Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.

Alita. L’ange conquérant (V.F. de Alita : Battle Angel)

★★ 1/2

Science-fiction de Robert Rodriguez. Avec Rosa Salazar, Christoph Waltz, Jennifer Connelly et Mahershala Ali. États-Unis, 2019, 125 minutes.