Des scénarios universels

Le film «Grimsey», de Richard García et Raúl Portero (Espagne)
Photo: Festival Image + Nation Le film «Grimsey», de Richard García et Raúl Portero (Espagne)

En plus de 30 ans d’existence, le festival de films LGBTQ Image + Nation a pu être témoin d’une évolution fulgurante dans la qualité et la quantité de la production d’oeuvres qu’il présente. Sa directrice, Charlie Boudreau, se réjouit de voir que les projections tendent désormais vers des récits universels.

« On présente notamment Grimsey, un film espagnol, explique Charlie Boudreau au téléphone, à la veille de l’ouverture de ce 31e festival. C’est l’histoire d’un couple de gars dont l’un se sauve en Islande et l’autre se rend là-bas pour le rejoindre, le retrouver. C’est à propos de la perte, en fait, ce film-là, c’est pas réellement à propos d’un couple gai. C’est un récit tellement banal que ça pourrait concerner tout le monde : chercher quelqu’un qu’on aime. »

À ses tout débuts, Image + Nation présentait seulement des films expérimentaux, se souvient Mme Boudreau. « Il fallait courir après les films, dit-elle. Maintenant, on reçoit tellement d’offres qu’on doit en refuser ! » Évidemment, la représentation LGBTQ a changé dans l’espace public au fil des années depuis la fondation du festival. Il a fallu passer à travers différentes phases. D’abord, la phase expérimentale. Dans un contexte où les gais et lesbiennes étaient peu vus et entendus, le festival s’est battu pour que les quelques oeuvres qui se faisaient aient une diffusion. Puis sont venues les histoires de coming out, importantes aussi. « Il y en a toujours, des coming out, parce que ça fait partie de la vie, c’est une étape importante. Mais je crois que là, on est rendus au-delà de ça. »

Résultat de cet élargissement des récits abordés au cinéma, la programmation accueille désormais des oeuvres parfois aux antipodes les unes des autres.

« Cette année, j’en reviens pas de ce qu’on a, c’est incroyable ! s’exclame la directrice. On a vraiment vécu une évolution intéressante et importante. Certains films sont un peu contradictoires, ne vont pas dans la même direction. On se rapproche un peu de l’incarnation de citoyens du monde. Il y a de grands débats, le plus important étant celui autour du mariage et des enfants. Est-ce qu’on veut être comme tout le monde ? Est-ce qu’on veut revendiquer le droit à la différence ? On occupe une place particulière présentement. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Katharine Setzer, directrice de la programmation, et Charlie Boudreau, directrice du festival

Autre symptôme bienvenu du passage du temps, la directrice remarque de moins en moins d’oeuvres mettant les protagonistes gais dans la position de la victime, surtout parmi les films faits au Québec. « C’est incroyable comme on produit des choses ici, dit-elle. Je sais qu’on revient toujours à Xavier [Dolan], mais ce n’est pas pour rien. Sa façon de raconter des histoires est particulière. Au Québec, en général, on a une façon de raconter particulière. C’est rarement victimisant. Les représentations LGBT, ç’a souvent été victimisant. Ça réduit l’existence de ces personnes à des petites victimes. On est rendus ailleurs. »

Films et livres

Cette année, le festival a décidé de s’intéresser à l’adaptation. « On a remarqué que plusieurs films de notre programmation sont adaptés d’oeuvres littéraires, donc on a voulu souligner ça par des partenariats. » En s’alliant à la soirée de poésie mensuelle The Violet Hour, le festival propose entre autres une rencontre avec Justin Torres, auteur du livre We the Animals (Vie animale), adapté récemment au cinéma.

« Moi, j’aime beaucoup la collaboration, poursuit Mme Boudreau. On fait des choses avec le Festival du nouveau cinéma, avec Pop Montréal, avec le Centre Phi et, depuis cette année, avec Fantasia. L’idée, c’est d’avoir une présence plus grande. Depuis maintenant 18 ans, on a aussi un programme de diffusion de courts métrages, Queerment Québec. C’est un programme qui se déplace partout dans le monde et met en avant les cinéastes qui débutent. La soirée est agréable, on présente le film, on s’assoit sur le stage, on discute d’inspirations et de créativité. »

Elle précise que la programmation a dû refuser la moitié des titres qui se sont portés candidats, signe, dit-elle, d’un engouement. « Mais aussi, c’est signe que la production augmente et qu’elle s’améliore ! »