«Sérénité»: un thriller maniéré qui se la joue film noir

Matthew McConaughey semble condamné à tomber la chemise et le pantalon, tandis qu’Anne Hathaway, peroxydée, est pitoyable en femme fatale.
Photo: Entract Films Matthew McConaughey semble condamné à tomber la chemise et le pantalon, tandis qu’Anne Hathaway, peroxydée, est pitoyable en femme fatale.

Plus doué à l’écriture (Loin de chez eux, de Stephen Frears ; Les promesses de l’ombre, de David Cronenberg ; la série Peaky Blinders) qu’à la réalisation (Locke, Rédemption), Steven Knight signe un film bancal et lancinant où le pauvre Matthew McConaughey semble condamné à tomber la chemise et le pantalon. Et accessoirement à se livrer à des ébats faussement sensuels dans les bras d’une Diane Lane sous-utilisée, sulfureuse en « sugar mommy », et d’une Anne Hathaway peroxydée, pitoyable en femme fatale.

Pêcheur opiniâtre vivant sur une île au large de la Floride, Baker Dill (McConaughey, convaincu mais pas convaincant) n’a qu’une obsession : pêcher le monstrueux thon qui lui échappe chaque fois qu’il se rend en mer avec de riches clients. Or, un jour, ce Santiago de pacotille reçoit la visite de son ex-femme (Hathaway), qui lui demande de balancer aux requins son mari violent (Jason Clarke, caricatural). La commande viendrait en fait de leur fils, Patrick (Rafael Sayegh), petit génie de l’informatique qui en a marre de son beau-père.

Tandis que Djimon Honsou gaspille son talent en jouant le faire-valoir vertueux, Lane cherche littéralement son chat et Hathaway, le ton juste. Entre alors en scène Jeremy Strong dans le rôle d’un individu doté d’une mallette au contenu mystérieux. Rappelant le lapin d’Alice au pays des merveilles par son obsession de l’heure, ce dernier semble en savoir plus que quiconque sur Baker Dill.

Au fil du récit, on découvre que Dill et son fils communiquent par télépathie. Et lorsqu’on comprend pourquoi et comment ils y parviennent, on s’explique mieux certains effets de style, détestables au demeurant, et les scènes récurrentes voguant entre l’onirisme aquatique et le délire éthylique.

Gâchis et ratés

Hélas ! Steven Knight aura mis tellement de temps à installer ses pions qu’on aura perdu tout intérêt dès le premier tiers du film. Bien qu’il s’applique à créer des ambiances chaudes et humides, où l’on sent tour à tour les effets d’un soleil de plomb, d’une pluie diluvienne ou d’une nuit trop moite sur les nerfs du personnage central, on embarque difficilement dans la suite de l’histoire puisqu’on ne peut s’empêcher de songer aux gâchis et ratés qu’aurait évités un Christopher Nolan avec une pareille prémisse.

Thriller maniéré qui se la joue film noir, Sérénité repose sur une pirouette scénaristique audacieuse, quoique pas nouvelle ni originale, servant de piteux prétexte pour illustrer le deuil, la perte et la solitude d’un ex-militaire souffrant d’un trouble de stress post-traumatique, de même que les dommages collatéraux sur les siens.

Malheureusement, ce revirement arrangé avec le gars des vues est si maladroitement exploité que l’ensemble patauge lamentablement dans le ridicule avant d’y sombrer fatalement. Alors qu’on aurait dû être submergé par l’émotion, on est envahi par la consternation que provoque ce pâle avatar d’un épisode d’une populaire série dystopique. Ajoutez à cela une conclusion d’une morale et d’une logique douteuses et vous obtenez un éclaboussant naufrage.

Sérénité (V.F. de Serenity)

★ 1/2

Thriller de Steven Knight. Avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jason Clarke, Diane Lane, Djimon Honsou, Jeremy Strong, Rafael Sayegh. États-Unis, 2018, 106 minutes.