Loi de la jungle et lutte des classes

Au fond de la jungle du Sri Lanka, des singes ayant élu domicile au milieu des ruines d’un temple sacré reproduisent à la perfection les inégalités qui perdurent dans le monde capitaliste.
Photo: Buena Vista Au fond de la jungle du Sri Lanka, des singes ayant élu domicile au milieu des ruines d’un temple sacré reproduisent à la perfection les inégalités qui perdurent dans le monde capitaliste.

Karl Marx serait sûrement ravi de voir un film comme Monkey Kingdom, de Mark Linfield et Alastair Fothergill (Earth, Chimpanzee) : il y trouverait une autre preuve que l’implacable lutte des classes fait partout des ravages, et depuis longtemps. Car au fin fond de la jungle du Sri Lanka, des singes ayant élu domicile au milieu des ruines d’un temple sacré situé sur le site de Polonnaruwa reproduisent à la perfection les inégalités qui perdurent dans le monde capitaliste : le meilleur aux puissants, les miettes aux déshérités et aux marginaux.

C’est du moins la thèse défendue par les deux cinéastes, grâce à un savant montage et une connaissance aiguisée des règles de l’anthropomorphisme, cette habile manière d’humaniser le règne animal, une technique devenue philosophie au sein des studios Disney. Et pour ajouter à l’émotion, il suffit de personnaliser le conflit en suivant Maya, mère célibataire — eh oui ! — déployant des trésors d’imagination pour protéger son rejeton au milieu de cette bande soucieuse de ses privilèges, et des frontières de leur terrain de jeu.

L’aventure se déroule sur une année, ponctuée par la mousson, les attaques de bandes rivales, la recherche parfois désespérée de nourriture et la peur constante d’être le prochain repas des reptiles. Ce qui ressemble souvent à une course à obstacles, et parfois à des affrontements dignes d’une bataille rangée dans une cour d’école, est commenté sur un ton enjoué par l’actrice Tina Fey. Loin d’adopter le style cérémonieux des narrateurs de documentaires animaliers, la vedette de 30 Rock opte pour la simplicité, dans la forme autant que dans le fond.

Ce choix, légitime et assumé, donne toute sa légèreté à Monkey Kingdom, visiblement destiné à un jeune public épris de dépaysement, mais ne souhaitant nullement prolonger indûment les cours de sciences naturelles. Grâce à des images léchées et exotiques, Mark Linfield et Alastair Fothergill se moulent à merveille dans l’écosystème Disney, autre creuset de la lutte des classes qui aurait fait frémir Karl Marx.

Le royaume des singes

★★★ 1/2

Documentaire de Mark Linfield et Alastair Fothergill. États-Unis, 2015, 81 minutes.