«L'ornithologue» – Le pèlerinage d’un scientifique

Voyage initiatique placé en marge des chemins de Compostelle, le récit qui couve L’ornithologue, cinquième long métrage du Portugais João Pedro Rodrigues, est imprégné de spiritualisme. Il ne faut cependant pas se tromper : bien que cette fiction campée dans une réserve naturelle du nord du Portugal soit inspirée de la vie de saint Antoine, il n’y est question de religion que par la bande.

Fernando, l’ornithologue au coeur de l’intrigue, ne terminera pas sa recherche sur les cigognes noires qu’il mène, seul sur son kayak. Un naufrage et un retour à la vie plus tard — sauvé par deux pèlerines chinoises, elles-mêmes perdues dans le bois —, il entame un long parcours, fort en émotions et en épreuves. L’errance, physique comme spirituelle, pousse cet homme de science vers une nouvelle foi, indiscernable et volontairement indéfinie.

Construit par chapitres, flirtant avec bien des genres, du documentaire au gore, du suspens au surréalisme, L’ornithologue lance des clins d’oeil au cinéma de Luis Buñuel, à ses couleurs blasphématoires. Chaque épisode possède sa charge symbolique, qui se manifeste notamment dans d’étonnants personnages, des Chinoises plus catholiques que le pape à la Diane chasseresse, incarnation divine de la grande révélation. À la fois drôle et risible.

L’ensemble tire un peu trop dans la métaphore, comme si le réalisateur, et coscénariste, s’était cadenassé à la trame biographique. Le cheminement de son Fernando, transformé peu à peu en Antonio — à l’identique de celui qui est devenu saint Antoine, patron des naufragés et des prisonniers — prive Rodrigues d’une véritable liberté narrative.

Néanmoins, L’ornithologue est doté d’envoûtantes séquences. Les paysages, sublimes, sont magnifiés par une caméra attentive et par des vues à vol d’oiseau — littéralement, à travers une série de champs-contrechamps qui font de la faune un personnage à part entière.

La rencontre de Jesus, un berger à la tête angélique, donne lieu à des scènes paradisiaques, où même la passion homosexuelle est permise. Rites nocturnes, passages oniriques, moments charnels, entre beauté et horreur… Le récit, tout en crescendo, a peu de temps morts et plusieurs images-chocs, sans qu’on en arrive à la fellation non simulée du premier film du cinéaste, Ofantasma (2000).

L’ornithologue repose aussi largement sur les épaules (et la tête) de Paul Hamy, acteur français appelé à incarner Fernando. Sa bouille convient parfaitement à ce personnage parachuté dans un monde qui n’est pas le sien. Certes, en scientifique passionné, il connaît son sujet. Mais il le regarde de loin, à travers ses jumelles.

Une fois à l’intérieur des bois, l’homme se transforme, à la fois fasciné et aveuglé. João Pedro Rodrigues ne dénonce pas, mais à la manière d’un José Saramago et d’une tradition sans doute nationale, il interroge avec doigté la place qu’occupe la religion dans la société portugaise.

L’ornithologue

★★★

Portugal–France–Brésil, 2016, 118 minutes. Drame de João Pedro Rodrigues avec Paul Hamy, Xelo Cagiao, João Pedro Rodrigues, Han Wen, Chan Suan, Julian Elting.