«Point d’équilibre»: se jeter corps et âme dans la danse

C’est un regard impitoyable et conformiste sur leur corps qui suit les élèves pas à pas durant leur formation.
Photo: ONF C’est un regard impitoyable et conformiste sur leur corps qui suit les élèves pas à pas durant leur formation.

Elles en rêvent depuis toujours, de cet univers de tutus et de pointes.

L’École supérieure de ballet du Québec leur fait passer l’épreuve de la réalité. Car c’est aussi un monde d’entraînement quotidien, de sueur et de douleurs, qu’elles ont choisi.

Dans le cadre de son documentaire Point d’équilibre, la réalisatrice Christine Chevarie-Lessard a suivi des filles et des garçons du début du secondaire, de 10, 12 et 14 ans, qui sont inscrits à cette exigeante formation.

Dès le départ, ces élèves, les filles surtout parce que les garçons y sont peu nombreux, sont triés sur le volet, en grande partie selon leur morphologie, la cambrure de leurs pieds, leur souplesse. Le film débute d’ailleurs avec les messages laissés par l’école aux élèves qui ne sont pas acceptés. On sent les déceptions au bout du fil.

À cet égard, les garçons ont davantage de chance. La pénurie de candidats fait en sorte que la plupart sont choisis, explique l’un d’entre eux. Leur formation n’en sera pas moins ardue.

Photo: ONF La jeune Emma et son amie aux auditions pour le spectacle de «Casse-noisette»

La danse classique leur propose un modèle auquel ils doivent se conformer. « La danseuse doit sourire même si elle a mal », dit une élève. Même lorsque les pointes aux pieds font souffrir, il faut faire semblant que danser est facile.

Et c’est un regard impitoyable et conformiste sur leur corps qui les suit pas à pas durant leur formation.

« Je croyais qu’il y aurait plus de création », commente une élève au sujet de la formation.

Beaucoup d’appelés, peu d’élus

Alors que les Grands Ballets canadiens préparent le traditionnel spectacle de Casse-noisette, les répétiteurs font passer les auditions aux ballerines en devenir, dont ceux et celles issus de l’École. Une seule danseuse, évidemment, jouera le rôle principal de Clara. Quelques autres seront sur scène pour la fête des enfants. Une dizaine en tout. Les autres rejoindront les rangs du public, parfois la larme à l’oeil.

Les blessures sont fréquentes. Elles font parfois en sorte qu’il faut arrêter de danser. Et la danse, ce grand amour souvent tyrannique, manquera alors cruellement aux élèves. Certains ont la chance de répondre adéquatement au modèle imposé, d’autres ont plus de difficultés.

Dans certains cas, c’est le corps qui résiste. La jeune Camille, par exemple, devra abandonner la formation, entre autres parce qu’elle se blesse à répétition et parce que son hyperlaxité ne la destine pas aux exercices brutaux. Le regard posé sur l’apprentissage de la danse classique est ici sans complaisance.

Les élèves se comparent beaucoup entre eux. Ils examinent leurs corps, mais aussi leurs performances. Plusieurs doutent, non sans raison, de leur avenir dans le monde de la danse.

D’autres se voient déjà danseurs dans de grandes compagnies. Le film est tourné à hauteur d’enfants, mais on a tout de même accès à certaines discussions que tiennent les adultes, sur leur performance, leurs aptitudes, leurs corps…

Se tenir debout sur la toute pointe de ses pieds est en soi une prouesse. Trouver l’équilibre entre la passion, le travail acharné et les autres besoins des adolescents en est une autre, que ces jeunes, jour après jour, tentent de réaliser.

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Point d’équilibre

★★★

Documentaire de Christine Chevarie-Lessard, Québec, 2018, 76 minutes.