Pluie d’étoiles sur un festival assombri

Autour d’un Serge Losique malmené par les circonstances, une foule de vedettes québécoises se sont rassemblées jeudi soir au Cinéma Impérial.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Autour d’un Serge Losique malmené par les circonstances, une foule de vedettes québécoises se sont rassemblées jeudi soir au Cinéma Impérial.

Une foule de vedettes québécoises s’étaient déplacées jeudi soir au Cinéma Impérial pour l’ouverture d’un festival pourtant bien ébranlé. Un contraste ajoutant à la bizarrerie de l’atmosphère, mais un départ en grand.

André Forcier et son Embrasse-moi comme tu m’aimes ouvrait donc le bal du 40e Festival des films du monde (FFM) avant de prendre l’affiche le 16 septembre. Sa distribution semble couvrir le bottin des artistes quasi au complet, de Julien Poulin à Roy Dupuis, de Catherine de Léan à France Castel, en passant par Denys Arcand, Benoît Brière, Benoît Pilon, sans compter les autres. Et comme une grande partie de l’aréopage s’était déplacée en délégation, le FFM brillait de mille feux d’artifice.

Donald Pilon semblait ému. « J’ai été là au début du festival, et je suis là, j’espère… pas pour la fin. Dans le temps, ce n’était pas Cannes, mais un peu Cannes quand même. »

Serge Losique, si malmené par les circonstances, est venu s’adresser à la salle. « Vous savez, il y a dans la vie deux choses qui ont compté pour moi : le cinéma d’abord, la nature ensuite. Le cinéma est une fiction. Elle n’est pas bonne si elle n’est pas dramatisée. Ce genre de drame attire toujours l’attention des médias, ces gladiateurs modernes. Même le film d’ouverture profite de toute cette attention. Le reste n’a pas d’importance. »

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Serge Losique, si malmené par les circonstances, est venu s’adresser à la salle. «Vous savez, il y a dans la vie deux choses qui ont compté pour moi : le cinéma d’abord, la nature ensuite.»

Le jury dans la salle n’était pas au complet. Certains, comme le Néo-Zélandais Lee Tamahori, établi à Hollywood, ont cru bon de rester chez eux, paraît-il. Trois jurés sur six viendraient à Montréal, dit-on. Ça reste à voir.

Une soixantaine de films seront présentés à l’Impérial, à la faveur d’une seule séance chacun. Sur les vitres de la devanture de l’Impérial, la nouvelle grille-horaire excluant les projections dans les salles du Forum était prête en fin d’après-midi. « Du moins, tout sera concentré en un lieu, me dit le gérant de l’Impérial. Les meilleurs films du festival, en plus. »

Le coeur de Forcier

« J’ai entendu toutes sortes de choses sur cette édition du festival, évoquait devant quelques journalistes André Forcieret je crois, comme le cinéaste Claude Gagnon, que monsieur Losique est très intelligent et qu’il va nous surprendre. Je l’admire profondément, pour son courage, son obstination. J’aime le festival. Mon coeur est avec lui. »

Le Festival de Toronto avait quand même refusé son film. « Ils l’ont jugé trop violent, trop sexué, avec trop d’humour noir pour un public torontois, qui ne pourrait supporter la moitié de la projection, et parfait pour les Québécois… »

Ses trois films présentés dans le passé au FFM, Une histoire inventée, Le vent du Wyoming et Coteau rouge, avaient remporté le Prix du meilleur film canadien. Le cinéaste ne cache pas que les Chelems d’or, bourses offertes par le groupe chinois Gold Finance, lui paraissaient tentantes ; 110 000 $ prévus pour le meilleur film canadien, 60 000 $ pour le second prix. Mais il ne sait plus trop ce qui arrivera avec tout ça, vu les troubles à bord.

Forcier, avec sa compagne Linda Pinet, s’autoproduit en partie : « On a mis la moitié de notre maison en garantie… » Les bourses auraient été bienvenues. Mais comment savoir ce qu’il adviendra du FFM ?

L’avant-festival

Dans les locaux du festival, plus tôt en après-midi, ça sentait plutôt la déroute. On entendait une fille gérer des annulations au téléphone et, sur l’autre ligne, répondre à des membres du jury, certains qui poirotaient depuis trois heures à l’aéroport : Eliseo Subiela, grand cinéaste argentin auteur du Côté obscur du coeur, semblait grogner au bout du fil… On entendait des bruits voulant qu’il manque d’hôtels pour loger des invités.

Les demandes d’accréditations pour les cinéastes et les journalistes ont, nous dit-on, fait l’objet d’un bogue informatique. Des photos et des renseignements se sont volatilisés dans l’espace sidéral. On espérait recevoir un badge de presse au bout du compte. Mais quand ? Le FFM démarre vraiment vendredi.

Au téléphone, une jeune femme qui avait démissionné lundi avec neuf autres employés précisait que son groupe n’a reçu de versement que pour le travail déjà effectué, et non à titre d’avance, comme l’assurait Serge Losique la veille. « Et il nous doit encore une semaine… On ne pouvait continuer dans un festival aussi désorganisé sans pouvoir payer personne. »
 

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2 commentaires
  • Robert Morin - Abonné 26 août 2016 06 h 06

    Quelle tristesse...

    ... que de constater que ce bel événement qu'est le FFM, torpillé année après année par toute l'intelligencia culturelle québécoise qui, inconsciemment je l'espère, faisait ainsi le jeu de ceux qui tirent les ficelles à Toronto, pourrait bientôt disparaître. Encore cette année, les décisions de Cinéplex «sabotantes» pour le FFM ne sont-elles pas télécommandées depuis Toronto? Merci à André Forcier de souligner que son film fut rejeté par les bonzes torontois, qui ont maintenant le pouvoir de vie ou de mort sur nos cinéastes québécois et leurs oeuvres... Beau travail de sape accompli avec la «solidarité» de l'ensemble de nos chroniqueurs culturels qui, souvent pour des motifs de conflits de personnalité, semblent n'avoir jamais ressenti le besoin de contribuer au sauvetage de cet événement si précieux pour les cinéphiles amoureux d'autre chose que des blockbusters étasuniens.

  • Hélène Paulette - Abonnée 26 août 2016 11 h 03

    Où sont-ils ces généreux mécènes?

    Qu'attend la Chambre de Commerce (le Forum, les hotels) pour soutenir ce festival et en même temps le cinéma québécois? La culture n'est-elle pas une industrie où est-ce justement où le bât blesse? J'ai, faut-il le dire, un peu honte de notre classe dominante y compris notre suffisante intelligentsia (si tant est qu'elle existe encore).