«Merveilles des mers»: l’ombre de Jacques-Yves

La rascasse volante aux Bahamas
Photo: TVA Films La rascasse volante aux Bahamas

Quelque chose de noble se dégage forcément d’un documentaire à saveur écologiste : le désir de secouer la torpeur des indifférents, de ranimer la flamme des militants assoupis, d’éveiller les consciences chez les plus jeunes pour qui l’horizon se résume trop souvent à leurs écrans. En ce sens, Merveilles des mers remplit parfaitement sa mission, même si noblesse et audace marchent rarement main dans la main dans ce type de productions, qu’elles soient destinées à la télévision ou, ici, de très grands écrans.

Pour beaucoup de spectateurs, le nom Cousteau évoque le merveilleux Monde du silence, capté avec l’aide de Louis Malle en 1956, à l’époque une véritable révolution cinématographique sur la manière de filmer la vie sous-marine. Mais le souvenir de Jacques-Yves Cousteau, ce grand explorateur, se dissipe, du moins à en juger par le rapide survol biographique en introduction de Merveilles des mers. Son fils Jean-Michel navigue dans les mêmes eaux, entraînant à sa suite sa progéniture, Fabien et Céline, tous les trois sur le même bateau, plongeant dans les mêmes immensités bleutées.

Photo: TVA Films L’équipe de tournage de «Merveilles des mers»

À bord du film, le marin le plus étonnant qui soit : Arnold Schwarzenegger. C’est d’ailleurs lui qui nous accueille à bras ouverts, fier producteur de cette somptueuse virée entre les îles Fidji, les côtes de la Californie, celles du Mexique et de Nassau aux Bahamas. Doit-on aussi s’étonner d’apprendre qu’il n’avait jamais été invité à assurer la narration d’un documentaire ? Sa voix est reconnaissable entre toutes, mais comme à d’autres moments de sa carrière, celle d’acteur comme celle de gouverneur républicain de la Californie, personne ne l’attendait vraiment là.

À ses propos, à la fois convenus, enjôleurs, et forcément alarmistes, surtout en conclusion, s’entremêlent ceux de la famille Cousteau, dont les connaissances et les capacités physiques apparaissent telle une évidence. Il en va tout autrement de leur spontanéité à échanger entre eux, et uniquement sur la bande sonore, discussions familiales à bâtons rompus, ou illustration du clivage entre deux générations sur lesquelles plane l’ombre du célébrissime Jacques-Yves. Leurs prises de bec, anodines, font pâle figure devant l’éblouissement des récifs de corail, la démarche hésitante des crustacés, ou la crainte légitime qu’inspirent les requins.

On apprendra par ailleurs que Fabien s’est entiché d’eux en visionnant… Jaws, de Steven Spielberg, et que ces prédateurs sont passablement moins meurtriers que les êtres humains (on recenserait à peine douze décès par année). Information anecdotique qui témoigne surtout des limites d’un documentaire à grand déploiement sur le plan visuel, mais aux ambitions fort limitées en ce qui a trait au contenu. Les images apocalyptiques des océans transformés en gigantesques dépotoirs prennent la part congrue, car Merveilles des mers vend davantage du rêve que des angoisses écologiques.

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Wonders of the Sea (V.F. : Merveilles des mers)

★★ 1/2

Documentaire de Jean-Michel Cousteau et Jean-Jacques Mantello. Grande-Bretagne−France, 2019, 82 minutes.