«Stan and Ollie»: dernier tour de piste

John C. Reilly et Steve Coogan s’investissent au point de disparaître derrière leur personnage.
Photo: Les Films Séville John C. Reilly et Steve Coogan s’investissent au point de disparaître derrière leur personnage.

Une petite ville industrielle anglaise, par un soir pluvieux. D’un taxi émergent deux hommes aux physiques contrastés, l’un maigrelet, l’autre ventripotent. Leur simple vue fait sourire. Mais mais mais… Ne serait-ce pas ce duo comique, naguère célèbre ? Laurel et Hardy ? Il s’agit bien d’eux. Or, on est en 1953, et leur dernier succès au cinéma remonte à 1937. Ceci expliquant cela, les voici à des lieues d’Hollywood, contraints de faire une tournée dans de petits théâtres à moitié vides en attendant le coup de fil d’un élusif producteur, clé d’un possible retour au grand écran. Dans Stan and Ollie, Steve Coogan et John C. Reilly se glissent dans la peau des as de la pitrerie alors que ces derniers entamaient sans le savoir leur ultime tour de piste.

Écrit par Jeff Pope, scénariste du film Philomena, qui mettait déjà en vedette Coogan, Stan and Ollie (en V.O.) offre un récit adéquatement construit, mais somme toute prévisible et, surtout, excessivement sentimental. Rendue nécessaire par des motifs financiers, les deux anciens camarades ne roulant ni l’un ni l’autre sur l’or à ce stade avancé de leur existence, cette tournée en Grande-Bretagne devient l’occasion de retrouvailles professionnelles et de réconciliations personnelles pour le tandem, en rupture depuis la fin des années 1930 — les motifs de la bisbille sont évoqués lors d’un prologue filmé en un faux mais très adroit plan-séquence.

À la onzième heure, les vieilles rancoeurs ruminées depuis lors reviendront hanter Stan et Ollie. Un point d’orgue préparé en amont avec force retours en arrière explicatifs insérés çà et là de manière plus ou moins heureuse.

Conventionnel, le procédé est représentatif des limites narratives du film, qui se borne à faire bien sans chercher à faire mieux.

Brio des interprètes

De beaux moments surviennent néanmoins, par exemple lorsque Stan et Ollie reproduisent sans le vouloir, dans la vie, des éléments de certaines de leurs routines les plus connues, telle cette malle qui leur échappe dans l’escalier de la gare comme le piano jadis dans leur populaire court métrage The Music Box. Plus touchante : cette séquence lors de laquelle Stan s’enquiert de la santé de son vieux compagnon alité, et où l’on assiste à une variation douce-amère de leur numéro de la visite à l’hôpital vue sur scène.

Doté d’un petit budget (10 millions de dollars pour une production historique de cette nature, c’est très, très peu), Stan and Ollie démontre une débrouillardise indéniable au rayon de la réalisation, de la direction artistique et de l’imagerie numérique.

Toutefois, l’atout principal du film réside dans l’interprétation assez merveilleuse de Steve Coogan, dans le rôle de Stan Laurel, et de John C. Reilly, dans celui d’Oliver Hardy. Passionné par l’écriture de gags, Stan trouve son premier — et meilleur — public chez Ollie, dit « Babe », qui n’a ensuite pas son pareil pour donner vie à ceux-ci. Chacun s’investit au point de disparaître derrière son personnage, Reilly s’avérant tout particulièrement touchant sous un maquillage grossissant fort réussi.

Pour autant, ces messieurs passent à un cheveu de se faire éclipser par Nina Arianda et Shirley Henderson, savoureuses en épouses de Stan et d’Ollie. Comme le dit l’un des personnages dans le film : on a droit à deux duos comiques pour le prix d’un.

Bref, c’est là une production qui ronronne plus qu’elle ne vrombit : modeste, mais sympathique.

Stan and Ollie

★★★

Drame biographique de Jon S. Baird. Avec Steve Coogan, John C. Reilly, Shirley Henderson, Nina Arianda, Rufus Jones. États-Unis–Grande-Bretagne– Canada, 2018, 97 minutes.